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Faut-il croire les sondages?
N° 187 - mars 2000

Près de 13 000 membres de l'Action des patriotes gaspésiens disent non, c'est assez !
Dominic Fortin

Faudra-t-il exproprier les habitants de la Gaspésie comme on l'a fait pour le parc national Forillon ?



Le Club de conférences du Centre d'études collégiales de Carleton recevait le 16 février dernier Gaston Langlais, le principal porte-parole de l'Action des patriotes gaspésiens. Ce mouvement a été formé suite aux fermetures de la mine de cuivre de Murdochville et de la papeterie Gaspésia de Chandler. Des Gaspésiens, jusque là calmes et dociles, se sont mis en colère et, fort de l'appui de nombreux membres, dénoncent vertement nos deux paliers de gouvernements pour avoir planifié le "génocide économique de la Gaspésie".

Selon Jules Bélanger - un précieux témoin de l'histoire de la Gaspésie -, "les Gaspésiens acceptent trop facilement, comme naturellement, par habitude, leur immémoriale situation de parents pauvres. Notre histoire, dit-il, montre bien que nos richesses naturelles ont toujours été exploitées au profit des autres et qu'ainsi nos gens ont à peu près toujours été réduits et maintenus dans la pénible condition de "cheap labour", de servitude et de pauvreté, sinon de réel servage1." L'Action des patriotes gaspésiens entend mettre fin à cette situation. Pour ce faire, ce mouvement compte utiliser toutes les tribunes disponibles pour dénoncer, haut et fort, les injustices du passé et du présent. Et Gaston Langlais ne se gêne pas pour écorcher au passage ministres, sous-ministres et fonctionnaires, tous complices du "génocide économique de la Gaspésie".

Affamer la Gaspésie pour nourrir les grands centres urbains

Depuis les années 70, dans la foulée du rapport Higgins-Raynauld-Martin commandé par Québec et financé par Ottawa, les gouvernements et les fonctionnaires ont orienté leurs décisions sur la base du raisonnement suivant 0 "L'investissement dans l'économie globale du Québec, explique Gaston Langlais, passe par le renforcement de l'espace économique de Montréal. Selon cette conception, une entreprise qui s'établit à Montréal rend plus service aux Gaspésiens que si elle s'établit en Gaspésie", ajoute-t-il. Les gouvernements n'investiront pas dans le développement économique régional, car cela pourrait inciter des entreprises à venir s'installer en Gaspésie, au détriment de Montréal.

"Dans les régions, poursuit Gaston Langlais, les gouvernements investissent seulement dans le secteur de la santé parce qu'il faut soigner les gens, dans le secteur de l'éducation parce que ça permet aux jeunes plus éduqués de sortir de la région et, enfin, dans le domaine des communications parce que, pour appliquer une saloperie comme le plan Higgins-Raynauld-Martin, il faut être capable de communiquer." Selon cet homme d'affaires et professeur d'administration, le but ultime, une fois ce plan machiavélique réalisé, est de réduire la Gaspésie à une population de vieillards, de malades, de gens mal éduqués et de paresseux. Mais déjà, c'est ainsi que les fonctionnaires perçoivent les Gaspésiens. Encore quelques années et ils auront raison d'eux.

Des actions pour obtenir le respect et la liberté

Pour obtenir le respect, le mouvement compte sur la reconnaissance internationale. Un dossier, dans lequel il dénonce toutes les injustices subies, sera déposé devant la Cour internationale de Genève, d'ici 6 ou 7 semaines. "À partir du moment où les injustices seront reconnues, les deux paliers de gouvernement vont nous respecter et nous demander ce qui est bon pour nous. À l'heure actuelle, tout est décidé à l'extérieur de la Gaspésie". La seconde démarche consiste à intenter un recours collectif de 15 milliards $ contre les gouvernements au nom de tous les Gaspésiens. Enfin, la fin du génocide économique permettrait de freiner l'exode de la population et de retrouver la liberté de vivre en cette terre.

Pour conclure sa conférence, Gaston Langlais cite un théologien allemand 0 "Le premier acte de lâcheté réside dans le silence. Au-delà de la lâcheté, le silence est un cautionnement tacite aux actions des équarrisseurs de liberté." Un nombre de plus en plus élevé de Gaspésiens se reconnaissent dans l'Action des patriotes et, ainsi, se font entendre.

Un tableau peu reluisant

En effet, la situation est dramatique. L'avenir démographique de la Gaspésie est loin d'être assuré puisque, selon l'estimation de Gaston Langlais, cette région perdra 30 % de ses habitants d'ici 15 ans. On peut imaginer aisément toutes les conséquences que cela entraînera 0 services municipaux réduits et plus coûteux, fermetures d'école, baisse des valeurs immobilières, commerces qui opèrent à perte, diminution des contrats de construction, etc.

Les impacts sur le marché du travail sont dévastateurs. Gaston Langlais évalue aux deux tiers la proportion de Gaspésiens en chômage, inactifs ou dépendants de l'aide sociale. "Il s'agit là d'un gaspillage éhonté du talent gaspésien, s'indigne-t-il devant plus de 150 personnes. Et quand vient le moment d'ouvrir un poste en Gaspésie, les fonctionnaires prétendent ne pas y trouver de gens compétents. Gaston Langlais cite en exemple un cas semblable à Gaspé 0 "On a donné ça à une fille de Québec qui recevait 70 000 $ par année et 400 $ par semaine en prime d'éloignement. Elle gagnait plus en prime d'éloignement que bien des professionnels en Gaspésie. Quand nous avons dénoncé cette situation dans les journaux ils ont, comme par hasard, trouvé quelqu'un de très compétent à Gaspé."

Tant que les Gaspésiens ne seront pas respectés, aucun projet structurant ne naîtra en Gaspésie. Selon l'Action des patriotes gaspésiens, les projets qui ne débloquent pas sont nombreux 0 la cimenterie de Port-Daniel, l'agrandissement de l'aéroport de Gaspé, la décentralisation des pêches, le dossier des éoliennes à Val-d'Espoir, la Gaspésia, etc.

1. Jules Bélanger, Ma Gaspésie 0 le combat d'un éducateur, Montréal, Fides, 1993, p. 61.

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