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Faut-il croire les sondages?
N° 187 - mars 2000

D'après les sondages, la jeunesse se porte bien
Martin Petit

Sondage commandé par le journal Voir et l'émission Le Point



Quand arrivent des événements politiques " importants ", les firmes de sondages et les médias s'associent afin de mieux orienter les débats. C'est d'ailleurs une des stratégies médiatique largement utilisées permettant d'éviter les vrais enjeux. Le récent " débat " relatif aux organismes génétiquement modifiés (OGM) était fort instructif à ce sujet; au lieu d'y débattre de la privatisation du vivant, il a plutôt été question d'étiquetage des produits contenant des OGM. Le Sommet du Québec et de la jeunesse ne fera pas exception à cette règle.

Une semaine avant le Sommet du Québec et de la jeunesse, le journal Voir publie un sondage portant sur la jeunesse. Réalisé par la firme Léger et Léger, des amis proches du PQ, cette opération de relativisation arrive à point pour le gouvernement 0 le message lancé par ce sondage banalise clairement les conditions socio-économiques des jeunes et se résume à quelques opinions, dirigées par le choix des réponses, ou peu importantes par la question posée.

Suivant cette logique médiatique, il est donc plus pertinent de savoir que 75 % des jeunes croient en Dieu plutôt que de se rappeler qu'entre 1973 et 1994, le taux de pauvreté des 15-24 ans vivant seul est passé de 51 à 75 % (ce seuil étant évalué à 13 125 $ après impôts)(1).

Le sondage révélait également que 42 % des jeunes préfèrent un emploi qui leur plaît plutôt qu'un emploi rémunérateur (seulement 8 %). Les jeunes s'habituent-ils à la pauvreté, à la précarité et à l'exclusion que leur impose le modèle néolibéral ou préfèrent-ils vivre plus en marge de ce système en fondant leur vie sur des valeurs autres que monétaires? Pas de question ni de réponse à ce sujet.

Endettement

Au sujet de l'endettement, le sondage révèle que 75 % des jeunes interrogés se disent peu ou pas du tout endettés. Doit-on simplement en déduire que les jeunes ne sont pas endettés ou doit-on plutôt associer ce faible endettement à leurs maigres revenus restreignant leur accès au crédit? La réponse n'aurait pas été sans intérêt.

Le sondage révélait également que 56 % des jeunes occupent un emploi durant leurs études. En considérant qu'ils sont de plus en plus nombreux à demeurer chez leurs parents jusqu'à la fin de leur cheminement scolaire (23-25 ans), ne peut-on pas considérer comme logique que l'endettement des jeunes soit moins élevé?

Afin de ne pas oublier ceux et celles croulant sous les dettes, on retrouvait un article portant sur l'endettement étudiant, en page 26. Le lecteur y apprenait qu'entre 1990 et 1997, le nombre de faillites étudiantes a augmenté de 557 %. C'est d'ailleurs pour cette raison que le gouvernement fédéral a modifié la Loi sur la faillite en mai 1998.

En vertu de ces nouvelles dispositions, il est désormais impossible de déclarer faillite pour des dettes étudiantes dans les dix ans suivant la fin des études. Comme par magie, les jeunes n'entrent plus dans les statistiques des faillis puisqu'il leur est légalement impossible de déclarer faillite pour des dettes d'études. Pas de question sur la pertinence ou les impacts de cette loi dans le sondage. Pas de question non plus sur le fait qu'un quart des diplômés gagnent à peine plus que le salaire minimum et travaillent moins de 35 heures par semaine (cette statistique se trouvant dans ce même article, en page 26). Il est donc peu probable que les liens entre la pauvreté des diplômés, leur difficulté à rembourser leur dette et leur maigre accès au crédit soient clairement démystifiés.

20% plus pauvres qu'en 1980

Ce n'est pas non plus de ce sondage que nous apprenions que 26 % des 25-29 ans doivent vivre avec moins de 500 $ par mois, soit moins de 6 000 $ par année. Cette information figure dans un autre petit texte en page 20 dans lequel nous pouvions également lire que les jeunes de 18 à 24 ans sont de 20 % plus pauvres que les jeunes du début des années 1980.

Bref, ce sondage, comme bien d'autres, ne dit pas grand chose d'intéressant sur les jeunes. Pourquoi donc le publier alors que des textes plus intéressants nous dressent un portrait plus réaliste? Et dire que ce sondage faisait la une du Voir!

Prix de consolation

Sans accorder d'importance aux sondages, on retrouve une statistique intéressante dans les choix dirigés qui ont été proposés aux personnes interrogées. Au sujet des surplus budgétaires du gouvernement, le sondage nous indiquait que 52 % des jeunes avaient choisi le réinvestissement dans les services publics actuels plutôt que… les baisses d'impôts (31 %), les deux autres choix de réponses disponibles étant le remboursement de la dette et l'aide aux entreprises. Malgré tout le martelage médiatique relatif aux baisses d'impôts, les jeunes semblent demeurer solidaires.

1. GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, Ministère de la Sécurité du revenu, La pauvreté au Québec 0 bref historique et situation actuelle (1973 – 1994), novembre 1996.

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