L'aut'journal
Le lundi 27 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Faut-il croire les sondages?
N° 187 - mars 2000

Une victoire des institutions de l'ONU sur les transnationales et l'OMC
André LeCorre

Conférence de Montréal sur la biosécurité



Du 24 au 29 janvier dernier se tenait à Montréal une conférence qui portait sur la biosécurité, c'est-à-dire sur le commerce transfrontalier des produits issus de la biotechnologie, mieux connus sous le nom d'OGM (organismes génétiquement modifiés). Originant du sommet de Rio en 1992, ces négociations ont démontré que des gouvernements responsables, soucieux du devenir écologique de la planète, appuyés par toutes les forces militantes de la société civile, peuvent tenir tête aux puissantes transnationales et les vaincre.

Pour bien comprendre ce qui s'est passé à Montréal, il faut revenir quelques années en arrière. En juin 1992 avait lieu à Rio de Janeiro (Brésil) une conférence historique organisée par l'ONU que l'on a appelé le Sommet " planète Terre " et qui visait à définir les orientations pour un développement mondial durable.

Tous les aspects sensibles de notre environnement y étaient abordés 0 l'eau, les forêts, la désertification, la couche d'ozone, la conservation des espèces animales et végétales, etc. Plusieurs conventions y ont été signées dont une sur la diversité biologique. Son objectif était de stopper la destruction des espèces biologiques, des habitats naturels et des écosystèmes.

Elle a été signée par 153 pays, soit tous ceux présents sauf les États-Unis qui ont argué que certaines de ses dispositions limiteraient indûment l'activité biotechnologique du pays. Dès ce moment, n'étant pas partie à la Convention, ils perdaient le droit de vote pour la suite du processus. Ce qui ne les a pas empêchés d'être omniprésents à Carthagène et à Montréal grâce à leur vassal fidèle, le Canada.

À Montréal, les concepts de l'ONU et de l'OMC se télescopent

On a vu la montée en puissance de l'OMC (organisation mondiale du commerce) créée en 1995, mais aussi le développement d'importants mouvements populaires qui, notamment grâce à Internet, ont pu contribuer à la mise en échec de l'AMI (Accord multilatéral sur l'investissement) en 1998.

Plus récemment l'échec du lancement de la Ronde du millénaire de l'OMC, à Seattle, en décembre 1999, a porté un dur coup au prestige de cette institution. La table était donc mise pour qu'à Montréal une nouvelle confrontation ait lieu entre les partisans de la continuation du grand dessein, ébauché à Rio, visant à la sauvegarde de notre planète, et les margoulins à la recherche de profits exorbitants.

Nous en connaissons maintenant la conclusion et si nous n'avons pas encore tous les détails de ce qui sera appelé " Le protocole de Carthagène " nous savons que deux principes fondamentaux ont été énoncés. Premièrement le principe de précaution, qui permet à un pays de refuser l'importation d'OGM et son corollaire, le renversement de la preuve qui oblige l'exportateur à prouver l'innocuité de son produit (ce qui n'est pas demain la veille). On y a aussi affirmé la prédominance des organismes de l'ONU sur l'OMC en ce qui concerne le contrôle des produits qui peuvent affecter la santé humaine, animale ou l'environnement végétal.

Une grande victoire, donc, pour l'humanité et une grande honte pour le Canada qui, en se faisant le porte-parole servile des États-Unis, a perdu, sans doute pour longtemps, toute crédibilité environnementale.

L'intermède de Carthagène

La non-ratification de la Convention de Rio par les États-Unis a été la conséquence des pressions exercées sur le Sénat américain par les transnationales de l'agro-alimentaire (Dupont, Monsanto, Novartis, Hoechst). Ces industries ont connu un grand développement dans les années 90. Aussi, en février 1999, lorsque les parties à la Convention de Rio ont décidé d'ouvrir à Carthagène (Colombie) des négociations pour la conclusion d'un protocole sur la biosécurité, elles se sont trouvées confrontées à un puissant cartel des pays exportateurs d'OGM 0 le groupe de Miami (États-Unis, Canada, Australie, Argentine, Chili, Uruguay). Bien entendu, ces négociations échoueront et devront se continuer lors d'une nouvelle ronde à Montréal.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.