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La pilule c'est la santé
N° 209 - mai 2002

Bell et Quebecor s'entendent… contre leurs travailleurs !
Pierre Dubuc

Pendant que la Caisse de dépôt orchestre le démantèlement de Vidéotron



On se réjouirait volontiers de la déconfiture des Charles Sirois, Jean Monty et Pierre-Karl Péladeau et de l'écroulement de leur empire de châteaux de cartes, s'ils n'essayaient pas de se maintenir à flots en jetant par-dessus bord les conditions de travail de leurs employés, comme c'est le cas actuellement chez Vidéotron.

Synergie était le mot clé pour justifier l'achat par Bell de CFCF, TQS et le journal Globe and Mail. Même rengaine pour qualifier l'achat par Quebecor de TVA et de Vidéotron avec l'aide de la Caisse de dépôt. Les marchés financiers frémissaient de plaisir et les actions s'envolaient. Cette nouvelle synergie ne pouvait qu'apporter prospérité aux travailleurs et de meilleurs produits et services aux consommateurs, nous disait-on.

Mais, depuis, le vent a tourné. Les actions de Bell et Quebecor s'effondrent, déclenchant une lutte sans merci entre les deux entreprises. BCE annule des contrats de 15 millions $ de publicité dans les médias de Quebecor en représailles à l'offensive de Quebecor contre Bell ExpressVu devant le CRTC. Mais la vraie guerre, c'est contre les travailleurs et travailleuses des deux entreprises qu'elle se mène et, sur ce terrain, les frères ennemis, Bell et Quebecor, s'entendent comme larrons en foire.

Faute de pouvoir vendre des actions, on « vend » les employés

Bell a donné le ton, il y a quelques années, en « vendant » 500 téléphonistes à la société Nordia, une filiale qu'elle possédait en partenariat avec l'américaine Excell Global Services. Les téléphonistes ont vu leur salaire chuter de 19 $ à 10 $ de l'heure parce qu'une entreprise de juridiction fédérale comme Bell pouvait céder une partie de ses activités à une entreprise de compétence provinciale comme Nordia, sans que cette dernière soit liée par l'ancien contrat de travail et l'ancienne accréditation.

Aujourd'hui, c'est Quebecor qui veut « vendre » plus de 650 techniciens à la firme Entourage Solutions Technologiques dans le but avoué d'économiser 15 millions$. Le plus étonnant, c'est que Entourage a de nombreux liens historiques et actuels avec… Bell !

Entourage a été créé par le Fonds de solidarité de la FTQ en 1996 pour embaucher 850 techniciens résidentiels dont Bell voulait se départir. Les techniciens ont vu leur salaire chuter de 24 $ à 17 $, mais ont pu se syndiquer au Syndicat des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ).

En 1999, le Fonds a cédé Entourage à Adrien Pouliot, dont la famille contrôlait le diffuseur CFCF, aujourd'hui propriété de Bell ! Bien plus, Bell est propriétaire à 25 % de Entourage ! Comme quoi, Quebecor ne craint pas de s'associer à son ennemi numéro un quand il s'agit de plumer ses employés.

Selon Yves Lalonde, le président d'un des syndicats qui représentent les employés de Vidéotron (section locale 2815 du SCFP-FTQ), le très « nationaliste » patron de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau, et Adrien Pouliot voudraient que les employés chez Entourage tombent sous juridiction fédérale. En effet, une modification au Code du travail est venue colmater la brèche constatée dans le cas de Nordia, et le contrat de travail et l'accréditation syndicale suivraient les employés « vendus » à Entourage. Le fait que l'entreprise soit de juridiction fédérale lui permettrait d'embaucher des «scabs », le Code canadien du travail n'interdisant pas le recours aux briseurs de grève.

Vidéotron voudrait également transférer 120 analystes programmeurs à CGI, une entreprise dont le principal actionnaire est encore… Bell ! Mais CGI hésite beaucoup, selon Yves Lalonde, parce que 13 des ses analystes programmeurs sont syndiqués et que CGI, qui devrait honorer leur convention collective, craint comme la peste le virus syndical.

La dégringolade des salaires et des conditions de travail ne s'arrêtera pas là ! On peut toujours trouver un sous-traitant au sous-traitant. Bell sous-traite du travail à la compagnie TAD qui paye ses techniciens 10 $ de l'heure plutôt que les 19 $ que verse Entourage. Et Entourage veut maintenant embaucher ses techniciens aux conditions de TAD.

Le même phénomène est en cours au Centre d'appels de Vidéotron où près de 250 personnes ont démissionné au cours des derniers mois à cause du climat de terreur qui sévit, nous dit Yves Lalonde. Elles ne sont pas remplacées et le travail est donné en sous-traitance à la firme Joncas Telexpert. Les salaires, qui oscillaient entre 13 $ et 22 $ au Centre d'appels, varient entre 9 $ et 10 $ chez Joncas, qui appartient à Quebecor.

Non au démantèlement

Avec le revolver du démantèlement posé sur la tempe de ses employés, Vidéotron exige des concessions de 30 millions $ en allongement de la semaine de travail de 35 heures à 37 ½, réduction des congés fériés et des vacances et un plus grand contrôle sur les congés de maladie et les libérations syndicales.

Pour se préparer à un conflit dans lequel elle entend avoir recours à des « scabs », Vidéotron a installé des caméras de surveillance et fait paraître une annonce dans le Journal de Montréal dans laquelle on demande des « agents de sécurité dans le cadre d'un conflit de travail. 350 postes disponibles, bon physique, belle présentation, avec une possibilité de 60heures de travail par semaine », pouvait-on lire dans une annonce donnant l'adresse de l'agence de sécurité Garda.

« Non au démantèlement de Vidéotron, non à la sous-traitance, vont clamer les travailleuses et les travailleurs de Vidéotron. » Notre lutte aura des répercussions considérables sur les autres travailleurs, nous dit Yves Lalonde. On ne peut que lui donner raison.

L'expertise de la Caisse 0 le démantèlement

La Caisse de dépôt du Québec donne sa bénédiction à Pierre-Karl Péladeau pour ses manœuvres et il en va de même de la ministre des Finances, Pauline Marois, dont le mari, Claude Blanchette, anciennement du Fonds de solidarité, aujourd'hui à la Société générale de financement, aspire à la direction de la Caisse de dépôt.

La Caisse a dû dévaluer à deux reprises son investissement de 2,9milliards $ dans Quebecor, lequel ne vaut plus que 1,8 milliard. C'est la plus grosse dévaluation de son histoire et cela a retranché 1 % du rendement annuel de la Caisse en 2001. Les perspectives ne sont pas très bonnes, s'il faut en croire les dirigeants de la Caisse qui se donnent dix ans pour rentabiliser leur investissement.

Pour y arriver, la Caisse va favoriser le démantèlement de l'entreprise comme elle l'a fait dans le cas de Steinberg. Elle avait alors conservé le joyau de Steinberg, la Société immobilière Ivanhoe, et fermé les magasins Steinberg. La Caisse faisait ainsi d'une pierre deux coups 0 elle se débarrassait des employés syndiqués de Steinberg qui avaient les meilleures conditions de travail dans le secteur de l'alimentation et rentabilisait ses investissements dans les marchés Provigo et Métro.

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