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La pilule c'est la santé
N° 209 - mai 2002

Serions-nous tous des Talibans ?
Michel Chossudovsky

Le coup d’État du 11 septembre



Dans la foulée des événements tragiques du 11 septembre, les États-Unis se sont embarqués, par le déploiement d'une puissance militaire d'une ampleur sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, dans une aventure militaire qui met en péril l'avenir de l'humanité.

Présenté à l'opinion publique comme « une campagne contre le terrorisme international », le déploiement de la machine de guerre américaine vise à étendre la sphère d'influence des États-Unis non seulement en Asie centrale et au Moyen-Orient mais encore à l'ensemble du sous-continent indien et de l'Extrême-Orient.

Les États-Unis tiennent à établir une présence militaire permanente en Afghanistan, pays qui occupe une position stratégique à la frontière de l'ancienne Union soviétique, de la Chine et de l'Iran. L'Afghanistan est également au centre de cinq puissances nucléaires 0 la Russie, la Chine, l'Inde, le Pakistan et le Kazakhstan.

À cet égard, l'administration Bush a en outre saisi l'occasion de la prétendue « guerre au terrorisme» pour installer des bases militaires américaines dans plusieurs des anciennes républiques soviétiques dont l'Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan.

Un président ou un agent des relations publiques ?

Sous l'administration Bush, l'appareil du renseignement militaire s'est emparé des rênes de la politique étrangère, avec l'appui de Wall Street. Avec la prise à huis clos des décisions cruciales par la CIA et le Pentagone, les « institutions politiques civiles », y compris le Congrès américain, servent de plus en plus de façade.

Alors que l'opinion publique se donne l'illusion d'une « démocratie fonctionnelle », le président des États-Unis est devenu un simple agent de relations publiques manifestement peu au courant des grandes questions de politique étrangère.

La méthode forte a le gros bout du bâton

En vertu du « nouvel ordre mondial », ce sont les planificateurs militaires du département d'État, du Pentagone et de la CIA qui mènent le bal de la politique étrangère. Ils sont en liaison non seulement avec l'OTAN mais avec les responsables du FMI, de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

La bureaucratie financière internationale, qui siège à Washington et ordonne des «remèdes économiques » mortels pour les pays du tiers monde et la plupart des pays de l'ancien Bloc soviétique, maintient à son tour des relations de travail étroites avec l'establishment financier de Wall Street.

Les puissances sur lesquelles repose ce système sont celles des banques et des institutions financières mondiales, du complexe militaro-industriel, des géants du pétrole et de l'énergie, des conglomérats biotechnologiques ainsi que des médias superpuissants et des géants des communications qui fabriquent les nouvelles et falsifient sans rancune le cours des événements mondiaux.

Le temps de la sécurité de la police

Dans la foulée du 11 septembre, les ressources de l'État ont été réorientées vers le financement du complexe militaro-industriel, les programmes sociaux ont été comprimés, les crédits gouvernementaux, réorganisés et le revenu fiscal a été canalisé vers le renforcement de l'appareil policier et de la sécurité intérieure.

Il en est résulté une « nouvelle légitimité » qui menace les fondements du système judiciaire et abolit la « primauté du droit ». Par malheur, dans de nombreux pays occidentaux dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada, la «démocratie en action » est abolie par un appareil législatif élu démocratiquement.

À mesure que la « sécurité nationale » se trouve consolidée, la nouvelle législation n'a pas pour but de « protéger les citoyens contre le terrorisme ». Elle tend surtout à maintenir et à protéger le système du « marché libre ». Elle vise à ébranler les coalitions pacifistes et de défense des libertés civiles de même qu'à contenir l'éclosion du mouvement antimondialisation.

Avec une économie civile en chute libre, la sécurité intérieure et le complexe militaro-industriel constituent les nouveaux pôles de croissance de l'économie américaine.

Le terrorisme « antiterroriste »

Aux États-Unis, la loi dite «Patriot Act » criminalise les manifestations pacifiques contre la mondialisation. Ainsi, toute protestation contre le FMI ou l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est tenue comme «un crime de terreur nationale ». En vertu de cette loi, « le terrorisme national » comprend toute activité susceptible « d'influencer la politique d'un gouvernement par l'intimidation ou la coercition » 0 par exemple, « une manifestation qui aurait bloqué une rue et empêché une ambulance de circuler pourrait être assimilée à du terrorisme national. […] Dans l'ensemble, la nouvelle loi représente l'une des atteintes aux droits civils les plus globales des cinquante dernières années. Elle est peu susceptible d'accroître notre sécurité mais elle va réduire à coup sûr notre liberté. »1

Les lois contre le terrorisme font bien davantage que de supprimer les libertés civiles, elles suppriment la justice. Elles nous ramènent à un système d'arrestations et de détentions arbitraires. Les allégations policières sommaires remplacent les dépositions. La notion de preuve est abolie. Mise en accusation équivaut à culpabilité. Le principe selon lequel quiconque est innocent tant qu'il n'a pas été reconnu coupable est remis en question.2

Le feu vert comme au temps de la chasse aux sorcières

La nouvelle loi ajoute aux attributions du FBI et de la CIA le droit de mettre couramment sous écoute électronique et sous surveillance les organisations non gouvernementales, les syndicats de même que les journalistes et les intellectuels. Autrement dit, en vertu de cette nouvelle loi, la police pourra espionner les simples citoyens

La loi canadienne reprend dans ses grandes lignes les dispositions antiterroristes américaines. Dans les deux mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre, «plus de 800 personnes au Canada sont disparues dans les dédales du système de détention canadien sans pouvoir communiquer avec leur famille ou leur avocat »3. Et cela s'est produit avant que le Parlement canadien n'ait adopté sa loi antiterroriste.

Extraits de Guerre et mondialisation, la vérité derrière le 11 septembre. À paraître prochainement aux Éditions Ecosociété

1 Michael Ratner, Moving toward a Police state (or have we arrived ?), Global Outlook, vol. 1, no 1, 2002, p. 33. Aussi au Centre de recherche sur la mondialisation (CRM), http 0//www.globalresearch.ca/articles/RAT111A.html, 30 novembre 2001)0

2 Connie Fogal, Globalisation and the Destruction of the Rule of Law, ibidem, p. 36)

3 ibidem

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