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Les budgets
N° 188 - avril 2000

On donne congé à des élèves pour participer à un " salon " militaire au Stade olympique
Martin Petit
Le 29 mars, les forces armées canadiennes tenaient au Stade olympique une journée de relations publiques intitulée " Opération 0 Honneur à notre communauté ". Des autobus jaunes y ont amené des élèves d'écoles secondaires de la région de Montréal. L'auteur de cet article a pu se procurer auprès de certains d'entre eux une lettre rédigée par un professeur zélé invitant les parents à " soutenir et encourager fortement cet événement excitant ". Les élèves ont eu la permission de quitter leur école à partir de 10h30 à la seule condition de passer la journée à ce " salon ". Rappelons-nous que, tout récemment, les médias se sont déchaînés contre les professeurs qui sortaient une journée en grève pour réclamer un financement équitable de l'éducation.

L'auteur de cet article a pu se procurer auprès de certains d'entre eux une lettre rédigée par un professeur zélé invitant les parents à " soutenir et encourager fortement cet événement excitant ". Les élèves ont eu la permission de quitter leur école à partir de 10h30 à la seule condition de passer la journée à ce " salon ". Rappelons-nous que, tout récemment, les médias se sont déchaînés contre les professeurs qui sortaient une journée en grève pour réclamer un financement équitable de l'éducation.

L'armée en campagne

Si vous apercevez la page frontispice vert kaki du magasine L'Actualité de ce mois-ci, prenez le temps de jeter un coup d'œil sur l'article de Michel Vastel portant sur l'armée canadienne. Vous y constaterez que le gouvernement fédéral mène une large campagne médiatique afin de redorer le blason de l'armée.

Les journées " portes ouvertes " figurent dans le programme de cette campagne. Planifiées pour le 22 mars à Toronto et le 29 mars à Montréal, ces événements visent non seulement à recruter de futurs soldats mais également à présenter les activités militaires canadiennes comme étant légitimes et allant de soi.

Bien entendu, tout le monde était invité à participer à ces événements gratuits. À Montréal, l'armée a transformé un espace du Stade olympique en lieu de pèlerinage pour les amoureux des forces armées. Dans une atmosphère de lumières tamisées et d'habitations camouflées, on pouvait y admirer un avion d'entraînement, quelques véhicules militaires, un char d'assaut dont on pouvait visiter l'intérieur, des armes sophistiquées et d'autres équipements accessibles fièrement utilisés par nos valeureux soldats.

Un kiosque proposait même un maquillage de camouflage gratuit semblable à celui que porte la femme en couverture de l'Actualité. On comprendra que le gouvernement fédéral doit maintenant justifier les quelques 2,3 milliards $ que Paul Martin vient d'accorder à l'armée canadienne pour les quatre prochaines années.

Le culte des armes

Derrière cette opération de relations publiques se cache un culte de puissance et de domination directement lié aux armes. Pouvons-nous réellement considérer que le développement de ce type de culture essentiellement basé sur la violence va de pair avec la mission éducative des écoles ?

Le gouvernement du Québec a bien répondu à la question lorsqu'il a décidé récemment de s'attaquer au problème de la violence chez les jeunes. Des messages publicitaires diffusés à la télévision dénonçaient les comportements juvéniles violents. Évidemment, lorsqu'on cherche les vrais responsables de cette violence, on pointe du doigt en direction de cette même jeunesse. La division sociale qui en résulte fait largement l'affaire du pouvoir dominant. Collectivement, en plus de payer pour l'armée et une journée d'école réellement perdue, nous sommes toutes et tous perdant lorsque la violence s'exprime parmi nous.

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