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Les budgets
N° 188 - avril 2000

Le rôle obscur des compagnies d'assurances
Pierre Dubuc

400 $ de l'heure pour une chirurgie



Dans sa chronique " Les contradictions d'une loi archaïque " (La Presse 23/03/00), Claude Picher justifie la pratique de l'Institut de polychirurgie de Montréal qui charge 400,00 $ de l'heure pour des opérations à des patients qui veulent court-circuiter les listes d'attente des hôpitaux. C'est, selon lui, un système gagnant-gagnant. Sa logique est la suivante 0 les patients qui sont prêts à payer désengorgent les listes des hôpitaux et réduisent d'autant le temps d'attente pour ceux qui ne peuvent payer. " Nous ne parlons pas ici, écrit-il, de privatisation du système, mais de permettre au privé de colmater les brèches d'un régime public qui fait eau de toutes parts ". Il faut donc, conclut-il, dépoussiérer la " loi archaïque " qui interdit un tel recours au privé.

Claude Picher " oublie " de mentionner qui seront les véritables gagnants du système qu'il propose 0 les compagnies d'assurances. Si on ouvre une telle brèche dans le régime public, elles vont s'empresser d'offrir des compléments d'assurances à tous ceux qui craignent de poireauter sur une liste d'attente dans les hôpitaux publics ou d'avoir à débourser des frais importants pour une chirurgie.

L'exemple des soins à domicile

Récemment, l'Association des CLSC révélait que " pas moins de 40 000 malades attendent qu'on s'occupe d'eux " (Le Devoir, 4 mars). L'association réclamait 267 millions du gouvernement pour pouvoir offrir des soins à domicile à ces malades et permettre un " vrai virage ambulatoire ". Autrement, les listes d'attente s'allongent et " le dérapage vers la privatisation s'accentue " peut-on lire dans le rapport.

On peut déjà parier que les CLSC ne recevront pas l'argent demandé. Picher dirait que c'est une solution trop " archaïque ". Les médias mènent depuis longtemps une vicieuse campagne pour ternir la réputation des CLSC, mais ne scrutent jamais la pratique des cliniques privées dont on a appris récemment qu'elles étaient, du moins dans la région de Hull, des championnes du 9 à 5, ce qui explique en bonne partie l'engorgement de l'urgence des hôpitaux de la région.

La " solution Picher " pour désengorger les listes d'attente des soins à domicile, c'est le recours à l'une des multiples agences privée ou déguisée en organisme d'économie sociale mises en place au cours des dernières années. Ça coûte évidemment des sous, mais les compagnies d'assurances, y compris Desjardins, nous informent depuis déjà un certain temps qu'il est possible de se prémunir contre ce risque moyennant une prime supplémentaire.

Les véritables gagnants

La logique de l'ajout continuel de nouvelles primes d'assurances privées pour couvrir la désassurance du secteur public est toute tracée. L'argument sera utilisé pour convaincre la classe moyenne de réclamer des baisses d'impôt et d'accepter des compressions dans un système public qu'elle utilisera de moins en moins. Au bout du compte, le système sera " gagnant-gagnant " pour l'élite qui aura son système privé et les compagnies d'assurances qui feront leur beurre. La grande majorité de la population, y compris la classe moyenne, en sortira perdante.

Si Claude Picher " oublie " de parler des compagnies d'assurances, ce n'est pas anodin. Son patron, Paul Desmarais de Power Corporation, est également propriétaire de la compagnie d'assurances Great-West qui a fusionné il y a quelques années avec la London Life pour former la plus importante compagnie d'assurances au Canada.

On comprend pourquoi Power a intérêt à ce que se poursuive le chaos dans les soins de santé, que ses journaux en rendent compte sur une base quotidienne et que ses chroniqueurs à la Picher proposent la " solution " qui va de soi 0 la privatisation.

Au début de son premier mandat, le président Clinton a voulu transformer le système de santé américain sur le modèle canadien. Il avait l'appui des 40 millions d'Américains qui n'ont aucune assurance, de la classe moyenne qui paie une fortune en assurances privées et de plusieurs grandes entreprises comme General Motors et Ford qui avaient intérêt à remplacer leur système privé par un régime public. Le puissant lobby des richissimes compagnies d'assurances a fait échouer le projet. Aujourd'hui, ces mêmes compagnies d'assurances et leurs alliées canadiennes sont en train de remodeler notre système de santé sur le système américain.

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