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Les budgets
N° 188 - avril 2000

Nos ressources coulent vers les USA
Nathalie Marois

Eau secours



Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) tenait, l'automne dernier, des consultations publiques sur la gestion de l'eau au Québec, longtemps réclamées par de nombreux groupes sociaux, environnementaux et syndicaux. La coalition Eau Secours n'est pas étrangère à cette victoire, ainsi qu'au décret gouvernemental d'un moratoire sur l'exportation massive d'eau. Dans l'attente du dépôt du rapport des commissaires, reporté au début du mois de mai prochain, alors qu'on projette de démanteler le ministère de l'Environnement, Louise Vandelac, porte-parole de la coalition Eau secours et professeure au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal, fait le point sur cet exercice démocratique.

L'aut'journal 0 Selon vous, le message sur les enjeux de l'eau au Québec est-il descendu dans la rue, comme c'est notamment le cas pour les OGM et la forêt?

Louise Vandelac 0 Sur la question de la privatisation, sûrement! Dans les différentes tribunes, dont les lignes ouvertes, les gens ont clairement réagi contre le projet de privatiser l'eau. Même chose pour l'exploitation commerciale de nos eaux souterraines. De toute évidence, ces questions éveillent un sentiment collectif. Après tout, l'eau n'est-elle pas le symbole de la nationalisation de nos ressources qui a servi de base à toute la révolution tranquille? Cependant, sur les questions de l'exportation et de la pollution de l'eau, je crois qu'il reste encore beaucoup à faire en matière de sensibilisation.

Une question des plus préoccupantes, c'est que le Québec et le Canada coulent littéralement vers les États-Unis d'ici la prochaine décennie. Avec l'ALENA, les Américains ont la possibilité de faire main basse sur notre eau. Il s'agit d'un enjeu de citoyenneté fondamental et de souveraineté sur nos ressources. Les citoyens doivent également saisir à quel point la mauvaise gestion actuelle de l'eau leur coûte cher et elle coûtera cher à leurs enfants.

Comment voyez-vous le rôle de la coalition alors que vous avez obtenu gain de cause sur l'essentiel de vos demandes, soit la tenue de consultations publiques sur la gestion de l'eau et un moratoire sur l'exportation massive d'eau?

Le principal objectif de la coalition, c'est que l'on arrive à l'établissement d'une politique de l'eau qui soit d'intérêt public et écosystémique, et qui implique la préservation et la mise en valeur de nos ressources. Il est absolument anormal que l'on ne se soit pas encore doté d'une politique sur l'eau alors que l'on dispose d'une des plus importantes ressources hydriques du monde.

Ne craignez-vous pas que le rapport du BAPE soit tabletté ou que le gouvernement ne le laisse dormir pour étouffer la mobilisation?

Ce qui m'apparaît le plus risqué, actuellement, c'est qu'il n'y ait plus de ministère de l'Environnement. Le dossier de l'eau constitue un des derniers grands mandats du ministère et on semble tout faire pour se débarrasser des éléments les plus actifs qui travaillent sur cette question.

Justement, comment réagissez-vous aux récents démantèlements de l'équipe de Montréal, qui oeuvre dans les secteurs de la décontamination de l'eau et des rejets industriels?

C'est hallucinant de démanteler un tel service, compte tenu que près de la moitié de la population du Québec se concentre dans la grande région de Montréal. C'est d'autant plus absurde de procéder à des réaménagements administratifs, qui sont en fait du domaine de l'abolition de services, avant le dépôt du rapport des commissaires du BAPE.

Est-ce que cela ne témoigne pas du manque de sérieux que le gouvernement accorde à cette commission?

On sait très bien que c'est de l'ordre du fait accompli depuis le début de cette commission. Pendant les audiences, le gouvernement a continué à autoriser des projets de petits barrages hydroélectriques même s'ils ne respectaient pas les critères sur l'environnement, comme ce fut le cas de celui de Batiscan. Même chose pour les projets de captage et d'embouteillage d'eau souterraine à des fins commerciales 0 le gouvernement a poursuivi ses études pendant la commission lesquelles avaient notamment pour mandat d'évaluer les impacts environnementaux de telles pratiques. Par exemple, à Barnston ouest, une vingtaine de citoyens ont manqué d'eau. Ils ont du faire recreuser leurs puits d'eau potable l'an dernier à des coûts de 2000 à 4000 dollars et, malgré cela, le gouvernement poursuit ses études sur le captage d'eau. Les conflits d'usage comme ceux-ci sont très répandus sur tout le territoire.

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