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Les budgets
N° 188 - avril 2000

On est pas sorti du bois
Roméo Bouchard

Un pour cent des travailleurs sont syndiqués



Pendant que les fusions ramènent en force le contrôle des grandes papetières américaines, sans doute pour s'assurer la mainmise sur les dernières forêts nordiques, la population manifeste de plus en plus la volonté de se réappropier cette ressource qui lui appartient. Pourtant, l'État québécois refuse de modifier substantiellement le régime forestier basé sur des contrats d'approvisionnement et d'aménagement de 25 ans aux entreprises forestières.

Le gouvernement avait réussi à faire croire à tout le monde que la forêt allait bien, qu'on reboisait, que le régime forestier instauré en 1987 était révolutionnaire, ". affirme Pierre Dubois, coordonnateur de la Coalition pour la sauvegarde des forêts nordiques. " La population a compris maintenant qu'il y a de sérieux problèmes, des risques réels de surexploitation et même de liquidation de ce bien collectif qui lui appartient. La population a pour ainsi dire renoué avec ses racines forestières. Un an après l'Erreur boréale, , ce qui a changé, c'est la perception populaire face à la forêt publique."

Cependant, la bataille pour revenir à une utilisation de la forêt qui garantisse sa préservation, sa régénération et son utilisation diversifiée sera longue et difficile.

Le régime actuel privilégie l'exploitation de la matière ligneuse par les grandes entreprises forestières. Il vise l'augmentation de la productivité par un aménagement forestier basé sur une hypothèse " qui n'est pas vérifiée " à l'effet que la "forêt artificielle" qu'on met en place produira davantage. Pierre Dubois se réfère notamment à des études récentes qui démontrent qu'une plantation qu'on a éclaircie produit à long terme des arbres plus gros mais pas nécessairement plus de bois au total. Devant l'appétit grandissant de compagnies forestières de plus en plus "productives", les risques de surexploitation sont réels.

Partager la forêt

Pour ce qui est de la cohabitation des usagers, de la gestion intégrée en forêt et du partage de la ressource avec la population locale dans les forêts proches des communautés, le système des CAAF (Contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestiers) risque de continuer à en compliquer l'application.

"Le problème, c'est que les CAAF servent de garantie aux compagnies forestières pour leurs emprunts. Ils ne veulent donc pas les partager, fait remarquer Pierre Dubois. De plus, la consultation de la population prévue lors de l'approbation des plans et du renouvellement des contrats est une consultation bidon. Il faut souhaiter qu'on oblige les compagnies à négocier avec les populations et avec les autochtones. Ce n'est pas vrai, comme on tente de le faire croire au public, qu'ils veulent empêcher la coupe, mais l'encadrer, soumettre les plans d'approvisionnement à des études d'impact, assurer un partage équitable de la forêt. "

Des forêts naturelles témoins

Le ministère des Ressources naturelles est peu favorable à la demande de la Coalition en faveur de l'instauration d'aires forestières protégées. "Nos gouvernements se sont engagés devant les organismes internationaux à protéger de 7 à 8% des espaces naturels. Dans la forêt nordique présentement, on ne protège guère plus que .03%!, nous rappelle Pierre Dubois. Comment peut-on protéger la biodiversité, si on ne préserve pas des forêts qui puissent au moins témoigner de la dynamique naturelle quand toute la forêt sera cultivée artificiellement? Les industriels manifestent plus d'ouverture sur ce point que nos gouvernements, qui ne veulent même pas en discuter avec nous. "

L'État coincé entre les multinationales et la population

Ici comme ailleurs, la compétition internationale et la concentration des entreprises autour des conglomérats américains font pression sur le gouvernement pour qu'il consolide leurs acquis plutôt que de donner suite aux revendications des populations locales. D'ailleurs, ces populations profitent de moins en moins d'emplois de la part de ces entreprises modernes et voient les seules ressources qu'elles ont pour survivre diminuer rapidement.

Pierre Dubois rappelle l'importance que donne la Coalition à l'amélioration des conditions de travail des travailleurs sylvicoles. "L'aménagement forestier aurait pu devenir au Québec un secteur d'emploi majeur et valorisant pour de nombreux travailleurs manuels des régions forestières. Malheureusement, c'est devenu un travail précaire, sous-payé, dévalorisé, soumis à une cascade de sous-traitants telle que les travailleurs ne savent plus pour qui ils travaillent. La loi sur les forêts a détruit les accréditations syndicales0 1% seulement sont syndiqués. Contrairement à ce qu'on essaie de faire croire, ce n'est pas un problème de formation mais un problème de condition et d'organisation du travail".

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