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N° 188 - avril 2000

Un métier dangereux sous-payé
Pierre Klépock

Grève des technologistes médicales



L'Association professionnelle des technologistes médicaux du Québec (APTMQ) regroupe 4 500 membres (il y a 5 000 technologistes au Québec) présentes dans quelques 120 établissements de santé. 85% sont des femmes. Elles vivent au quotidien le virage ambulatoire amorcé il y a quelques années 0 surcharge de travail, précarité d'emploi, rémunération inéquitable, non-reconnaissance de l'expertise, détérioration des conditions de travail. C'est à 70% que les syndiquées ont décidé de déclencher la grève, le 22 février dernier. L'aut'journal a rencontré Francine Genest, présidente de l'APTMQ, déterminée à défendre la profession et la qualité des services de laboratoire avec ses camarades.

A.J 0 Pourquoi êtes-vous en grève actuellement?

Francine Genest0 À la fin des années 1980, le gouvernement du Québec avait instauré des études en matière de relativité salariale, en l'absence de l'APTMQ. Lorsqu'est venu le temps de clore la négociation de 1990-91, nous étions en désaccord avec le reclassement inéquitable accordé aux techniciennes de laboratoire. Le gouvernement de l'époque s'était engagé à créer un comité conjoint d'étude avec l'APTMQ et à faire les ajustements salariaux qui s'imposeraient suite à ces travaux.

Malgré les études effectuées de bonne foi par l'APTMQ à ce comité, le gouvernement Bouchard refuse toujours d'apporter les correctifs salariaux qui s'imposent, afin d'éliminer, entre autres, la discrimination salariale entre les corps d'emploi à prédominance masculine et celui des technologistes médicales. Depuis le dépôt de nos demandes syndicales en juin 1998, nous nous battons sur la question du rangement salarial et de l'équité salariale. Le Conseil du trésor s'obstine à ne pas reconnaître ses propres données de l'étude de relativité salariale, afin de ne pas corriger ces inéquités.

Quel genre de travail font les technologistes médicales?

C'est nous qui travaillons pour détecter les virus comme l'hépatite et le sida, qui cultivons les bactéries, qui travaillons, en plus, avec des produits chimiques. Nous faisons face à des milliards de bactéries et il y a des risques d'infection. D'ailleurs, une de nos membre est morte d'une méningite. Nous avons des obligations de résultats car, par exemple, sur des milliards de cellules, il faut trouver la cellule cancéreuse et si nous ne la trouvons pas, le patient ne pourra pas être traité. C'est un genre de travail qui comporte de très grandes responsabilités.

Nous négocions depuis deux ans de façon ardue; il nous reste quelques petits points au plan normatif, qui pourraient être réglés en deux jours. Quand les infirmières étaient en grève " illégale ", M.Bouchard disait qu'il ne voulait pas négocier avec des gens en situation illégale. Nous, nous sommes en grève " légale " et il ne négocie pas plus. On ne comprend pas l'attitude du gouvernement qui ne veut pas reconnaître l'importance de notre travail.

Que pensez-vous du fait que le gouvernement déclarait ne pas avoir d'argent pour la santé et que, d'un seul coup, il trouve près d'un milliard sur un compte à Toronto?

Quand les techniciennes ont appris ça, elles se sont senties flouées. Ce n'est pas l'impossible que nous demandons, il s'agit d'environ 4% par année sur une convention de 3 ans pour nous donner la classification salariale dans laquelle on devrait être situées 0 c'est de l'ordre de 5 millions par année. Le conseil du Trésor, en début d'année, nous disait que les coffres étaient vides et, quelques semaines plus tard, le ministre des Finances, Bernard Landry, annonçait 841 millions cachés dans une fiducie à Toronto! Nos membres sont donc déterminés à obtenir justice. Là-dessus, on ne courbera pas l'échine et le gouvernement ne nous aura pas à l'usure.

Que pensez-vous du Conseil des services essentiels?

La loi des services essentiels prévoit d'assurer les services à 90%. Dans les hôpitaux, nos membres commencent à subir de très fortes pressions de la part des employeurs, car les impacts de la grève se font de plus en plus sentir. Nous devons faire intervenir le Conseil des services essentiels, car les employeurs forcent des technologistes à travailler. Il est évident que le Conseil des services essentiels limite le droit de grève, mais comme les technologistes étaient déjà surchargées de travail avant la grève, 10% des services qui ne sont pas accomplis, ça a des impacts importants. Nos revendications sont justifiées, le gouvernement ne peut les ignorer. Il doit négocier avec nous.

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