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Les budgets
N° 188 - avril 2000

Le peuple souffrait et soudainement le budget tomba du ciel…
Michel Bernard

Mangez de la manne!



Au fédéral, réductions d'impôts de 58 milliards sur 5 ans, à Québec 4,5 milliards sur 3 ans. Hier encore, on coupait les cents en deux ; aujourd'hui, miracle !, la manne tombe du ciel. Louche, très louche. Le PQ demandait aux gens de dormir un an sur leur chirurgie cardiaque pendant que se poursuivait la réflexion sur l'usage des 841 millions. Tout cela démontre que les coupures, les souffrances ont été inutiles et inspirées par un pessimisme budgétaire artificiel, une bureaucratie aveugle et insensible autant à Ottawa qu'à Québec.

Des réductions d'impôts de 9 300 $

Martin et Landry, les amis des spéculateurs, viennent d'introduire une anti-taxe Tobin en réduisant de 75% à 66,6% la proportion des gains de capitaux sujets à l'imposition, c'est à dire le gain que l'on fait en vendant des actions plus cher que ce qu'elles nous ont coûté. Pendant que les travailleurs vont peiner, les spéculateurs vont s'enrichir davantage de leurs tours de passe-passe sur les actions à la Bourse.

Le ministre Landry n'a pas oublié les bien lotis. Les revenus imposables excédant 50 000 $ étaient imposés au taux de 26% ; désormais, les revenus excédents 52 000 $ seront imposés à 24%. Remarquez que l'impôt des revenus moyens de 26 000 $ à 52 000$ ne baisse que de 1% , soit de 23% à 22%, alors que l'imposition des revenus élevés passe de 26% à 24%.

Prenons l'exemple d'un célibataire qui obtient un revenu d'emploi de 120 000 $ et 50 000 $ de gain de capital et comparons son impôt à payer en 1999 et en 2004.

Comme on le voit, les budgets combinés réduiront le compte d'impôt de notre ami assez fortuné de 3 068 $ au fédéral (41 235 $ - 38 167 $) et de 4 240 $ au provincial (38 700$ - 34 460$) dont respectivement 1 208 $ et 1 000 $ dus à la réduction de l'imposition du gain de capital.

Au fédéral, les hauts revenus restent imposés à 29%, mais on élimine progressivement la surtaxe ce qui fait une réduction de près de 2 000 $ dans notre exemple. Cela fait quelque 9 300 $ de réduction sans compter l'effet des autres crédits d'impôt. C'est 3 000 $ au-dessus du barème de l'aide sociale en réduction d'impôt pour un revenu de 170 000 $ comme dans notre exemple.

Mario Dumont parle en fou de la dette

Dumont a encore parlé en fou de la dette de 100 milliards, sans tenir compte des services obtenus des équipements ainsi financés. Par exemple, si le gouvernement emprunte 1 milliard pour financer un barrage ou un pont qui durera 150 ans, les jeunes ne peuvent affirmer que les générations précédentes leur laissent une dette de disons 600 millions puisque leur génération et celles qui suivront utiliseront ce pont. Et que dire des barrages qui seront des vaches à lait pour les générations futures.

Que penseriez-vous d'un père de famille qui vendrait la maison pour payer l'hypothèque? Il présenterait un beau bilan de fin d'exercice dans lequel la dette hypothécaire aurait disparu. Mais sa famille serait dans la rue. À logement comparable, il faudrait maintenant qu'il paie un loyer pour loger sa famille. En somme, il aurait sensiblement la même obligation financière, même si aucun passif n'apparaîtrait à son bilan. On voit l'illusion. Il paierait un loyer plutôt que des intérêts. Dumont parle de réduire la dette en politicien pour se faire du capital politique auprès des jeunes.

Des comparaisons biaisées avec les États-Unis

Les patrons et leurs porte-queue ont encore pleurniché en chœur sur l'écart entre le taux d'imposition du Québec et celui de l'Ontario et de l'Alberta. Des comptables se paient des pages entières dans La Presse pour imposer l'idéologie néolibérale, dénoncer les dépenses de programmes. Avec leur rapacité coutumière, ils auraient voulu que les 2/3 des surplus soient consacrés aux baisses d'impôt et le 1/3 aux dépenses de programmes. Landry a résisté en faisant en gros le contraire.

Évidemment, leur comparaison est toujours boiteuse parce qu'ils ne tiennent pas compte des services qui sont publics ici, mais privés ailleurs. Taillon, Audet, Ponton, Dubuc, Picher, Radio-Canada et les patrons font encore des comparaisons avec les États-Unis sans mentionner que les Américains et les compagnies doivent payer de 400 $ à 1 200 $ par mois pour l'assurance santé privée.

Le Sénat américain, à majorité républicaine a approuvé le 30 juillet un projet de loi prévoyant des réductions de 792 milliards d'impôts au cours des dix prochaines années. Clinton vient de proposer des baisses d'impôts de 250 milliards. L'imitation du modèle américain, la nécessité de les concurrencer qu'exigent les patrons québécois sera toujours un rattrapage vers le capitalisme sauvage et vers l'État minimal. Dans leur démarche néolibérale, patrons et riches feront encore tourner la même vieille cassette dans 10 ans.

Des coûts qui n'apparaissent pas aux livres

On nage dans les milliards… autant au Québec qu'au fédéral. Illusion que tout cela, car ces excédents ont été constitués en accumulant un passif non montré aux livres qu'il faudra maintenant payer dix fois plus cher. La comptabilité nationale fédérale nous dit que l'économie canadienne a crû de 4,2% en 1999, que les bénéfices des compagnies ont augmenté de 25%, mais elle n'inscrit pas les incommensurables coûts humains et environnementaux liés à cette croissance.

Le vrai passif qui affectera les générations à venir n'est pas porté aux comptes. Un gouvernement qui organise le pillage de ses forêts en les livrant à des entreprises en majorité étrangères, qui privatise le transport ferroviaire et aérien, aussitôt fermé dans les régions jugées non rentables, qui révise à la baisse ses lois environnementales et ses règlements de zonage constitue un passif non répertorié aux livres.

Le gouvernement qui coupe sévèrement dans ses universités, qui envoie à la retraite prématurée professeurs expérimentés, médecins, infirmières compétentes, qui reporte l'achat d'équipement, qui contingente les programmes universitaires en médecine, qui coupe dans la culture, est félicité pour ses baisses d'impôts, mais il est évident que les sévères coupures de l'exercice courant se traduiront par des coûts décuplés plus tard. Landry parlait de fermer des facultés universitaires, Rochon et Legault de rapprochement avec les compagnies; c'est Coke ou le King du tapis qui dicteront quelles facultés universitaires demeureront ouvertes.

Ils coupent dans la dignité

Sur le thème des coûts cachés de nos réductions d'impôts, Foglia a trouvé la formule exacte eu égard aux centres d'hébergement de longue durée0 " Ils ont coupé aussi dans la dignité. " On ligote physiquement et chimiquement les vieillards dans les foyers qui manquent de ressources.

Ils perdent toute dignité laissés en pyjama devant la télé à la journée longue, mal lavés, mal nourris, drogués, intimidés, traités avec une familiarité déplacée par des préposées qui jouent au docteur avec les médicaments. À une dame digne qui demande d'aller aux toilettes, on répond de faire dans sa couche, on la changera en fin de journée quand elle sera bien pleine.

Il faut dire qu'un préposé aux bénéficiaires doit s'occuper de 20 ou 30 patients pour que les investisseurs augmentent leurs profits ou pour rentrer dans les coupures de Bernard Landry. Les vieillards sont coupables de vivre, tout en n'étant plus capables de produire. Ils n'ont plus rien à échanger, il ne sont plus rien dans ce merveilleux monde néolibéral qu'on nous installe progressivement. Reste-t-il une dignité rattachée intrinsèquement à la condition humaine ? Non, la valeur n'est plus rattachée qu'à l'individu compétitif, participant à la croissance, qui fait grossir le PIB.

Le budget ne contenait pas l'inquantifiable, le coût de l'aberrante idée de l'homme qu'entretient le PQ, de la vie absurde que nous fait vivre cette obsession finalement autodestructrice pour l'efficacité, la croissance et la compétitivité.

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