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N° 188 - avril 2000

Les enfants de Duplessis et de notre Sainte-Mère l'Église
Raymond Lévesque
Si le Christ est ressuscité, depuis il est mort à nouveau en plusieurs occasions. La sainte Église catholique s'en est chargé de diverses façons 0 bûchers, procès, torture, racisme, exclusion, massacre en tous genres. Rappelons-nous seulement Simon de Montfort et les Albigeois. Rappelons-nous les Croisades avec ces montagnes de cadavres, du sang jusqu'aux genoux. Où était la bonté, la miséricorde, la tolérance dans tout cela ? Sans doute tapies quelque part car elles ne se sont point montrées.

L'Église de ma jeunesse avec son clergé-gestapo n'a rien eu à faire avec Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce n'était qu'une immense organisation au coeur fermé, sans miséricorde, terrorisant et condamnant à tour de bras. Toute sa générosité et sa bonté se résume dans ce simple mot 0 bâtard. Ces petits êtres innocents qui avaient le tort de naître hors les normes établies par l'église. Ils étaient sur le champ marqués au fer rouge, condamnés, rejetés. Lorsque l'on songe au miracle de la naissance, qu'y a-t-il de plus cruel ? Il faut avoir une âme bien basse et un coeur noirci pour faire une telle chose.

Et les filles-mères ? Le même sort. Je me rappelle lorsque j'allais voir un ami qui chauffait les fournaises chez les soeurs de la Miséricorde, en traversant de longs couloirs, j'apercevais des filles, enceintes de six-sept mois, lavant les planchers à quatre pattes sous la surveillance d'une bonne soeur " garde-chiourme ".

Je les vois encore, ces curés de ma jeunesse, sorte de Gestapo, surveillant et terrorisant le bon peuple ; censurant, se mêlant de tout.

Je les revois, en chaire le dimanche, traitant leurs ouailles comme du poisson pourri... en parlant d'argent...toujours d'argent. Il fallait que les gens soient bien écrasés pour accepter cela. Mais l'Église a fait la même chose partout ; une immense machine à culpabiliser et à détruire les âmes. Et l'enfer... et ce Dieu sans amour qui nous surveillait et nous attendait avec une brique et un fanal. Comme tout cela était beau, plein d'amour et rempli d'espoir. Et la chair, ce fameux péché nous vouant à tous les enfers.

Je me suis rendu compte, un jour, que ces gens n'avaient pas une vie normale. Le monastère ou le presbytère créent des êtres seuls, affreusement seuls, avec une vie rigide, sans amour, sans tendresse qui, à la longue, déshumanise. Ces hommes et ces femmes, frustrés, écrasés, deviennent, sans s'en rendre compte, quasi-inhumains. Il faut les approcher pour déceler, sous un vernis trompeur, la froideur de leur coeur. Mais il faut chercher à comprendre. Vous souvenez-vous comment étaient vêtues ces religieuses dans de lourdes robes pleines de surplis avec un bonnet qui leur enserrait complètement la tête ? Essayez de vivre ainsi pendant une semaine et vous deviendrez carrément enragé. Ces vêtements, plus ces longues sessions de prières ou vêpres en tous genres. Cela peut rendre fou n'importe qui.

Les enfants de Duplessis ont été les victimes de serviteurs de Dieu, écrasés par un carcan, une vie carrément inhumaine. En plus ces femmes étaient débordées, écrasées par une tâche au-dessus de leur force. Alors certaines devinrent sadiques, haineuses, méchantes. Et les enfants, en trop grand nombre, terrorisés, souvent violentés, connurent une vie triste qui marque jusqu'à la fin de la vie. Et ce drame d'enfants normaux qui, pour une question d'argent, furent, du jour au lendemain, catalogués comme débiles, ce n'est pas une histoire inventée. Cela va très bien avec l'Église et le régime politique de cette époque.

Tout ce qui relève des orphelinats de ce temps est véridique. Trois mille personnes ne peuvent inventer une histoire qui ne serait pas vraie. L'affaire des enfants de Duplessis est un crime qui exige réparation.

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