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La pilule c'est la santé
N° 209 - mai 2002

Le profit élevé est le symptôme d’un monopole
Gaétan Breton

Le coût des médicaments



Les ministres de la Santé des provinces proposaient récemment de se regrouper pour acheter les médicaments dans le but de faire baisser les prix. Pendant ce temps, certains pays, notamment le Brésil, libéralisent les pratiques liées aux brevets et se mettent à acheter massivement des médicaments génériques afin de faire baisser les coûts des médicaments perçus, d'une manière de plus en plus générale, comme ayant atteint des sommets excessifs. Enfin, aux États-Unis, 23 États ont déjà ou sont en train de débattre des projets de loi en relation avec les coûts des médicaments. Le problème, soulevé au Québec par Léo-Paul Lauzon, semble généralisé et bien réel.

Quand André Pratte, l'éditorialiste en chef du journal La Presse, qui n'a visiblement pas trouvé l'antidote au syndrome de Pinocchio, minimise le problème en disant que toutes les dépenses de santé ont « explosé » depuis 25 ans, le nez doit lui allonger un peu.

Le coût des médicaments évolue plus vite que son ombre

En fait, le coût des médicaments a évolué plus vite que les autres coûts de santé, au point de dépasser les sommes déboursées pour les services des médecins. L'an dernier aux États-Unis, le prix des médicaments a augmenté de 20 %, dans un contexte où l'inflation demeure extrêmement basse. Les médicaments comptaient, en 1980, pour 8,4 % des dépenses de santé au Canada, pour s'élever à 12,5 % en 1996 et la progression continue. De 1987 à 1996, le coût des médicaments a augmenté de 93 % au Canada pendant que l'indice des prix à la consommation augmentait de 23 % seulement.

Ce coût des médicaments fait peur à plusieurs politiciens quand il est question d'instaurer une assurance-médicaments. Cependant, l'Australie, avec un système de santé qui inclut les médicaments, a réussi à contenir ses dépenses à cet effet 30 % en bas de la moyenne de l'OCDE pendant que le Canada se maintient à 30 % au-dessus de cette moyenne. Il y a donc beaucoup de travail à faire et il semble qu'invoquer la fatalité soit une piètre réponse.

Pinocchio ne pense pas plus long que son nez

André Pratte, dans son éditorial du 8 avril, apporte des arguments qui montrent bien que les médicaments brevetés augmentent bien plus vite que les médicaments génériques. Puis, pris au piège de sa propre logique, il conclut en disant que, de toute façon, on n'a pas le choix puisque les médicaments sont jugés essentiels et que, conséquemment, leur coût va continuer d'augmenter. Quoique André Pratte ou ses amis des compagnies pharmaceutiques en disent, il semble que le monde ait connu une flambée des prix des médicaments qui rend la situation préoccupante pour tous.

Les causes de la flambée des prix

Pour Léo-Paul Lauzon, la cause est claire 0 les compagnies pharmaceutiques font trop de profits. Au cours des dix dernières années, les neuf multinationales du médicament breveté ont réalisé des taux de profit de 40,9 % en moyenne. Pensez aux taux d'intérêt ridicules que vous obtenez pendant ce temps. Mais, revenons aux principes fondamentaux. Dans les économies concurrentielles, les profits sont par essence limités puisque de nouvelles entreprises vont entrer dans le marché tant qu'il reste des profits à réaliser. Des profits élevés ne sont pas perçus comme une fatalité ou l'expression d'un système ayant pour but le profit, mais comme un signal d'une situation de monopole ou d'oligopole et conséquemment, une nécessité pour l'État de réglementer. Car un autre des principes des économies concurrentielles est que, quand le marché n'arrive pas à imposer un prix et que les firmes le contrôlent, on doit réglementer.

Dans l’industrie pharmaceutique, la recherche c’est d’abord celle des dividendes

Il apparaît alors clairement que ces taux de profit ne sont pas normaux et expriment une situation d'oligopole ou de collusion des entreprises pour fixer les prix. D'ailleurs, comme le montrent bien Léo-Paul Lauzon et Marc Hasbani, ces profits sont distribués aux actionnaires dans une proportion de 77 %. Le réinvestissement est donc limité. Pendant ce temps, les dépenses de recherche et développement ne comptent que pour un équivalent de 60 % du profit net. Cependant, souvenons-nous que ces dépenses sont comptabilisées avant impôts, qu'elles sont déductibles et, qu'en plus, les activités de recherche et de développement sont largement subventionnées de toutes sortes de façons. Les réinvestissements en immobilisation comptent enfin pour un maigre 12% des bénéfices nets.

Bref, ce n'est pas pour financer sa recherche et son développement que l'industrie pharmaceutique augmente sans cesse les prix, mais bien pour verser des dividendes en profitant d'une situation de force et surtout de la faiblesse des gouvernements qui lui font face.

Quand La Presse du 18 avril consacre une page entière à un long article qui nous parle des coûts de la recherche et du développement et du temps que ça prend pour mettre un médicament en marché, il faut lui répondre que ces coûts sont déjà pris en compte avant d'arriver aux taux de profit dont parle Léo-Paul Lauzon. Donc, il est malhonnête de laisser croire que les profits servent à ça.

La solution Lauzon 0 une purge des privilèges

Parallèlement à la signature de l'ALENA, nous avons augmenté, par le projet de loi C-91 la durée de la protection sur les brevets de dix à 20 ans, limitant ainsi la possibilité d'avoir des médicaments génériques et se condamnant à payer plus cher. Cette loi a donné le signal de départ à une augmentation continue des coûts des médicaments.

Certaines des solutions proposées par la Chaire d'Études socio-économiques sont intéressantes 0 réglementer les prix des médicaments, réduire la durée de protection des brevets, empêcher le renforcement de la situation oligopolistique dont nous parlions plus haut, mettre en pratique ce que les ministres canadiens de la Santé proposaient, c'est-à-dire de procéder à des achats de groupe, revoir des clauses des traités de libre-échange. Les gouvernements ont donc là un programme qui devrait leur permettre de soulager un peu le contribuable sans lui dorer la pilule.

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