L'aut'journal
Le samedi 24 août 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
1 millard 180 millions d'êtres humains n'ont pas accès à l'eau
N° 189 - mai 2000

La population du Costa Rica remporte une belle victoire
André Maltais

Privatisation de l'électricité et du téléphone



Contrairement au Québec où " nationalisme " rime avec privatisations et vente du pays aux multinationales étrangères, des pays comme le Costa Rica et la Bolivie voient leur population affronter police anti-émeute et loi martiale pour conserver la mainmise sur leur eau ou leur électricité. Dans le cas du Costa Rica, les organisations populaires et syndicales viennent de remporter une impressionnante victoire.

Dans la nuit du 20 au 21 mars, l'Assemblée législative costaricaine a adopté en première lecture un projet de loi visant à " moderniser " l'Institut costaricain d'électricité (ICE). Comme partout ailleurs, cela voulait dire en réalité permettre au secteur privé et aux investisseurs étrangers d'acheter jusqu'à 49 % des parts des deux nouvelles entités issues de cette modernisation 0 téléphones et électricité.

Le vote, pris à 45 voix contre 10, s'est déroulé dans une ambiance quasi irréelle alors qu'un cordon de policiers anti-émeute entourait l'édifice de l'Assemblée législative (en pleine nuit !) et que des centaines de personnes tenaient une vigile pour manifester leur désaccord à ce projet de loi.

Dès le lendemain, des chaînes humaines d'étudiants ont paralysé la circulation dans les principales artères de la capitale, San Jose; alors qu'ailleurs dans le pays, la population a bloqué ponts et autoroutes. Quatre étudiants ont entrepris une grève de la faim jusqu'au retrait du projet de loi.

Dans la ville portuaire de Limon, enseignants, dockers et travailleurs de la Raffinerie costaricaine des pétroles ont déclenché une grève illimitée. La police a blessé 20 manifestants en tentant de dégager l'autoroute Panaméricaine occupée, près de la ville de Perez Zeledon.

Visite annulée

Le président, Miguel Angel Rodriguez, a annulé une visite aux États-Unis prévue pour le lendemain, lui qui devait être le conférencier vedette au meeting de la Banque inter-américaine de développement, à la Nouvelle-Orléans (24-27 mars).

Selon le principal quotidien du pays, La Nacion, 80 % de la population costaricaine était opposée à la privatisation des services publics d'électricité et de téléphone; et elle a été rendue furieuse par la quasi unanimité avec laquelle elle a été trahie par ceux et celles qui la représentaient au Congrès, incluant la majorité des députés " sociaux-démocrates " de l'opposition officielle.

Sans compter que sept des dix congressistes dissidents accusaient depuis des semaines des politiciens bien en vue, autant de l'opposition (Parti social-démocrate de la libération) que du pouvoir (Parti social-chrétien uni) de posséder des intérêts économiques directs dans les industries de la téléphonie et de l'électricité.

Parmi ces politiciens figuraient le fils du président Rodriguez, Andres Rodriguez, l'ex-président du pays, Jose Maria Figueres, et le président du Congrès, Carlos Vargas Pagan.

Institutions nationales

Un autre ancien président costaricain, Rodrigo Corrazo, est venu appuyer le mouvement de protestation, déclarant à plusieurs reprises que, selon lui, " le gouvernement a le devoir d'écouter son peuple, ses citoyens " et que la privatisation signifiera " la fin d'une époque où 97 % du pays bénéficiait du téléphone et de l'électricité ".

" Historiquement pour les costaricains, ajoute Corrazo, les institutions nationales sont un engagement en faveur des responsabilités civiques et de l'idée que la paix ne peut exister que si tous les citoyens ont les mêmes droits et services. "

Passé les premiers jours, le mouvement de protestation n'a cessé de s'amplifier malgré les centaines d'arrestations et les dizaines de blessés. Déjà le 23 mars, l'Association nationale des employés du secteur public a donné un nouveau souffle au mouvement en annonçant une grève générale illimitée pour le 3 avril, si le projet de loi n'était pas révoqué d'ici là.

Écoliers

Déjà, la plupart des écoles et des collèges de même que plusieurs hôpitaux ont cessé leurs activités pendant que se multipliaient, dans tout le pays, blocages de routes et vigiles auxquels se mêlaient une impressionnante proportion d'enfants et d'adolescents. C'est que, plus tôt, le syndicat costaricain des travailleurs de l'éducation avait lancé " un appel aux écoliers et à leur famille à participer activement à la démocratie ", appel largement suivi par la population.

Le 25 mars, alors que le Congrès se déclarait en état de " fermeture technique ", le parti social-démocrate a annoncé que ses membres allaient voter contre le projet de privatisation en seconde lecture au Congrès, à moins que le gouvernement Rodriguez n'instaure un débat public sur son contenu.

Une semaine plus tard, soit le 2 avril, comme les manifestations populaires duraient toujours et que la grève générale était prévue pour le lendemain, le président a annoncé que le projet de loi était retiré pour 60 jours, " afin de permettre à une commission indépendante de négociation d'analyser les modifications suggérées par les organisations populaires et les groupes syndicaux ".

Il fallait d'autant plus calmer la colère populaire que, ce jour-là, le président brésilien Fernando Henrique Cardoso arrivait au Costa Rica, invité spécial d'un Sommet des présidents d'Amérique centrale qui devait s'y tenir trois jours plus tard.

Concession insuffisante

Mais le lendemain, la grève a quand même été déclenchée. Les deux ports du pays (Limon et Puntarenas) ont été complètement fermés, paralysant 90 % des importations et exportations du pays et la totalité de la distribution du pétrole vers et à partir de la raffinerie nationale. De plus, les universités de même que les administrations et services municipaux se sont joints au mouvement de grève.

Les leaders syndicaux et populaires qualifiaient de " concession insuffisante " la dernière mesure gouvernementale. Ils exigeaient toujours le retrait pur et simple du projet de loi de privatisation de l'ICE.

Finalement, le 5 avril, à quelques heures de l'ouverture du sommet, le gouvernement a annoncé que le projet de loi était retiré. Syndicats, leaders étudiants et groupes populaires ont mis fin au mouvement de grève la journée même. En plus du retrait du projet, ils ont obtenu, comme dans une vraie démocratie, de participer à l'élaboration d'un nouveau projet de loi qui devrait être présenté au Congrès en septembre prochain.

" Lutte antidrogue " et aide militaire américaine à la Colombie

Les marchands d'hélicoptère s'assurent des débouchés

Le 30 mars, la Chambre des représentants américaine a approuvé à 263 voix contre 146 une nouvelle aide militaire à la Colombie, cette fois de 1,7 milliard de dollars (un sommet!) pour les deux prochaines années. Cette " aide " inclut des hélicoptères d'artillerie et de poursuite ainsi que du matériel d'arrosage de produits chimiques défoliants sur les forêts pluviales.

Déjà, dans un éditorial du 9 février, le Washington Times suggérait qu'un sondage réalisé par le groupe Mellman, une firme de sondage proche du parti démocrate, allait influencer l'opinion américaine et le Congrès en faveur de l'octroi d'une nouvelle aide militaire à la Colombie.

C'est maintenant l'hebdomadaire Newsweek (édition du 3 avril) qui revient sur ce sondage, révélant qu'il a été commandité par le contractant militaire Lockheed-Martin.

En tant que fabricant des avions radar P-3 employés pour repérer et suivre les narco-trafiquants dans la jungle, y apprend-on, la firme avait tout intérêt à ce que les mesures américaines d'interdiction du trafic de drogue soient les plus dures possible. Mais Lockheed a rencontré de la résistance de la part des démocrates " libéraux " au Capitol.

Or, heureux hasard, le sondage Mellman (basé sur des entrevues téléphoniques avec 800 " électeurs enregistrés ") concluait que les Démocrates étaient perçus comme " faibles " dans le dossier de la lutte antidrogue. De plus, il " révélait " que 56 % de l'électorat approuvait l'envoi d'un plus grand nombre d'avions radar dans les régions productrices de drogue ! À la question des coûts à ne pas dépasser, la réponse des électeurs était 0 deux milliards de dollars !

Relations incestueuses

Newsweek nous apprend aussi que les fabricants d'hélicoptère Textron et United Technologies ont versé 1,25 milliard $ aux deux grands partis politiques américains (Républicains et Démocrates) entre 1997 et 1999.

En 1999, par exemple, United Technologies qui, jusque là, favorisait les Républicains, a opéré un " virage stratégique " et versé

500 000 $ à différents comités démocrates. De ce total, dans la seule journée du 31 décembre 1999, un montant de 75 000 $ serait apparu dans les comptes du parti. Onze jours plus tard, les Démocrates parlaient pour la première fois d'un nouveau plan d'aide à la Colombie.

Dans un article d'opinion, le San Francisco Examiner du 15 mars dénonce les " relations incestueuses entre le commerce et la politique en matière de lutte antidrogue ". Ainsi Tom Umberg, l'architecte du plan d'aide approuvé le 30 mars, vient de passer du Bureau de lutte antidrogue de la Maison Blanche à une firme d'avocats importante (Morrisson & Foerster) où il représentera la Colombie et d'autres pays latino-américains dans des dossiers commerciaux.

" Injecter 1,7 milliards $ en Colombie, conclut Arianna Huffington, l'auteure de l'article, alors que le pays est en pleine guerre civile, c'est bien plus qu'une mauvaise décision; c'est de la folie pure! "

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.