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N° 189 - mai 2000

La superwoman est fatiguée
Ginette Leroux

Vies de femmes syndiquées



Pour " saisir une époque de l'intérieur ", quoi de plus éloquent que la parole des femmes qui, au quotidien, en tisse les fibres, des plus ténues aux plus solides. Les femmes qu'a rencontrées Sylvie Roche ne sont pas des vedettes de la radio ou du petit écran. Au contraire, ce sont des femmes ordinaires qui travaillent dans des secteurs névralgiques de la société à prédominance féminine, soit 0 la santé, l'éducation, le textile, les garderies et le soutien familial, le travail de bureau. Ce sont des militantes engagées qui mènent des luttes au sein de leur syndicat.

À travers les récits de vie de neuf femmes, certaines dans la cinquantaine, les autres dans la trentaine, Sylvie Roche rend compte de l'adaptation entre les rêves d'hier et les réalisés d'aujourd'hui, des espoirs déçus en cours de route, des avancées et des reculs observés sur le marché du travail.

La superwoman est fatiguée

Ce livre est un regard lucide que les femmes jettent sur le chemin parcouru. Il constate le besoin qu'elles ont d'expliquer le monde, leur monde. Que ce soit l'horloge biologique de la maternité ou celle de la ménopause qui sonnent, les femmes désirent que les pendules soient remises à l'heure. Elles demandent du temps et remettent en question le rôle actuel imposé et totalement dépassé qui leur fait porter le fardeau des responsabilités familiales et professionnelles. La superwoman est fatiguée et le crie haut et fort. Il est plus que temps que le milieu du travail s'adapte aux femmes; elles ont supporté l'inverse depuis trop longtemps.

Vie familiale contre vie professionnelle

Les vies de femmes se ressemblent. Toutes sont faites de dévouement, de générosité, d'amour et d'amitié, de contraintes et de libertés, de luttes et de victoires, mais surtout de grands espoirs.

Le plus attendu, le plus recherché est sans doute qu'un jour cesse le tiraillement entre la vie familiale et la vie professionnelle. La vie familiale repose sur la responsabilité de la femme. Tous les témoignages le confirment.

À l'usine de textile, la tisserande et représentante régionale pour sa centrale, Ginette Provençal, dira que " la condition féminine est la plus malmenée parce qu'elle inclut la condition familiale et que celle-ci concerne davantage les femmes ".

Jeunes mères de famille, Carolle Breton, technologiste en laboratoire, et Brigitte Lachance, diététiste, en savent quelque chose. La première voit ses ambitions s'envoler. " J'aimerais améliorer mes conditions de travail et de vie, et obtenir de l'avancement, confie-t-elle. Si je n'avais pas trois jeunes enfants, je me dirigerais vers un secteur plus spécialisé. (...) Présentement, je n'en ai pas les moyens. " Quant à la deuxième, elle se sent prise dans un dilemme et ne sait plus quoi mettre en priorité 0 la vie familiale ou la vie professionnelle ? " Un jour, j'ai dit à mes patrons 0 J'ai pas le choix. Si vous me demandez de choisir, ce sera ma famille et je me mets à trois jours semaine. "

Adaptation, adaptation et adaptation

Ces femmes ont souffert des effets catastrophiques des compressions budgétaires imposées par le gouvernement, que ce soit par le fait des coupures dans les services, des mises à la retraite ou encore des restructurations. Ce qui a entraîné une surcharge de travail pour les employés restants.

" Au fil des ans, des compressions et des restructurations, mon poste s'est modifié et mes responsabilités se sont accrues ", constate Nicole Mallette, secrétaire aux Archives nationales du Québec. " Tout est devenu une question de gros sous ", confie Colette Trudel, enseignante au secondaire à l'éducation aux adultes. " La recherche de financement entraîne des décisions et des fonctionnements que je trouve incompatibles avec nos objectifs pédagogiques ", ajoute-t-elle en dénonçant le caractère insensé de ces nouvelles prises de position en éducation. Pour la technologiste en laboratoire, " l'intolérance monte d'un niveau à un autre, d'un service à un autre. (...) Le personnel est surmené, fatigué, irrité... " Quant à Thérèse Éva T., physiothérapeute de Montréal, l'alourdissement de la tâche lui laisse " une plus grande fatigue, surtout depuis que les compressions et les préoccupations se sont accrues. (...) Les femmes réalisent qu'elles doivent adapter leur travail à leur âge et aux coupures. "

Des questions aux syndicats

Dans leurs témoignages, les femmes soulèvent beaucoup de questions qui devraient interpeller les dirigeants syndicaux. Il ne suffit pas qu'il y ait en place, dans un syndicat ou une centrale, un comité des femmes pour apaiser la conscience des membres. Les femmes ont besoin de la reconnaissance des autres dans l'essence même de leurs désirs, de leurs réalités et de leurs espoirs. C'est vital.

Propos recueillis et rédigés par Sylvie Roche, De l'une à l'autre le fil de l'histoire, récits de vie de femmes syndiquées, l'Intersyndicale des femmes et les Éditions du remue-ménage, Montréal, 2000, 233 pages.

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