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N° 190 - juin 2000

« Adaptez-vous ! » disent les uns. « À quoi ? » répondent les autres
Jacques Larue-Langlois

Le manifeste pour l’humanité



Deux profs de sociologie de l’UQÀM ont uni leurs efforts pour produire un Manifeste pour l’humanité. Ce document essentiel analyse, dans un premier temps, la situation mondiale actuelle face aux progrès en apparence irrépressibles du néolibéralisme et de la mondialisation qu’il préconise dans le seul intérêt du capital; il indique ensuite la voie d’un ralliement universel des forces de gauche renouvelées.

L'ouvrage de Jean-Guy Lacroix et de Jacques-Alexandre Mascotto, qui vient de paraître chez Lanctôt Éditeur, est hélas marqué d’un hermétisme qui le rend difficilement accessible aux non-initiés au vocabulaire pointu de la praxis et du dialectisme. Il n’en demeure pas moins un jalon important pour tous ceux qui désirent réfléchir sur le cheminement actuel de la pensée économique mondiale. Nous tenterons donc ici de résumer le propos du manifeste tout en citant amplement certains des passages où les idées et concepts qu’il exprime sont particulièrement clairs et bien articulés.

Les tenants du néolibéralisme, on le sait, s’efforcent de faire abstraction de toute dimension politique, comme des humains qui s’y regroupent. C’est ainsi seulement qu’ils pourront, croient-ils, soumettre la planète entière aux lois du marché, aux seules fins d’augmenter leurs propres profits de déjà dominants.

« Adaptez-vous », disent les néolibéraux

Les auteurs du manifeste donnent d’abord la parole aux néolibéraux dont ils exposent le discours aux fins de mieux le réfuter. Car enfin, rappellent-ils de prime abord 0 « L’injonction du néolibéralisme est claire 0 Vous vous adaptez ou vous mourrez, symboliquement ou réellement. Mais à quoi devons-nous nous adapter ? Au vide ? À la coupe à blanc ? À l’évidage des océans ? À la désertification culturelle sous l’arrachement généralisé du sens par la communication médiatisée (où tout n’est que spectacle) ? On ne peut quand même pas s’adapter à rien ! »

Le discours néolibéral prône avant tout la liberté des « dieux investisseurs ». Ce faisant, il postule qu’il faut appliquer aux volontés d’enrichissement de quelques-uns (8 % des citoyens du monde possèdent 72 % des structures de production) les principes de liberté naturelle qui caractérisent les rapports sociaux. La nouvelle vision du monde, que préconise cette philosophie politique du profit avant tout, omet que « l’humain doit être le pivot central et organisateur de la nouvelle vision du monde ». Toute organisation ou structure sociale doit être au service de l’homme et non pas le contraire.

Réinventer la gauche

« Il importe, poursuit le document, d’affirmer le caractère intransgressible de l’humanité et de l’humain, de les rendre non homogènes et non intransgressibles au métabolisme du capital à tout prix. » Ce que les auteurs proposent ? Rien de moins que de « réinventer la gauche et le socialisme comme opposition antagonique à la gouvernance de l’hypercapitalisme ». Telle est, à leurs yeux « une condition fondamentale de l’émancipation de l’humanité ». Il est en effet facile de constater que « toutes les révoltes et révolutions antérieures ont été mues par des valeurs humaines, une idée de l’humanité, animées d’un idéal et d’un désir de justice ».

En s’appuyant sur le passé

Répondant aux objectifs maintes fois répétés des néolibéraux - permettre au capital de constituer une force à laquelle ne sauraient résister les frontières - le Manifeste s’appuie sur les succès du passé en soutenant, avec raison, que « l’Angleterre, les États-Unis, la France et la Russie ont connu des révolutions dont la valeur pour l’humanité s’exprime par ce simple constat 0 dans ces pays, le fascisme n’a jamais pu se constituer en régime. Qui donc a peur d’une irruption politique ? », conclut-il sur ce sujet.

Aucune illusion n’est possible, soutiennent les auteurs. « Le FMI, la Banque mondiale, l’ALÉNA, l’OCDE, l’OMC, l’ONU, le Tribunal pénal international, la Commission européenne sont des organismes qui ont été mis en place pour régler la mondialisation au profit des possédants. Ces instances démentent, à elles seules, la naturalité du marché qui sert d’assise aux tenants du néolibéralisme. » Logique irréfutable puisque ces instances sont composées d’humains et que, par conséquent, « ce qui a été fait peut être défait ».

La conclusion de nos néo-philosophes fait écho à celle du manifeste ancêtre qu’avaient signé Marx et Engels, en 1847. Elle sonne un rappel adapté aux conditions objectives actuelles en proposant à tous un cri de ralliement à la fois universel et mobilisateur 0 « Contre la barbarie, terriens de toutes les différences, unissez-vous ! »

Manifeste pour l’humanité

de Jean-Guy Lacroix et Jacques-Alexandre Mascotto

Lanctôt Éditeur, 2000, 150 pages

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