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Comment ça trop de commandites ?
N° 210 - juin 2002

Le jardin de Nelligan
Mihel Lapierre

Livre 0 Album Nelligan



De toutes les illustrations d’époque rassemblées par Paul Wyczynski dans son bel Album Nelligan, c’est peut-être le tableau représentant le port de Montréal, la nuit, qui résume le mieux la vie, l’œuvre et le mythe d’Émile Nelligan. Il s’agit d’une huile peinte vers 1890 par Henry Richard S. Bunnet. On y voit un navire presque fantomatique voguant sous une lumière irréelle. Si elle ne représentait pas le port de Montréal, la scène se perdrait dans la nuit des conventions. Mais c’est là notre nuit; c’est là notre lumière. Le fleuve évoque « les mers inconnues » à partir de Montréal. On distingue à l’horizon la coupole du marché de Bonsecours.

Nelligan, le premier de nos poètes à se prendre au sérieux, ne serait pas devenu un mythe si la lumière nocturne de Montréal, de Cacouna et de l’Irlande québécoise n’avait, malgré lui, effleuré ses poèmes. Grâce à cette lumière sournoise, Nelligan devient exotique par rapport à Rodenbach et à Rollinat, ses modèles. Qu’il n’ait vu en Baudelaire et en Verlaine qu’un autre Rodenbach et qu’un autre Rollinat, cela importe peu. La lumière québécoise avait déjà laissé sa trace. La « jeunesse blanche », la « jeunesse noire », le « sinistre frisson » et les « profondeurs du Gouffre » s’effacent sous la lumière du « jardin de givre ».

Album Nelligan, Paul Wyczynski, Fides, 2002

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