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N° 190 - juin 2000

Droits d’auteur, profits d’éditeur
Saël Lacroix

Entrevue avec Philippe Gauthier de l’AJIQ



Outré de cette profonde injustice et de plusieurs autres dont ils sont victimes, plusieurs journalistes indépendants forment l’AJIQ (Association des journalistes indépendants du Québec). Membre de cette organisation depuis maintenant six ans, le journaliste Philippe Gauthier milite pour la reconnaissance du métier de pigiste et mise sur la prochaine réforme du code du travail pour procurer au journaliste autonome un véritable pouvoir de négociation face à son éditeur. Il participait récemment à la dernière conférence organisée par la CSN qui avait pour thème « Un nouveau code du travail dans la nouvelle économie ».

Selon M. Gauthier, pour bien comprendre la situation problématique des pigistes aujourd’hui, il faut regarder l’évolution du métier depuis les 35 dernières années. Durant les années soixante, les magazines étaient surtout écrits par des journalistes salariés. Les pigistes n’étaient utilisés qu’à l’occasion pour des missions spécialisées ou pour des urgences. Graduellement, les pigistes ont pris de plus en plus de place et actuellement, il reste à peine une poignée de journalistes salariés dans les magazines québécois. De cette façon, les relations de travail se sont atomisées, laissant le journaliste indépendant négocier seul avec l’entreprise de presse.

Les droits d’auteur aux éditeurs

Pendant ce temps, les cachets ont chuté de façon draconienne. Le revenu moyen d’un pigiste se chiffrait en 1979 à 26 000 $ par année. Les membres de l’AJIQ, en presque totalité diplômés de l’université, bénéficient aujourd’hui d’un revenu annuel de 15 000 $ en moyenne.

« Et comme si ce n’était pas assez, s’exclame Philippe Gauthier, les éditeurs veulent maintenant s’approprier nos droits d’auteur ! » En effet ces derniers, pour avoir les mains libres, notamment dans la création de bases de données informatiques sur Internet, entendent se réserver de façon absolue et définitive les droits d’auteur de leurs collaborateurs et, ce sans compensation. Pour ce faire, ils ont entrepris une campagne d’intimidation forçant les journalistes pigistes à céder, par contrat signé, les droits sur leurs articles, sans quoi ils sont tout simplement remerciés de leurs services.

L’union fait la force

Afin de contester cette pratique machiavélique, journalistes indépendants et contractuels se sont rassemblés sous l’étiquette de l’AJIQ qui, par le poids du nombre et par son affiliation avec la CSN, représentait un plus grand pouvoir de négociation. Cette association, créée en 1988, avait comme principal mandat de protéger les droits des journalistes indépendants et d’établir un dialogue avec les éditeurs pour s’entendre sur des conditions décentes de travail.

Malgré tout, les éditeurs continuent de faire la sourde oreille et refusent de reconnaître l’AJIQ sous prétexte que les journalistes indépendants, en tant que travailleurs autonomes, n’ont pas accès au droit d’association. Forts de cette attitude, ils ignorent depuis plusieurs années les revendications de leurs collaborateurs et préfèrent ignorer la proposition d’un « contrat-type » qui établirait les normes de l’industrie en assurant aux pigistes les conditions minimales et une certaine protection sur leurs créations.

Grâce à Internet, les entreprises de presse bénéficient d’une visibilité inégalée auparavant. Au lieu d’utiliser leurs profits à l’amélioration des conditions de leurs collaborateurs, elles maintiennent leur cachet à un niveau ridiculement bas et utilisent le droit d’auteur pour s’approprier le travail du pigiste à un coût minimal. « Par une curieuse perversion, la loi du droit d’auteur, qui avait été créée au départ pour protéger les auteurs, est en train de se retourner contre nous puisqu’elle sert essentiellement maintenant à nous dépouiller de nos droits et à donner des bénéfices supplémentaires aux éditeurs », rappelle M. Gauthier.

Des actions en vue

Appuyée par plusieurs grandes associations internationales comme la Fédération des journalistes (400 000 membres à travers le monde), l’Union syndicale des journalistes CFDT de France et le Communication Workers of America, l’AJIQ n’a pas l’intention de demeurer les bras croisés. Après avoir intenté en juin 1999 une poursuite en recours collectif à la Cour supérieure du district de Montréal, à l’encontre de plusieurs éditeurs ainsi que de la compagnie CEDROM-SNI pour avoir vendu et reproduit sur support électronique plus de 15 000 articles sans l’autorisation des journalistes pigistes, l’AJIQ a reçu l’appui des 234 signataires de son Manifeste pour la reconnaissance des droits d’auteur. Ce qui est énorme.

Cependant, le fond du problème des pigistes réside dans un débat beaucoup plus large 0 celui du statut des travailleurs autonomes. La prochaine réforme du Code du travail devra apporter les ajustements nécessaires pour jouer son rôle protecteur dans la nouvelle réalité du monde du travail. Ainsi, la vice-présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, affirmait 0 « Le Code du travail doit rester la loi de tous les travailleurs et travailleuses, quel que soit leur statut. Si, comme le réclame la CSN depuis longtemps, cette loi reconnaissait le droit d’association de groupes de travailleurs autonomes comme les journalistes pigistes, ils pourraient négocier avec les employeurs d’un même secteur des conditions de travail minimales et ne seraient pas obligés de mettre leur gagne-pain en danger, comme c’est le cas ici aujourd’hui, pour espérer y arriver. »

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