L'aut'journal
Le dimanche 20 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Mégafichier 0 Think big stie!!!
N° 190 - juin 2000

Asbestos toujours aussi meurtrière
Martin Petit

Après l’amiante, le magnésium



Malgré un rapport d’enquête du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) soulignant clairement que « dans sa forme actuelle, (le projet Magnola) devrait subir des modifications majeures avant d’être considéré comme acceptable », le gouvernement Bouchard a décidé qu’il était acceptable de l’imposer par décret. Comme dans le cas de la ligne Hertel-des-Cantons, les citoyens et citoyennes qui seront touchés par les émissions toxiques de cette usine se souviendront longtemps du processus antidémocratique utilisé par le gouvernement.

Située à Asbestos, l’usine Magnola, valant près de un milliard $, débutera ses opérations dès juin 2000. Derrière cette filiale, la compagnie Noranda, un très gros joueur dans la métallurgie mais également un pollueur notoire. Cette nouvelle usine extraira, à l’aide d’un procédé au chlore, les 30 % de magnésium inclus dans la serpentine d’amiante. Dès le début des opérations, Noranda produira 58 000 tonnes de magnésium par année; elle compte bien doubler cette production d’ici 2010.

Pour la compagnie, ce projet sera très rentable. Tout d’abord, parce que la matière première et le chlore nécessaire au traitement sont disponibles en très grande quantité; et aussi parce que l’électricité et le gaz nécessaire peuvent être achetés à des tarifs fort avantageux. D’ailleurs, Gaz Métropolitain avait largement médiatisé, le 2 novembre dernier, le branchement de Magnola, qui sera le « troisième utilisateur de gaz naturel au Québec ».

La problématique de la pollution

Les médias n’ont toutefois pas abordé la question de la pollution que créera cette usine. En fait, le rapport du BAPE précise que l’ouverture de Magnola, à elle seule, fera augmenter de 3 % la production de gaz à effets de serre au Québec, soit 2,4 millions de tonnes de CO2. Peu de gens ont également entendu parler de l’augmentation de 30 % des émissions toxiques canadiennes que causera ce nouveau projet.

Les rejets toxiques qui sortent déjà de cette usine contiennent des organochlorés regroupés sous quatre appellations faisant partie des douze polluants organiques persistants (POP) les plus connus à ce jour 0 des biphényles polychlorés (BPC), des dioxines, des furannes et de l’hexachlorobenzène. On attribue à ces substances toxiques 0 cancers, tumeurs, problèmes neurologiques pouvant créer des troubles d’apprentissage, affaiblissement du système immunitaire, baisse de la capacité de reproduction, anomalies congénitales, etc. Parce que ces polluants sont persistants, il s’accumulent dans les tissus humains, des animaux et des plantes. De par sa position au sommet de la chaîne alimentaire, l’humain consomme des quantités élevées de ces substances dans la nourriture et l’air.

Une décision d’affaires

Il est tout de même surprenant de constater l’appui inconditionnel à ce projet par le gouvernement et ses fidèles amis. En décembre 1997, par l’union de la Société générale de financement du Québec, du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) et de Sofinov, la Société financière d’innovation, le gouvernement a créé la Société de développement du magnésium (SDM), une société en commandite qui a pour mission de contribuer à l’implantation d’une industrie intégrée de la transformation du magnésium au Québec. Chaque groupe y a investi 10 millions $. La SGF possède également une participation de 20 % dans Magnola par le biais de sa division SGF Minéral. Grâce à l’investissement de la SGF, cette société d’État gérant les placements du gouvernement, dirigée en grande partie par des gens du secteur privé, c’est donc une part de l’argent de la collectivité qui financera cette pollution.

Rappelons à ces investisseurs que la production, même involontaire, de BPC est strictement interdite au Canada. Il faudra également se souvenir que le gouvernement du Québec a forcé le retrait du chlore dans l’industrie papetière à cause des problèmes de pollution qu’il causait. Dès le début de la production, Magnola prévoit utiliser quelque 70 tonnes de chlore par année.

Le débat n’a pas eu lieu

Le jeudi 11 mai dernier, la population de Victoriaville était invitée à un débat concernant le projet Magnola. La soirée organisée par deux professeurs du cégep a attiré quelques 125 personnes. Les représentants de Noranda et du ministère de l’Environnement et de la faune (MEF) brillaient par leur absence; celui du MEF ne voulait tout simplement pas se rendre si son « client », la compagnie Magnola, ne se présentait pas. Car voyez-vous, dans le jargon du gouvernement, Magnola est un « client ».

Les gens invités au débat transformé en panel ont alors exposé diverses problématiques très préoccupantes 0 la présence de 108 producteurs agricoles dont 27 producteurs de bovins laitiers dans un rayon de 10 kilomètres autour de l’usine; la création d’un bassin à ciel ouvert de captation des déchets toxiques sous forme de boue d’une superficie de 51 hectares; les quelque 400 fermes laitières susceptibles de recevoir les rejets aériens de l’usine; et la possibilité, comme pour la Belgique avec le poulet à la dioxine, de voir toute cette région perdre sa capacité de production locale. Le nombre d’emplois perdus risquerait alors d’être bien plus important que les quelque 300 à 400 emplois permanents créés par Magnola.

Un forme de résistance

La Société pour vaincre la pollution (SVP), la Coalition pour un Magnola propre et l’Université d’Ottawa s’organisent afin d’avoir l’usine à l’œil. Ils ont débuté un échantillonnage dans la région où les animaux morts sur les routes jouent un rôle important. En échantillonnant du gras et du foie sur ces animaux avant et pendant la production de l’usine, ils pourront observer toute augmentation de toxines dans l’environnement.

Cet exemple original démontre qu’une multiplicité de moyens d’action s’offre aux gens qui veulent agir ensemble. Pour leur part, les personnes présentes au débat ont souhaité une multiplication des manifestations contre le projet et une organisation d’actes de désobéissance civile. Pour en savoir plus sur la Coalition pour un Magnola propre, écrivez à l’adresse suivante 0 C.P. 238, Wotton, Qc, J0A 1N0.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.