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De Gaulle le Québécois
N° 191 - juillet 2000

Quand Bourque, Landry et Vaugeois décident de l’avenir immobilier de Montréal
Michel Bernard
J’écoutais distraitement les nouvelles à la télé de Radio-Canada. Tout à coup, un reportage présentait un type qui poussait son cocorico devant son château de Westmount. Il se disait riche, aimer les grosses maisons, les beaux chars. Puis, un second plan le montrait filant et tournoyant en yacht devant la ville de Montréal en fond de décor. Il parlait, cigare au bec, verre à la main, de faire exploser la croissance de Montréal; il en parlait vraiment comme si c’était le fond de sa cour.

Ayant du fric, il disait avoir réussi; ayant de l’avoir, il se disait savoir être; il s’offrait comme modèle à la jeunesse; il affirmait que l’informatique ne s’apprend pas à l’université, mais sur le tas. J’ai compris qu’on parlait de la Cité du commerce électronique et que ce prototype de l’affairisme triomphant était Sylvain Vaugeois. Sa putain d’arrogance s’explique facilement par l’aplatventrisme des élus devant les promoteurs immobiliers, particulièrement à Montréal.

Pourquoi être modeste quand les promoteurs ont des rapports patrons-secrétaires avec les maires, quand des aberrations comme un projet de transbordement des déchets à cent mètres des résidences reçoit automatiquement l’approbation du maire ? Pourquoi ne pas triompher quand Montréal se penche sur un changement de zonage à la carte pour accueillir un édifice en hauteur sur les flancs du Mont-Royal classé patrimoine ? On revient au temps où les Reichman finançaient le parti de Drapeau et construisaient sans se préocupper des règlements d’urbanisme qui changeaient à la réunion municipale suivante.

Faisant régner l’arbitraire, Bourque, Landry et Vaugeois décident en catimini de l’avenir immobilier de Montréal, au mépris de la consultation publique. Dire que, suite à la fermeture du Théâtre des Variétés, certains craignaient la disparition du vaudeville à Montréal…

Quand le «king» de la subvention s’allie au prince du béton

Landry, le «king» des centres d’appels subventionnés, était prêt à verser 280 millions sur 35 ans pour un deuxième stade non viable. Il a annoncé un retour de 25 % sur dix ans en crédits d’impôts calculés sur les salaires aux entreprises qui s’installeront dans la Cité du commerce électronique, un domaine déjà prospère par lui-même. Les entreprises existantes pourront y déménager leurs employés et passer au «cash», comme CGI, filiale de la riche BCE, qui recevra 200 millions pour changer de coin de rue des emplois existants, et qui recevra 150 millions pour des emplois qu’elle aurait créés de toute façon.

Certains disent que l’idée même de compacter 700 millions de béton pour concentrer une masse critique en entreprises spécialisées en informatique est absurde, puisqu’on peut maintenant communiquer à partir de n’importe où et que cela n’améliorera pas les performances.

Quant à Gameloft, l’entreprise avait mis en demeure tous les pays de lui offrir des subventions. Landry a sauté sur l’appât en donnant un crédit fiscal de 40-50 % des salaires, soit quelque six millions par année, à cette entreprise de jeux vidéo en ligne. Un résultat de ce marketing politique est l’enrichissement de la famille Guillemot qui détient 60 % des actions.

Doper une consommation de plus en plus marginale

Dans le Manifeste pour un revenu de citoyenneté, Michel Chartrand et moi avons montré comment l’humanité réussit à réduire le travail. Ceux qui ont intérêt à sauver le modèle du travail comme mode d’accès aux biens doivent doper une consommation de plus en plus marginale car les biens premiers abondent déjà.

Dans le cas de Gameloft, après tout, les centaines de millions de l’argent du peuple ne lui rapporteront qu’une boîte à «gosser» des jeux (courses de chars, guerres et sports extrêmes virtuels, etc.) d’une priorité très douteuse si cela ne conduit pas à autre chose. Après tout, le projet de Technodôme n’est qu’un centre récréatif de plus, alors que d’autres font faillite. Les Reichman se sont présentés à Montréal avec une pâtisserie immobilière de un milliard, un trou noir à subventions, qui avait d’ailleurs été refusé par Toronto.

Chartrand et moi pensons que l’intervention de l’État est nécessaire; par exemple, les régions ne peuvent être livrées à la seule logique du profit et l’État doit veiller à l’accès aux biens premiers, à l’égalité des chances. Mais les subventions à gogo finissent par discréditer la légitimité de l’interventionnisme.

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