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De Gaulle le Québécois
N° 191 - juillet 2000

L’écroulement des prochains viaducs ne sera peut-être pas imputable à des vices de fabrication
Pierre Dubuc
Le ministre Guy Chevrette s’est taillé la réputation d’un ministre qui n’est pas à ses affaires. Alors qu’il était ministre des Régions, il s’en était fait passer de «p’tites vites» – pour reprendre son expression – et sa propre région de Lanaudière avait été dépouillée dans le temps de le dire de cinq directions régionales, sans compter le siège social de la Commission scolaire des Samares qui avait émigré dans le comté voisin de Berthier. On avait alors calculé qu’il manquait 650 fonctionnaires à Joliette pour atteindre la moyenne nationale.

Cordonnier mal chaussé d’un pays colonisé

La feuille de route du ministre des Transports n’est pas plus reluisante. Les chemins de son comté sont reconnus pour être parmi les plus mal foutus et les plus dangereux du Québec avec des ornières profondes comme des dalots d’allées de bowling et l’absence de lignes blanches de signalisation.

Cela n’empêche évidemment pas notre ministre Chevrolette de faire très chèrement payer, à même les augmentations à répétition des frais d’immatriculation, les automobilistes de son comté et de l’ensemble du Québec pour les dommages causés aux voies publiques par le passage de camions trop lourdement chargés par suite d’une législation trop permissive.

Drôle de pays que le Québec, où on transforme en pistes cyclables les voies ferrées, où pourraient circuler des trains alimentés à l’électricité – notre principale ressource naturelle –, ce qui diminuerait d’autant notre dépendance à l’égard des importations de pétrole. Mais on préfère plutôt subventionner nos exportations d’électricité aux États-Unis et enrichir les pétrolières étrangères.

Taxer l’automobiliste, le promeneur... et le manifestant

Toujours est-il que notre Chevrolette est aujourd’hui un partisan du principe de l’utilisateur-payeur. Bien entendu, cela ne vise pas les puissants de ce monde, comme les compagnies de transport qui «maganent» nos routes. Marcel Pepin avait bien pris la mesure de l’homme lors de la Commission Cliche dans les années 1970. Dans le livre que Jacques Keable lui a consacré, Pepin déclare 0 «J’en ai connu qui perdaient pied quand ils avaient l’occasion de rencontrer du monde important. Et je me suis rendu compte que Chevrette était de cette catégorie.»

On se rappellera que Chrevrolette s’est fait le promoteur de ponts payants pour enjamber le Saint-Laurent dans la région de Montréal. Plus récemment, lui qui est aussi ministre responsable de la Faune et des Parcs vient de décréter qu’il en coûtera 4 $ par adulte pour emprunter les sentiers des parcs du Québec pour aller entendre le gazouillis des oiseaux. C’est la «taxe sur le bol d’air».

Mais rien n’arrête notre Chevrolette dans son projet de taxer tout ce qui emprunte sentiers, chemins ou routes. Le coq de Joliette promet en effet de taxer lourdement et saisir les véhicules des agriculteurs, camionneurs, syndicalistes et autres Gaspésiens qui oseront «entraver de quelque manière la circulation des véhicules routiers sur un chemin public, en occuper la chaussée, l’accotement ou les abords, ou y placer un obstacle», pour reprendre les termes du projet de loi qu’il a présenté.

Les amendes seront salées. De 300 $ à 600 $ pour une première infraction. De 3 000 $ à 6 000 $ en cas de récidive. Ceux qui auront planifié, organisé ou dirigé l’action concertée risquent plus gros encore. Une amende de 3 000 $ à 9 000 $ et, en cas de récidive, de 9 000 $ à 27 000 $ !

De plus, les policiers seront habilités à faire enlever aux frais du propriétaire les obstacles, de même qu’à les saisir. Sur déclaration de culpabilité, un juge pourra même ordonner la confiscation des objets ou véhicules saisis. Le ministre de la Sécurité routière s’improvise maintenant ministre de la Sécurité civile !

Les prochains ponts qui s’écrouleront...

Jadis le maire Jean Drapeau avait fait adopter un règlement anti-manifestation pour empêcher toute contestation publique et collective dans les rues de Montréal. En octobre prochain, nous commémorerons le trentième anniversaire des événements auxquels avait conduit cette mesure antidémocratique. Notre Chevrolette, son patron Bouchard et le conseil des ministres devraient y réfléchir à deux fois. Si la voie publique n’est plus publique, comment la colère profonde qui court dans ce pays parviendra-t-elle à se faire entendre ? L’écroulement des prochains viaducs ne sera peut-être pas imputable à des vices de fabrication.

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