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De Gaulle le Québécois
N° 191 - juillet 2000

La grève selon trois syndicalistes québécois
Pierre Klépock
La conférence sur le Code du travail n’a pas fait mention du droit de grève très limité au Québec. Ce droit fondamental, reconnu par le droit international, ne devrait-il pas être une liberté publique, consacrée par le Code du travail et la Charte des droits et libertés ?

En France et dans plusieurs pays du monde, la reconnaissance du droit de grève, légal en tout temps, même pendant l’application d’une convention collective en cours d’exécution, est protégé, garanti et consacré par la Constitution. Tout bon syndicaliste sait très bien que sans droit de grève, le droit d’association et de négociation est pure fumisterie.

Un syndicat n’est pas un club de pêche

«Le droit de grève qui est un corollaire essentiel du droit d’association, comme le droit de négociation d’ailleurs, est sérieusement remis en cause dans les secteurs public et parapublic de même que dans toute l’industrie de la construction au Québec.

On a patenté par loi un Conseil des services essentiels qui doit appliquer les restrictions au droit de grève dans le secteur public. La grève, dans ces conditions, devient symbolique. Comme personne ne s’associe pour rien (un syndicat n’est pas un club de pêche), s’il n’est pas permis d’exercer un rapport de force pour négocier sur un pied d’égalité, le droit d’association est largement entamé.»

Marcel Pepin, syndicaliste socialiste, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) de 1965 à 1976 et de la Confédération mondiale du travail (CMT) de 1973 à 1981. Le nécessaire combat syndical, éd. ACFA, 1987, p. 364.

Jean Gérin-Lajoie, syndicaliste social-démocrate, directeur au Québec du Syndicat des Métallos (FTQ) de 1965 à 1981. La lutte syndicale chez les Métallos, éd. Du Jour, 1973, p. 90 et 92.

une limite de temps au droit de grève

«Le mémoire de la FTQ sur la liberté d’association contenait cette revendication de donner aux travailleurs le droit de grève pendant la durée des conventions collectives. J’ai plusieurs fois indiqué qu’elle me semblait le seul espoir de sortir du carcan actuel des arbitrages pour régler tous nos problèmes concrets de conditions de travail (...).

Une priorité importante de l’action syndicale doit être non seulement d’être prêt à recourir à la grève, mais aussi à lutter jalousement pour protéger nos droits légaux de faire la grève et surtout pour étendre ces droits à tous les travailleurs.»

grève est le seul moyen d’être écouté

«Il n’y a pas de dialogue possible avec le patronat, à moins d’avoir de la force en arrière.»

Congrès du CCSNM, 1973.

«Tant que t’es pas sorti en grève, le patronat ne sait pas si tu vas sortir. Quand tu es sorti, il sait où tu es. Cela me paraît une évidence.»

Congrès du CCSNM, 1976.

«Je n’ai pas envie de voir les membres de l’exécutif de la CSN avoir l’air de bouffons. Allez parler à des employeurs ! Le seul temps qu’ils nous écoutent, c’est pas quand on va leur présenter des mémoires, c’est quand les travailleurs disent 0 “Tu l’auras plus ta marchandise, mon ti-gars, tu vas t’en passer.”»

Congrès du CCSNM, 1977.

Michel Chartrand, syndicaliste-révolutionnaire, président du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal (CCSNM-CSN) de 1968 à 1978. Les dires d’un homme de parole, Lanctôt Éditeur, Fernand Foisy, 1997, p. 223

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