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De Gaulle le Québécois
N° 191 - juillet 2000

Les 19 500 salariés se portent mal
Gabriel Sainte-Marie

Hydro-Québec les rend malades



Environ 15 000 consultations l’an dernier pour des problèmes psychologiques (dépression, fatigue chronique, épuisement, burn-out...) au service de santé d’Hydro-Québec. Comme l’affirme Charles Paradis, du Syndicat des métiers d’Hydro-Québec, même si le patient consulte plus d’une fois, la donnée reste éloquente. «Les employés d’Hydro-Québec utilisent de plus en plus leur régime d’assurance-maladie, s’absentent plus souvent et plus longtemps et, enfin, demandent davantage de relocalisations», ajoute-t-il.

Sylvie Tremblay, du Service des relations publiques d’Hydro-Québec, parle de 2000 emplois de moins au cours des deux dernières années. Charles Paradis compte plus de 7000 emplois perdus au cours de la dernière décennie 0 préretraites, départs avec indemnités, employés temporaires licenciés et postes coupés.

Les réorganisations constantes des neuf dernières années et le dégraissage excessif ont contribué à miner le moral des salariés 0 «Ton travail n’est plus valorisant, tu as l’impression de pédaler dans le beurre», affirme Paradis.

«Quand une personne est malade et arrête de travailler, poursuit-il, son poste reste vaquant plus de trois fois sur quatre et ce sont ses camarades de travail qui doivent se partager la tâche.»

Nouveaux calculs

La direction d’Hydro-Québec fait preuve de basse démagogie pour culpabiliser ses travailleurs syndiqués. Pour parvenir à ces chiffres, elle les accuse de coûter chacun des centaines de dollars l’heure. On additionne le salaire horaire de l’employé, la valeur de l’espace de son bureau, une partie du coût du service des ressources humaines et une portion du salaire de ses patrons.

On compare ensuite ce total au coût d’un employé en sous-traitance, calculé en ne tenant compte que de son salaire et de quelques frais minimes. C’est ainsi qu’on harcèle les syndiqués.

Charles Paradis explique que selon la méthode élaborée pour comparer les employés d’Hydro à la sous-traitance, négociée en 1995-1996 entre les syndicats et la direction, les résultats diffèrent. Ces données ont toujours démontré que, pour un même salaire, les employés de l’entreprise d’État étaient plus rentables que les autres.

«Sous-traitance ou pas, les gros patrons garderont leur emploi. Le module des ressources humaines sera toujours nécessaire. Et le sous-traitant devra bien travailler quelque part», dit le représentant syndical. La méthode de calcul utilisée pour faire pression sur les employés est donc à bannir. Le tableau ci-dessous que la direction d’Hydro-Québec garde confidentiel, mais dont nous avons réussi à obtenir copie, illustre quelques exemples de ces calculs.

L’Omertà ?

Autre facteur de tension 0 la loi du silence. Le code d’éthique d’Hydro-Québec stipule que les employés ne peuvent faire de déclarations publiques pouvant ternir l’image de l’entreprise. Donc, pratiquement seuls les employés du service de relations publiques d’Hydro s’adressent aux médias. Le célèbre Flannagan, porte-parole d’Hydro-Québec durant la crise du verglas, en constitue le meilleur exemple.

Changement de mission

«La mission d’Hydro-Québec est de produire, transporter et distribuer l’électricité. Avant 1982, c’était au meilleur coût possible pour le client. Depuis la notion de dividende s’est rajouté», explique Paradis.

Depuis qu’André Caillé est p.-d.g. chez Hydro-Québec, le profit est l’épine dorsale de l’entreprise de service public. Le milliard dix millions $ de profit prévu pour cette année était déjà réalisé à 85% en juin. Le climat change 0 «Syndicalement, on sent que la philosophie de travail, c’est-à-dire être au service de la population du Québec, disparaît pour laisser place à celle de l’entreprise privée.» C’est le but du p.-d.g. En plaçant ses anciens amis comme dirigeants de Gaz Métropolitain aux postes de direction, Caillé réussit tranquillement à changer l’âme de la société d’État.

La sous-traitance tire les salaires et la qualité du service vers le bas

La direction fait constamment allusion à la sous-traitance. La main-d’œuvre ne travaillant pas directement dans le domaine de l’électricité est davantage sensible à la menace puisque ses tâches peuvent être exécutées plus facilement par d’autres entreprises. Il s’agit des services connexes 0 mécaniciens, magasiniers... Charles Paradis du syndicat des métiers d’Hydro-Québec estime qu’il y a entre 1 000 et

1 500 employés œuvrant dans ces services

Paradis donne un exemple 0 «Il est difficile pour le service de photocopie d’un département d’Hydro d’être compétitif face à une compagnie sous-traitante offrant à ses travailleurs des conditions minimales.» Lorsque les budgets sont limités, il est fort tentant d’aller au moins cher.

Ces nouvelles pratiques contribuent à tirer vers le bas les salaires, les avantages sociaux et la sécurité d’emploi des employés d’Hydro-Québec.

Jusqu’à présent, le service de cafétéria, qui a failli être privatisé, a pu être sauvé par les syndicats. Par contre, à la Baie-James, certains services connexes d’Hydro-Québec ont déjà été légués à la sous-traitance, ce qui a permis de noter que le peu d’argent économisé sur les salaires se reflète lourdement dans la qualité du service.

«Services connexes ou autres, la direction accuse toujours les employés de coûter trop cher. Ils ne remettent jamais en question leur organisation», conclut Paradis.

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