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De Gaulle le Québécois
N° 191 - juillet 2000

Un pas dans la bonne direction mais quelles seront les suites ?
Paul Cliche

Le colloque sur l’unité de la gauche et des forces progressistes



Le colloque sur l’unité de la gauche politique et des forces progressistes, qui s’est tenu à Montréal les 26 et 27 mai, a connu un franc succès grâce à une participation étonnante – 600 personnes venant de toutes les régions du Québec –, à la diversité des intervenants - plus de 20 associations populaires, syndicats et organisations politiques –, ainsi qu’à l’atmosphère de camaraderie et à l’enthousiasme qui y ont prévalu. On a aussi parlé avec raison de «moment historique» parce que c’était la première fois qu’une telle assemblée avait lieu au Québec.

Mais on a aussi pu constater que les ambitieux objectifs de ce forum, organisé par le Rassemblement pour l’alternative politique, ne pourront être réalisés qu’à la suite d’une longue et patiente démarche, que seules les organisations politiques ont démontré la volonté d’entreprendre jusqu’ici. (voir l’encadré)

Ces objectifs visent aussi bien les associations populaires, les groupes communautaires et les syndicats, désignés sous l’appellation de forces progressistes, que les organisations politiques de gauche0

1) s’entendre sur un projet alternatif de société face au néolibéralisme triomphant;

2) tisser des liens de collaboration entre les forces progressistes et les partis politiques de gauche;

3) faire l’unité de ces partis politiques.

Les associations populaires

Les conférences de la séance d’ouverture, ainsi que les exposés des huit associations populaires et de la revue participant à la table ronde sur un projet alternatif de société, ont démontré qu’un consensus peut s’établir facilement lorsqu’il s’agit de faire le procès du néolibéralisme et de constater ses séquelles.

Mais les propositions ont été beaucoup plus timides, sinon inexistantes, lorsqu’il s’est agi de mentionner des éléments susceptibles d’être intégrés à une éventuelle plate-forme alternative. Plusieurs s’en sont tenus à énumérer les objectifs poursuivis par leur organisme.

Mais Jean-Yves Desgagné, du Front commun des personnes assistées sociales, François Saillant du FRAPRU, Pierre Henrichon d’ATTAC-Québec et Sébastien Rivard de l’Opération SalAMI ont souligné la nécessité pour le mouvement social de déboucher sur une action de nature politique; c’est-à-dire de déborder du champ des luttes défensives et cloisonnées auquel il se confine actuellement pour passer à l’offensive en englobant l’ensemble des domaines d’intervention, et en se donnant comme tâche prioritaire de construire un programme alternatif commun susceptible de rallier de larges pans de la population.

Les constats ont été sombres mais réalistes 0 «Il y a une dispersion presque dramatique des forces de gauche», a noté Henrichon. «Au Québec, la droite n’a pas de contrepoids idéologique; aucune riposte ne provient de la gauche, a déploré Desgagné. La gauche est dépolitisée, éloignée de la population, constamment sur la défensive et incapable de défendre des revendications communes. Il est temps d’agir !» Cet immobilisme de la gauche, Saillant l’a aussi souligné 0 «Nous sommes bien peu actifs. La gauche s’est dérobée devant bien des batailles, comme celle qu’elle aurait dû livrer contre les ravages causés par le déficit zéro. Aujourd’hui encore, les séquelles s’en font sentir sans que personne ne réagisse.»

Les organisations syndicales

Du côté syndical, où certains dirigeants - on peut hélas le constater - agissent comme des compagnons de route béats du parti au pouvoir bien plus que comme des militants progressistes, les nouvelles ne sont guère plus réjouissantes.

Lors du colloque, les intervenants à la table ronde sur les liens à établir entre les forces progressistes et la gauche politique - cinq militants syndicaux de gauche convaincus - sont venus expliquer quelles seraient les conditions propices à l’émergence de convergences entre les deux, et comment le mouvement syndical pourrait contribuer à la création d’une alternative politique, notamment en développant un discours et une pratique plus radicale à l’endroit des politiques gouvernementales d’inspiration néolibérale ainsi qu’en mettant sur pied un programme de formation et d’éducation politique pour les membres.

L’absence coûteuse d’un organisme catalyseur

En réalité, le principal obstacle à la création d’une alternative politique sur le front social semble résider dans l’absence d’un organisme susceptible de jouer le rôle de catalyseur politique des luttes et des revendications des forces progressistes ainsi que de jouer un rôle de coordination sur le plan d’une action politique non-partisane.

Pourtant, Solidarité populaire Québec (SPQ), une coalition qui regroupe quelque l50 organismes syndicaux, populaires et communautaires - tant au niveau national que régional, a été mis sur pied dans ce but il y a plus d’une décennie.

Mais après l’effervescence prometteuse des premières années qui a permis l’adoption de La Charte d’un Québec populaire et démocratique par des milliers de militantEs, cet organisme, lequel jouit d’un budget substantiel provenant en grande partie des centrales syndicales, est entré dans une période de léthargie politique dont il ne s’est pas encore sorti.

On a espéré son réveil en l997 alors que, suite à une décision de son assemblée générale, SPQ a organisé une tournée sur l’analyse de la conjoncture et les stratégies alternatives afin de développer un mouvement de résistance et d’alternative aux politiques néolibérales. Mais à peine amorcée au printemps l998, cette tournée pan-québécoise, qui aurait dû déboucher sur l’élaboration d’un programme unificateur des forces progressistes, a été interrompue et on n’en a plus entendu parler depuis.

Le Rassemblement pour l’alternative politique a tenté de prendre la relève sous une autre forme à compter de la fin de l997. Tel que le stipule le préambule de ses statuts, il se voulait «un lieu de rassemblement permettant de multiplier les échanges entre les militantEs s’activant sur le plan social dans les différents réseaux, groupes, associations et syndicats». Voulant travailler à l’implantation d’un projet de société alternatif, il souhaitait jouer un rôle se situant dans «le prolongement (politique) des organisations syndicales, populaires, communautaires, écologistes et étudiantes».

Mais l’aventure du RAP n’aura duré que quelques mois. Car, à son congrès de l’automne l999, les délégués ont décidé par un vote serré de transformer en parti ce mouvement d’action politique axé sur l’instauration de la démocratie participative et la reconnaissance effective de la souveraineté populaire.

Tant qu’il n’y aura pas d’organisation permanente qui se donnera comme mission de soutenir une démarche vers l’unité, les chances semblent donc minces que les forces progressistes québécoises se mettent en frais de préparer une alternative politique commune.

C’est du moins ce que les faits semblent confirmer. Car, des l4 organismes participants invités par les organisateurs du colloque à une réunion de suivi le 4 juin, un seul a délégué un représentant. Serait-ce que les l3 autres, trop pris par leurs activités pressantes, ne soient pas intéressés à entreprendre une telle démarche beaucoup plus exigeante que de participer à une table ronde lors d’un colloque ? On peut malheureusement parier que oui.

Les partis de gauche amorcent leur démarche vers l’unité

Comme il fallait s’y attendre, ce sont les organisations politiques qui se sont senti les plus concernées par l’appel à l’unité qu’a constitué la tenue du colloque de la fin mai. Le déroulement de la table ronde sur l’unité de la gauche politique, qui a clôturé l’événement et en a été le clou, a fourni une première preuve de cette assertion quand un consensus s’est spontanément dégagé, aussi bien chez les porte-parole des organisations que parmi les intervenants de la salle, sur la nécessité d’amorcer une démarche vers l’unité et ce, dans les meilleurs délais.

Une deuxième preuve s’est ajoutée, le 4 juin, alors que les six organisations politiques ayant participé au colloque - le Bloc Pot, le Parti communiste du Québec (PCQ), le Parti de la démocratie socialiste (PDS), le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ), le Rassemblement pour l’alternative politique (RAP) et le Parti vert - ont répondu à l’invitation des membres du comité organisateur en participant à une réunion devant servir à amorcer la démarche.

Les bases du consensus

Le consensus qui s’est dégagé comporte les caractéristiques suivantes 0

1- On abandonne le vieux rêve de la création d’un parti de gauche unique établissant son hégémonie sur les formations existantes, car on estime qu’il serait irréaliste de nier la diversité des composantes de cette mouvance politique.

2- L’unité se fera avant tout par de l’action sur le terrain, et non par des discussions idéologiques en vase clos. Ainsi, lors de la réunion du 4 juin, les représentants des cinq organismes politiques ont accepté de faire partie d’un comité de liaison qui remplacera désormais le comité organisateur du colloque constitué seulement de représentants du RAP. Ce comité de liaison étudiera la possibilité de lancer, dès la reprise des activités à la fin de l’été, une campagne en vue de l’instauration du scrutin proportionnel au Québec, ce qui constituerait la première activité unitaire.

3- Parallèlement au déroulement de ces actions sur le terrain, certains partis, mais pas tous, semblent disposés à envisager l’élaboration d’une plate-forme commune qui pourrait cimenter une éventuelle coalition électorale. Cette question n’a toutefois pas été discutée formellement le 4 juin.

Le score de la gauche

Pour mettre les choses en perspective, il faut se rappeler que les cinq organisations politiques de gauche ayant présenté ou soutenu des candidats lors des dernières élections québécoises, celles de novembre l998, ont inscrit l72 candidats en lice qui n’ont recueilli que 45 053 votes, soit l,l2 % des suffrages globaux, ou une moyenne de 262 votes par candidat.

Michel Chartrand, qui s’est présenté comme indépendant avec l’appui du RAP contre le premier ministre Bouchard dans Jonquière, a été de loin le candidat le plus populaire de la gauche en recueillant 5 023 votes, soit l5 % des suffrages.

C’est aux élections de l989 que les partis de gauche ont obtenu leurs meilleurs résultats en recueillant l26 539 votes, soit 3,71 % des suffrages globaux. Les 46 candidats du Parti vert avaient alors recueilli 65 675 votes, et les 55 du NPD-Québec 0 41 504 voix.

Aux élections de l985, les 90 candidats du NPD-Québec avaient recueilli 82 588 votes, soit 2,42 % des suffrages globaux. Le travail à accomplir est donc considérable avant que la gauche n’occupe enfin la place qui lui revient sur l’échiquier politique québécois.

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