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Comment ça trop de commandites ?
N° 210 - juin 2002

Si seules les femmes avaient voté, Le Pen aurait été éliminé !
Élaine Audet

Trois semaines en France dans l’œil du cyclone



Je suis arrivée chez des amiEs au Sud de la France, le bastion de Jean-Marie Le Pen, le surlendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Impossible de parler de quoi que ce soit d’autre que de l’impensable qui venait de se produire, la gauche écartée en faveur de l’extrême-droite. Déjà dans l’avion, je vois à la une du Canard enchaîné 0 « Escroc contre facho ». Impossible dilemme. J’ai pu ainsi suivre sur place, au jour le jour, tant à travers les médias qu’en interrogeant les personnes rencontrées sur leur analyse des résultats, leur intention de vote au deuxième tour et leur perspective d’action pour et après les législatives. Ce questionnement me semblait, bien sûr, très intéressant quant aux choix qui se poseront bientôt au Québec où la gauche et les féministes anti-mondialisation devront se positionner face aux trois partis institutionnels.

Qui sont les 5,5 millions de FrançaisEs qui ont voté pour Le Pen sexiste, raciste, xénophobe, pour celui qui affirme sans sourciller que les fours crématoires ne sont qu’un détail, que la couleur de la peau influe sur les capacités intellectuelles, que les immigréEs sont responsables de l’insécurité générale, qui voit les femmes comme de simples reproductrices de la race, qui veut rétablir la peine de mort, déporter massivement les immigréEs mais qui est aussi antiétatsunien, antieuropéen et antimondialiste ?

Selon les analystes, Le Pen a obtenu de bons résultats dans toutes les classes d’âge, mais surtout chez les 18–24 ans alors que l’opposition la plus forte au Front national se retrouvait parmi les 34–49. Il a également recueilli des voix dans toutes les catégories socioprofessionnelles et n’est légèrement distancé par Chirac et Jospin que chez les cadres, les professions intellectuelles, les commerçantEs et les chefs d’entreprise. L’extrême-gauche elle-même n’est pas à l’abri de « la lepénisation des esprits », 9 % de ses sympathisants ayant voté pour l’extrême-droite.

Les femmes refusent le paternalisme autoritaire de Le Pen

Il est intéressant de constater qu’en dépit du fait que la pauvreté, la précarité des emplois et l’insécurité soient plus grandes chez les femmes, elles ont voté à 7 % de plus que les hommes contre LePen. Si seuls leurs votes avaient comptés, Le Pen aurait été éliminé au premier tour ! Le fait que l’électorat du Front national soit majoritairement masculin n’est plus à démontrer depuis sa remontée en 1984, que ce soit aux élections européennes, législatives ou locales.

Ce rejet par les femmes du discours lepéniste serait dû à un refus viscéral de la violence verbale et physique qui émane des pratiques du Front national et de son leader. D’autre part, ce dernier nie de façon élémentaire tous les acquis du féminisme en prônant la suppression de l’avortement (IVG), le retour des mères au foyer, des barrières légales au divorce. Bref, il vise à assigner les femmes aux tâches reproductives pour repeupler la nation, blanche bien sûr, sous l’autorité du mari, comme dans le bon vieux temps du patriarcat mur à mur.

Les femmes tant féministes que traditionnelles ne s’y sont pas trompées. Les analyses montrent que les diplômées du cycle supérieur, les femmes pratiquant une profession libérale, les cadres supérieures, les étudiantes, rejoignent des femmes plus conventionnelles, les 65 ans et plus, les catholiques pratiquantes, les veuves, les retraitées dans un rejet inébranlable de l’extrême-droite et de son idéologie totalitaire qui choque les valeurs humanistes de la majorité d’entre elles. Sous le titre inspiré «La femme fœtale », le Canard enchaîné cite Le Pen sur les droits des femmes, un concept qui l’énerve 0 «L’affirmation que votre corps vous appartient est tout à fait dérisoire. Il appartient à la vie et, aussi, en partie à la nation. »

Bâtir un « mouvement d’alternative politique »

La plus grande surprise des présidentielles a été le succès du candidat Olivier Besancenot, le facteur de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui a obtenu 4,2 % des votes après avoir fait campagne contre Le Pen, pour Porto Alegre, contre le fascisme et les patrons des fast-foods, pour la Palestine et les sans-papiers, contre les privatisations. Pour lui, la grande faute de Jospin, c’est d’avoir refusé d’affronter le patronat et les marchés.

Alors que les Verts de Dominique Voynet et de Noël Mamère ont obtenu lors des présidentielles, avec 5,31 % des voix, le meilleur score jamais atteint par un parti écologiste sous la ve république, un collectif de citoyens de gauche, baptisé Nous voulons autre chose indique avoir recueilli plus de 600 signatures dans un appel pour une alternative politique à la gauche plurielle. Ce collectif rassemble des militants d’Attac, de Sud, de Droits devant, des Chiennes de garde, de la LCR et du PCF. « Il est temps de construire autre chose, une force politique large, ouverte, opposée à la mondialisation capitaliste », expliquent-ils.

La présence de plus de deux candidatEs au deuxième tour des législatives donnera la chance à Le Pen de se faufiler encore entre la droite et la gauche. Il faut espérer que se perpétuera la solidarité des grandes manifestations du 1er mai estimées par la police à 1 300 000 pour toute la France, dont 500 000 à Paris et plus de 15 000 dans le bastion du Front national qu’est Nice. J’aime la France, qui m’est une deuxième patrie, toujours aussi belle et attachante malgré Le Pen, la prolifération des téléphones portables et l’américanisation galopante ! On peut encore y rêver de révolution.

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