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Le Québec sous écoute
N° 338 - avril 2015
Le maire Tremblay n’est pas sans alliés dans sa guerre aux écolos intellos
Détruire l’environnement pour sauver l’économie ?
Martin Lachapelle
L’appel à la mobilisation du maire de Saguenay contre les « terroristes » de Greenpeace et « les intellos de ce monde » a fait jaser dans les chaumières et dans les médias.

Si on peut comprendre le cri du cœur de Jean Tremblay, devant les difficultés économiques de sa région, il fait toutefois délibérément fausse route en blâmant Greenpeace pour les récentes mises à pied annoncées par Produits forestiers Résolu.

Le maire Tremblay critique les pressions exercées par Greenpeace sur de gros clients de Produits forestiers Résolu, pour les inciter à exiger des produits certifiés par la norme FSC (Forest Stewardship Council).

Reconnue et exigée par plus de 1800 entreprises d’ici ou d’ailleurs, cette certification internationale est basée sur le respect de plusieurs critères par les entreprises forestières : respect des traités internationaux ou des droits autochtones, assurance de la régénérescence de la forêt et de sa biodiversité, etc.

Depuis 2013, Produits forestiers Résolu a perdu deux certifications FSC pour ses usines au Lac-St-Jean et vient d’annoncer la fermeture de sa machine numéro 9 à l’usine à papier d’Alma.

Une fermeture prévue pour avril prochain. Résultat ? 85 personnes de plus au chômage, dans une région où les jobs sont déjà rares et où Résolu a déjà effectué des mises à pied dans d’autres usines.

Voilà pourquoi le maire Tremblay aurait pété un plomb en accusant Greenpeace et « sa » certification FSC de nuire à Résolu et à l’économie de sa région.

Alarmiste, et en colère, Jean Tremblay laisse même entendre que Greenpeace est en train de tout bloquer, comme si elle voulait apparemment mettre en faillite le Saguenay-Lac-St-Jean.

Greenpeace, qualifiée par le maire Tremblay d’organisation de « fantômes », ferait donc du « terrorisme » (économique). Rien de moins.

« Je leur donne un conseil, Greenpeace. Qu’ils viennent pas dans mon bureau… ils vont sortir par la fenêtre ! Pis nos autorités, ici, le Premier ministre, euh… pour commencer, devrait leur dire dehors ! Pis ça devrait commencer comme ça, pis ça ferait le tour du monde. Greenpeace, allez-vous-en… ailleurs. Venez pas nous déranger », de déclarer le doorman, ou plutôt le « windowman », de l’hôtel de ville de Saguenay.

Sur les ondes d’une radio de Québec, Éric Duhaime et Nathalie Normandeau, l’ex-ministre libérale des Ressources naturelles et de la Faune, étaient ravis de recevoir en entrevue le nouveau général de la lutte contre le groupe écolo : « Enfin, on n’est plus les seuls à être en guerre contre Greenpeace ! »

G.I. Joe Duhaime et G.I. Jane Normandeau seront heureux d’apprendre que leur armée anti-Greenpeace peut compter sur les services d’un autre soldat : Mario Dumont.

Dumont qui, dans au moins deux textes publiés sur son blogue, dont « Le Québec attaqué » (!), s’est lui aussi fait une joie de tirer sur les vilains terroristes économiques de Greenpeace, jugés responsables des mises à pied de Résolu.

Pendant que le maire Tremblay lançait le signal de la guerre « défensive » contre les terroristes de Greenpeace et les intellectuels de ce monde, élevés au rang d’ennemis publics # 1 – comme si ces foutus « enverdeurs » avaient commencé à vouloir sauver la planète avant même qu’elle ne soit en danger – aucun de ces valeureux guerriers anti-écolos n’a pensé à la possibilité de dommages collatéraux.

Et si un écolo ou un intello devait se faire tabasser par une personne influençable, après cet appel à l’intolérance ?

Soulignons que la sortie de Jean Tremblay survient au moment où le gouvernement conservateur, auquel il a failli se joindre, tente de rassurer la population sur son projet de loi concernant la lutte au terrorisme.

Rassurant, n’est-ce pas ? Surtout si l’on considère que le Premier ministre Couillard n’a pas jugé « radical » le discours de Jean Tremblay et son appel à la mobilisation contre les « terroristes économiques » de Greenpeace et les intellectuels de ce monde.

Comme si le terme « radical » ne s’appliquait qu’aux ennemis des libéraux : péquistes, indépendantistes, syndicalistes et visiblement écolos.

Couillard en a plutôt rajouté en attaquant Greenpeace, tout en se permettant de lui faire la morale sur le développement durable, l’économie et les préoccupations sociales…

Or, l’osbl n’est pas responsable des pertes d’emplois de Résolu. Ni de la perte de la certification FSC. Une norme non pas créée par Greenpeace, ou même seulement par les écolos, mais bien par différents acteurs concernés. Des représentants des droits de la personne, des groupes autochtones, des syndicats et des entreprises forestières ont contribué à l’instauration de cette certification internationale, reconnue depuis maintenant plus de 20 ans.

Une certification perdue par Produits forestiers Résolu et pour laquelle la compagnie n’aurait personne d’autre qu’elle-même à blâmer, en raison de son litige avec les communautés autochtones concernées par les coupes sur leur territoire, et des risques que son exploitation occasionne pour le caribou forestier.

Après des années de déforestation aveugle au Québec, et à travers le monde, ce n’est quand même pas la faute à Greenpeace si Résolu s’entête à ne pas se conformer à la norme FSC.

C’est le constat fait à RDI par un représentant « fantôme » de Greenpeace pourtant bien vivant (!), qui possède même un nom « prononçable » comme le maire Tremblay les aime : Nicolas Mainville.

Rappelant que les normes internationales doivent aussi primer au Saguenay et pour Résolu, le Responsable de la campagne pour la forêt de Greenpeace a mentionné que d’autres compagnies forestières d’ici, comme Tembec et Domtar, ont la certification FSC.

D’autres chantiers, tel que celui de Chibougamau, demeurent d’ailleurs ouverts en réussissant à garder cette certification FSC.

La faute, pour la perte de la certification FSC et les emplois, incombe à Résolu, au marché où la demande pour le papier est à la baisse, sans parler du fédéral infiniment moins généreux avec le secteur forestier qu’avec les industries automobile et pétrolière.

Au même moment, Richard Desjardins, coauteur du documentaire « L’Erreur boréale » réalisé en 1999, signait dans le Journal de Montréal une série d’articles, laissant entendre que 10 ans après le rapport Coulombe, hormis la mise en application de quelques recommandations, rien n’a vraiment changé.

Avec seulement 5 % des forêts protégées, nos forêts publiques sont encore exploitées sur le bras de l’État, selon un modèle colonialiste, au profit exclusif des secteurs forestiers et miniers privés.

La norme FSC n’aurait rien de radicale puisque « la petite harde de caribous forestiers de Val-d’Or va s’éteindre dans une forêt certifiée », écrit Desjardins.

Après tout, comme dirait le ministre libéral des Finances, « ce n’est pas vrai qu’on va détruire l’économie pour sauver l’environnement », n’est-ce pas ?

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