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Le Québec sous écoute
N° 338 - avril 2015
Quatre licences de services sans fil sont un gros fil à la patte
Pourquoi un PQ dirigé par PKP abandonnerait le Bloc Québécois à son sort
Pierre Dubuc
Le gouvernement fédéral a dévoilé le mois dernier le résultat des enchères pour l’obtention du spectre pour les services sans fil évolués (SSFE-3), une technologie reconnue pour offrir de la rapidité aux appareils sans fil, tels les téléphones intelligents et les tablettes.

Pour amener un peu de concurrence dans un marché canadien contrôlé à 90 % par le trio Bell, Rogers et Telus, le gouvernement avait réservé 60 % de ce spectre d’ondes à des entreprises déjà actives, mais qui détenaient moins de 10 % des parts nationales ou moins de 20 % des parts dans une région donnée.

Des paramètres taillés sur mesure pour Wind Mobile, Vidéotron et Easlink, qui ont été les grandes gagnantes de ces enchères. Wind Mobile a obtenu trois licences pour un montant de 56,4 millions $ dans un territoire qui couvre plus de 18 millions de personnes en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique.

D’une part, Vidéotron a obtenu quatre licences pour un montant de 31,8 millions $ pour couvrir 100 % de la population québécoise et celle de la région d’Ottawa.

Easlink a versé 10 millions $ pour du spectre dans les provinces atlantiques.

D’autre part, deux des Trois Grands ont aussi participé aux enchères. Telus a acquis 15 licences au coût de 1,5 milliard $ pour desservir plus de 30 millions de personnes dans six provinces, dont le Québec. Bell a allongé 500 millions $ pour 13 licences. Rogers n’a rien acquis cette année, la compagnie indiquant qu’elle avait obtenu ce qu’elle voulait l’an dernier, alors qu’elle avait déboursé 3,3 milliards $.

Au cours des dernières années, le gouvernement fédéral a exprimé le désir de voir s’établir un quatrième joueur à l’échelle du pays pour concurrencer les Trois Grands – qui comptent plus de 25 millions d’abonnés – et faire baisser les tarifs qui sont parmi les plus chers au monde.

En 2013, le géant américain Verizon a offert 700 millions $ pour acquérir Wind Mobile, et bénéficiait de l’appui du gouvernement Harper pour devenir ce quatrième joueur. Mais la levée de boucliers des Trois Grands et des projets dans d’autres pays ont amené Verizon à retirer son offre.

Le gouvernement Harper s’est alors tourné vers des petits joueurs comme Wind Mobile (750 000 abonnés) et Vidéotron (570 000 abonnés) et leur avait réservé en 2014 du spectre à bas prix.

Certains croyaient que Vidéotron se lancerait à la conquête du marché canadien pour devenir le quatrième joueur recherché par le gouvernement Harper. Mais l’entreprise, qui ne contrôle que 12 % du marché québécois, n’avait pas les ressources nécessaires, surtout après les déboires financiers de Sun Media et Sun News.

Pierre Karl Péladeau a donc dû renoncer à ses ambitions canadiennes dans le domaine de la téléphonie et se contenter d’être un joueur régional, tout comme dans le domaine de l’édition de journaux et de la télé.

Rappelons qu’il a vendu en 2014 l’empire Sun Media pour moins du quart du prix déboursé pour son acquisition. Il a liquidé pour seulement 316 millions $ une entreprise acquise au coût de 1 338 millions $, soit 983 millions $ pour Sun Media en 1998 et 355 millions $ pour Osprey Media en 2007.

Faute de trouver un repreneur, il a récemment débranché la prise de Sun News, après quatre années d’opération, et un déficit accumulé d’environ 50 millions $.

Le gouvernement fédéral a encaissé 2,1 milliards $ pour la dernière vente de spectre aux enchères. Mais les revenus auraient été beaucoup plus importants, s’il n’avait pas privilégié les petits joueurs. Ces derniers n’ont payé que 11 cents le megahertz, alors que Telus a déboursé 3,02 $, et Bell 2,96 $ le mHz.

Des représentants de Bell ont calculé que Vidéotron avait ainsi bénéficié d’une subvention de 857 millions $.

Nous ne pouvons qu’applaudir le fait qu’une entreprise québécoise comme Vidéotron ait été favorisée au détriment de la canadienne Bell. Et nous nous réjouirions encore davantage si c’était le gouvernement d’un Québec indépendant qui encaissait l’argent pour l’octroi du spectre.

Cependant, nous n’en sommes pas là. Et nous n’avons pas la naïveté de croire que de telles faveurs accordées par Ottawa à Vidéotron ne sont motivées que par le désir d’assurer le développement d’une « saine concurrence » dans le marché de la téléphonie.

On voudrait bien croire que la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite, qu’il n’y a pas de lien entre l’économie et la politique, entre des décisions d’affaires d’un gouvernement et de basses considérations électorales, mais on ne peut oublier cette déclaration de PKP remettant en question « la pertinence du Bloc Québécois ».

À l’automne 2014, devant une quarantaine de militants, PKP affirmait que « le Bloc ne sert strictement à rien, sauf à justifier le fédéralisme ».

Devant la levée de boucliers des Gilles Duceppe, Pierre Paquette, Mario Beaulieu et Bernard Landry, il a transformé son affirmation en simple interrogation, mais sans convaincre personne.

Avec cette déclaration, PKP venait d’affaiblir un Bloc Québécois en pleine reconstruction. Au point de vue électoral, même si le Bloc ne peut espérer, à l’heure actuelle, faire élire plusieurs députés lors du prochain scrutin fédéral, il n’en demeure pas moins qu’en récoltant de 15 à 20 % du vote, il peut faire la différence dans plusieurs circonscriptions.

La vraie question est de savoir à qui profiterait sa marginalisation. De toute évidence, au Parti Conservateur, particulièrement dans les circonscriptions de l’axe Lac-Saint-Jean/Beauce, qui sont dans la mire de Stephen Harper.

Par suite du « cadeau » que vient d’offrir le gouvernement Harper à Vidéotron, les militantes et les militants du Bloc ne doivent pas s’attendre, au cours de la prochaine campagne électorale, à un soutien actif d’un Parti Québécois dirigé par Pierre Karl Péladeau.

Bien sûr, il se trouvera, dans la mouvance de PKP, quelques zélotes, dénués de tout sens politique, pour justifier cette attitude en affirmant que « le Bloc ne sert à rien, sauf à justifier le fédéralisme », le tout pour le plus grand plaisir de Stephen Harper.

Espérons que la course à la chefferie permettra d’examiner de près le fil d’intérêts qui relie PKP, actionnaire de contrôle de Québecor, Brian Mulroney, président du Conseil de Québecor, et Stephen Harper, Premier ministre du Canada.

S’il y a une leçon à tirer de cette situation, c’est qu’il est périlleux de concentrer entre les mains d’une même personne les pouvoirs économique, médiatique et politique.

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