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Comment ça trop de commandites ?
N° 210 - juin 2002

Enfin, on parle de l’Argent !
Pierre Dubuc

Scandale des commandites à Ottawa



Un coin à peine soulevé, l’unifolié de Sheila Copps dévoile des dizaines de millions de dollars de propagande fédéraliste sous forme de photocopies en trois exemplaires, de généreuses commissions et de pages de publicités payées 34 fois le prix du marché à des firmes comme Groupaction, Groupe Everest ou l’Almanach du peuple. « Pas de problèmes », nous disent le premier ministre Chrétien et les firmes concernées 0 cela « a contribué à l’unité canadienne » et « a favorisé le recul des séparatistes ». Bel et salutaire aveu ! Il était plus que temps qu’on parle enfin de l’Argent !

Dans sa célèbre déclaration de 1995, Jacques Parizeau avait attribué l’échec du Oui « à l’argent et aux votes ethniques ». Depuis, on a beaucoup parlé des « votes ethniques», mais jamais de l’« argent ». Plutôt que d’enquêter sur l’« argent » – c’est-à-dire sur les dépenses illégales du gouvernement d’Ottawa et des forces fédéralistes (le love-in de fin de campagne, etc.) – l’intelligentsia souverainiste s’est scandalisée de la référence aux «votes ethniques » et a entrepris de nous culpabiliser collectivement.

On a attribué à notre soi-disant « manque d’ouverture » le fait que des communautés ethniques entières aient voté à 99 % en faveur du Non. C’était à cause de notre « nationalisme ethnique » ! Des dizaines d’ouvrages, des milliers d’articles, des centaines d’émissions radio, des films même, ont traité du sujet. Presque toujours avec la même conclusion outragée 0 nous étions « ethnocentriques », peut-être même « racistes ».

Pour la plus grande gloire de Trudeau

Pour « expier la faute » de Parizeau et donner des gages de notre bonne foi, des intellectuels souverainistes vont jusqu’à proposer que nous adoptions un «nationalisme civique » duquel est bannie toute référence à notre langue, notre culture et notre histoire. En sus et place, ils nous invitent plutôt à nous définir collectivement en nous donnant comme référence la Charte des droits individuels ! C’est Trudeau qui doit rire dans sa barbichette.

Pour dire l’ampleur du sentiment de culpabilité qui anime ces intellectuels, soulignons qu’ils ont trouvé leur principale référence théorique chez le philosophe allemand Jurgen Habermas, qui a échafaudé ses théories dans l’objectif déclaré de faire oublier le passé nazi de son pays ! Les travaux d’Habermas servent à légitimer la domination actuelle de l’Allemagne sur l’Europe. Ceux de nos intellectuels à maintenir l’assujettissement du Québec et à nous désarmer. Quel réflexe de colonisé que d’emprunter une théorie d’oppresseur pour un peuple opprimé !

Gagliano n’est pas un « hasard » de parcours

Plutôt que de consacrer toutes leurs énergies et leurs fonds de recherche à produire des ouvrages savants pour se dissocier des propos de Parizeau et se faire bien voir de leurs collègues anglophones – mondialisation universitaire oblige – nos intellectuels souverainistes auraient dû fouiller un peu du côté de l’argent, des Groupaction et Everest, des centaines de millions versés à Alliance Québec et à des organismes juifs, grecs et italiens sous le couvert du multi-culturalisme. Ils nous auraient aidé à comprendre le rejet massif de la souveraineté dans ces communautés. Nous connaîtrions mieux la stratégie des fédéralistes et nous comprendrions que ce n’était pas un hasard que Gagliano, un citoyen d’origine italienne, ait été le chef du patronage au Québec. Nos intellectuels auraient fait œuvre utile pour la souveraineté.

Pourquoi les péquistes, peut-on se demander, n’ont-ils pas, eux, creusé la question ? Sans doute, parce qu’ils ont quelques cadavres, quoique de bien plus petite dimension, dans leurs propres placards. Pensons à Oxygène 9. Aussi sans doute parce que, les fédéralistes contrôlant les médias, la bataille était perdue d’avance.

Mais la principale explication est que le premier ministre Lucien Bouchard partageait ce point de vue voulant que les propos de Parizeau aient été ethnocentriques et racistes. L’affaire Michaud l’a amplement démontré. Parce qu’il avait tenu des propos similaires à ceux de Parizeau, Bouchard a fait condamner Yves Michaud par l’Assemblée nationale avant de finalement démissionner de son poste de premier ministre. Et rappelons qu’un des premiers gestes de Bouchard à titre de premier ministre avait été de tendre la main à l’Argent, c’est-à-dire à la communauté anglophone lors de son célèbre discours au Centaure.

Avocat des « bonnes sœurs » pour récupérer l’argent des pauvres ruinés par la maladie avant l’assurance-hospitalisation, avocat patronal dans les négociations de conventions collectives, ambassadeur canadien, ministre fédéral et aujourd’hui membre d’une grande firme d’avocats, Lucien Bouchard a toujours été du côté de l’Argent.

L’Ordre du Québec pour Chrétien ?

Maintenant que le Canada anglais pense avoir définitivement eu raison du « séparatisme », il s’apprête à se débarrasser de Chrétien, comme en témoignent les deux récentes défaites dans des châteaux forts libéraux. Il le fera avec le même mépris qu’il a réservé à Mulroney, c’est-à-dire en le traitant comme un vulgaire « patroneux » québécois. Mais Chrétien peut se consoler 0 il est peut-être en train de se qualifier, aux yeux de Bernard Landry, comme candidat pour l’Ordre du Québec.

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