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Le Québec sous écoute
N° 338 - avril 2015
Boulets verts et carrés rouges
Parlez-vous couramment le « légalement » ?
Martin Lachapelle
Les grands médias, déjà affairés depuis des mois à vendre les mesures d’austérité, ne prennent aucune chance en tirant à boulets verts sur les carrés rouges. Question d’empêcher que la grève étudiante de 2015 ne serve à nouveau de bougie d’allumage à un autre printemps mouvementé.

Il est d’ailleurs risible de voir plusieurs commentateurs politiques avoir le culot de discréditer la grève de 2015 par rapport à celle de 2012, en termes de crédibilité des revendications ou des leaders étudiants. Surtout quand on sait que les grands médias, dont la couverture médiatique en 2012 fut jugée biaisée par au moins deux études, ont alors tiré à la fois sur le message et les messagers.

« Il est vrai qu’il n’existe aucun droit de grève des usagers de l’université. Légalement, impossible de nier le droit de suivre des cours à un étudiant », affirme Yves Boisvert de La Presse.

« Légalement ». Le mot est censé tuer toute réflexion. « La loi, c’est la loi ». Comme si les lois actuelles étaient imperfectibles.

« Légalement » « Il est vrai qu’il n’existe aucun droit de grève des usagers de l’université. »

Ben oui… Comme il est aussi vrai qu’il n’existait aucun droit de vote pour les femmes, il y a moins d’un siècle, et que cette discrimination s’effectuait « légalement ».

Les étudiants collégiaux et universitaires seraient-ils des citoyens de seconde classe ? On parle pourtant des contribuables de demain. Tous contribuent déjà à l’assiette fiscale en payant des taxes.

Quant au « Légalement, impossible de nier le droit de suivre des cours à un étudiant », le temps a aussi démontré à quel point certains carrés verts faisaient de bien piètres « victimes de la grève » de 2012, après avoir obtenu des injonctions pour assister à des cours, qu’ils ont finalement abandonnés.

Beau gaspillage de fonds publics que cette judiciarisation du conflit étudiant.

Boisvert incite également les étudiants carrés verts à se mobiliser contre la grève, car il estime que la judiciarisation du conflit a ses limites, même s’il l’appuie : « On aura beau obtenir des injonctions, on n’ira pas tenir des cours d’anthropologie à l’UQAM sous surveillance policière… »

Effectivement, Yves. Pas besoin d’appeler la police, ou même l’armée, pour permettre la tenue de cours d’anthropologie à l’UQAM, puisque l’anthropologie n’est pas enseignée dans cette université…

Autre appui aux carrés verts et à la judiciarisation du conflit, celui de Dominic Maurais.

Sur son blogue du Journal de Québec, cet animateur radio super « démocrate », qui a adoré entendre le maire Tremblay parler de sortir les « terroristes » de Greenpeace par la fenêtre de son bureau, tout en demandant aux gouvernements de les expulser du Canada, se permet de donner des leçons de démocratie aux associations étudiantes et aux « extrémistes-gauchistes » appuyant les mandats de grève qu’il juge illégitimes, même s’ils furent pourtant dûment votés dans les assemblées.

« Le bordel annoncé est rendu possible par un encadrement défaillant de la démocratie étudiante et un immense flou artistique sur les règles de financement et de gouvernance des associations. »

Ce n’est pas l’avis de la juge qui vient justement de débouter les deux carrés verts financés par la Fondation 1625.

Mais bon. On parle probablement d’un autre « extrémiste-gauchiste anti-capitaliste », dont le frère, aussi gauchiste, doit sûrement travailler en tant que journaliste à « RD-OUI », comme dirait Maurais…

« La Fondation 1625 est un organisme à but non lucratif créé le 4 juillet 2012 afin d’amasser des fonds dans le but de supporter les étudiants et étudiantes qui furent victimes de la grève. Petit à petit, elle a élargi son action à la défense des droits des étudiants et étudiantes et supporte aujourd’hui plusieurs recours », comme l’indique son site Web.

Une Fondation qui prétend défendre le droit à l’éducation, mais seulement en temps de grève, car son appui aux hausses de frais de scolarité contribue, le restant du temps, à le limiter…

Une Fondation apparemment « non-partisane », même si au moins deux de ses cinq fondateurs dits « associés » sont liés à la droite conservatrice de Harper et des radios de Québec.

On se croirait au Walmart des contradictions. Leur site Web fait aussi de la publicité en plaçant des hyperliens publicitaires, en anglais, en plein milieu de ses communiqués ! Bah, j’imagine que ce doit être normal et crédible de mettre de la pub dans des communiqués pour des carrés verts, qui croient au bienfondé de la marchandisation de l’éducation.

« Actuellement, les étudiants sont pris au piège avec des associations étudiantes activistes qui [online casino] ont pour objectif de défendre des causes politiques auxquelles la majorité d’entre eux ne croient pas. Ces associations étudiantes ont une pensée idéologique unique où toutes les opinions ne sont pas les bienvenues », peut-on y lire.

On imagine que la défense du gambling fait partie des causes apparemment louables appuyées par la Fondation 1625.

Un autre communiqué parle du soutien financier apporté à la Fondation par le prétendu défenseur de la liberté d’association qu’est le carré vert médiatique Éric Duhaime. Oui, le même individualiste anti-syndicaliste opposé à la formule Rand et à tout concept collectiviste, qui défend le droit d’association… avec soi-même.

L’ironie, dans ce cas-là, est que le communiqué sur Duhaime est coupé par une pub d’un site d’horoscope. Quel signe ? Vierge. Fausse vierge offensée...

Puisque c’est bien de contradictions et de fausses vierges offensées dont on parle avec la Fondation 1625 et la croisade judiciaire des carrés verts contre Gabriel Nadeau-Dubois et les associations étudiantes, en tant que « victimes de la grève » de 2012.

Car, comment expliquer que les carrés verts étudiants, politiques et médiatiques, ayant appuyé la hausse des frais de scolarité de 83 %, sous prétexte que le gouvernement et les universités manquaient d’argent, puissent trouver cohérents de prolonger la très onéreuse judiciarisation du conflit étudiant, en encourageant les gens à poursuivre des universités et un gouvernement jugés fauchés ?

Combien de carrés verts « victimes de la grève » de 2012 se sont opposés à la réduction des droits de scolarité, dont ils ont profité ? Combien de « victimes » ayant appuyé la hausse des droits de scolarité, par leur refus de faire la grève, ont ensuite envoyé un chèque à la Fondation de leur établissement scolaire pour compenser le manque à gagner découlant du rabais dont ils ont tous pu profiter ?

Bel exemple d’opportunisme de fausses vierges offensées, en lien avec la théorie du « Free Rider » de Marcur Olson sur les citoyens qui ne participent pas aux luttes sociales, même s’ils aiment profiter des bienfaits récoltés.

Sans hausse draconienne des frais de scolarité et sans élection provinciale à proximité, les astres du printemps 2015 ne sont évidemment pas aussi bien alignés qu’ils ne l’étaient en 2012 pour procéder à une grande grève étudiante. Encore moins à une grève sociale déclenchée avant même que le mouvement syndical n’ait le temps de se mobiliser.

Ce qui ne signifie pas nécessairement pour autant que les étudiants, les fonctionnaires, les milieux communautaires, la classe moyenne et les écolos n’ont aucune bonne raison de ­manifester…

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