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Dans la mire des services secrets
N° 337 - mars 2015
Les journalistes de Charlie Hebdo étaient des combattants pour la laïcité
Critiquer les religions est un droit démocratique
Rose St-Pierre
Le 7 janvier dernier, Amir Khadir et Thomas Mulcair condamnaient l’attaque contre Charlie Hebdo. Ni un ni l’autre ne prononceront les mots « islamistes » ou « intégristes », lors de leur déclaration officielle. Ils désigneront plutôt les responsables de la fusillade comme étant « des fous de Dieu » ou des personnes ayant commis un « acte de violence insensé ».

Amir Khadir déclarera : « Devant l’horreur, nous sommes en choc, mais nous ne céderons pas aux amalgames et à la stigmatisation de certaines communautés », une formule reprise, quelques jours plus tard, par un Philippe Couillard qui ne souhaite pas que l’on fasse d’« amalgames entre la fusillade et le débat sur la charte de la laïcité ».

Aucun de ces deux partis de gauche ne s’est fait le défenseur de la laïcité, à la suite du meurtre de 8 membres de la rédaction de Charlie Hebdo, tués parce qu’ils caricaturaient l’intégrisme religieux.

Selon André Lamoureux, membre du Rassemblement pour la laïcité et de la Coalition laïcité Québec, une certaine gauche dénonce davantage l’islamophobie que les attentats à Charlie Hebdo. Pourtant, les journalistes de Charlie Hebdo « étaient des combattants de la laïcité, c’est pour ça qu’on les a tués ».

Cette dite gauche se positionne aujourd’hui sur les questions religieuses en rompant avec son passé traditionnellement laïc. Faut-il rappeler qu’au 20e siècle, des socialistes comme Rosa Luxembourg et bien d’autres défendaient la séparation de la religion et de l’État et que Marx affirmait que « la religion est l’opium du peuple » ?

Le Parti socialiste français, le Nouveau Parti démocratique ou Québec Solidaire partagent « une orientation qui verse dans le communautarisme, voire une approche faussement compassionnelle ou misérabiliste » suggère André Lamoureux. « C’est de l’islamo-gauchisme, à mon avis, c’est une position qui s’apparente à celle de la position libérale et multi-culturaliste »

Pourquoi la gauche penche-t-elle aujourd’hui vers une défense du multiculturalisme ? « Au nom d’un misérabilisme, parce que les musulmans ont été opprimés en Palestine ou en Irak. C’est aussi une façon de se positionner supposément contre l’impérialisme, d’affirmer sa position anticapitaliste, anti-américanisation, parce que les islamistes, eux aussi, combattent l’impérialisme américain. On pense que ceux qui combattent nos ennemis du Moyen-Orient sont nos amis, puisqu’ils s’en prennent au sionisme et à l’impérialisme. »

Il s’agit d’une logique simpliste, selon M. Lamoureux. « En Iran, ce sont les islamistes qui ont volé la révolution, tout comme en Algérie, au siècle dernier, après l’indépendance et la proclamation de la République. En comparaison, les grandes réalisations démocratiques dans la société capitaliste, dont la laïcité, ont été conquises par les classes populaires, les travailleurs et les mouvements sociaux, dont les mouvements des femmes. »

« On défend l’indéfendable » sans apprendre « les leçons de l’Histoire », en appuyant les régimes les plus oppresseurs au monde, alors que les partisans de la gauche disent se battre pour la liberté, l’égalité et les droits de la personne.

« Thomas Mulcair et Québec Solidaire sous-entendent que la guerre en Irak, menée en 2003, a provoqué la montée de l’intégrisme et de l’islamisme, alors que l’islamisation a commencé sous l’impact et l’influence de la révolution iranienne. Ce sont les islamistes qui ont volé la révolution », affirme le politicologue et chargé de cours au Département de Science politique de l’UQAM. « Doit-on rappeler qu’en 1990, lors de la guerre en Algérie, on tuait par milliers des femmes qui refusaient de porter le voile ? »

Au Rassemblement pour la laïcité et à la Coalition laïcité Québec, deux groupes défendant la neutralité de l’État, on soutient que ce ne sont pas les défenseurs de la laïcité qui nourrissent l’intégrisme islamiste, c’est l’intégrisme islamiste qui nourrit l’islamophobie.

« Les laïcs sont respectueux des choix religieux de chacun, ils défendent seulement la séparation entre l’Église et l’État. Ce que nous dénonçons, c’est l’intégrisme islamiste, pas l’islam. Nous dénonçons la ségrégation sexuelle, le refus de la modernité, la ségrégation envers les homosexuels et la censure artistique. » Cet intégrisme « est politique ».

Dans la communauté musulmane, un grand courant n’est pas d’accord avec cette interprétation du Coran, un courant que M. Lamoureux qualifie d’« islam moderniste ».

Pour en revenir aux attentats à Charlie Hebdo, André Lamoureux conclut : « C’est un droit démocratique de critiquer les religions. Est-ce que c’est outrageux de se dire laïc, de critiquer la religion ? En s’interdisant de le faire, on se comporte comme si on était dans un État théocratique et non pas laïc. »

Pourtant, actuellement, au Canada, des associations islamistes et intégristes exercent des pressions auprès de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse pour que des poursuites soient intentées contre les gens qui dénigrent l’islam – y compris l’intégrisme.

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