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Dans la mire des services secrets
N° 337 - mars 2015

Où est passé le François Blais, défenseur des pauvres ?
Paul Cliche
On se souvient des Tontons Macoutes, la police secrète qui a été le fer de lance de la dictature des Duvalier en Haïti. On se souvient aussi qu’au Québec, à la fin des années 1980 sous le gouvernement de Robert Bourassa, on a donné par dérision le surnom de Boubou Macoutes aux inspecteurs qui ont sévi contre les assistés sociaux. Or, en 2015, on peut dire qu’on a maintenant des Couillard Macoutes.

Surprise, leur chef, le ministre François Blais, est un ancien universitaire progressiste qui, au début des années 2000, a été un ardent promoteur du revenu minimum garanti.

Professeur en Science politique à la Faculté des Sciences sociales de l’Université Laval, puis doyen de cette faculté, il a été élu député libéral de Charlesbourg l’an dernier. Il a été nommé ministre de l’Emploi et de la (supposée) Solidarité sociale par Couillard.

En 2001, le professeur Blais a publié un livre sur la nécessité d’instaurer un revenu minimum garanti. Expert reconnu en la matière, il a même été consulté par Michel Chartrand qui, lui aussi, préparait un livre sur la question, afin de soutenir une campagne de mobilisation, qu’il a menée par la suite à travers le Québec, même s’il était octogénaire.

J’ai moi-même assisté à cette rencontre, au sortir de laquelle le fougueux syndicaliste s’était dit d’accord avec la plupart de ses propositions.

Jusqu’au moment où il a fait le saut en politique, j’avais beaucoup de respect pour François Blais. À son invitation, j’avais animé un séminaire sur le scrutin proportionnel organisé par le Département de Science politique de la Faculté des Sciences sociales, il y a quelques années.

Sa décision de se joindre aux libéraux m’a donc causé un choc, puisque rien dans son parcours n’indiquait qu’il accepterait de devenir le maître d’œuvre des coupures qu’un gouvernement néolibéral imposerait aux assistés sociaux.

D’ailleurs, voici comment l’auteur présentait, en 2001, la ligne directrice de son livre intitulé Un revenu garanti pour tous : « La mise en place d’un système d’instruction publique et d’un système de services de santé, tous deux gratuits et universels, ont constitué, en leur temps, de grandes victoires sociales. Aujourd’hui, face à la crise que traverse l’État providence, nous avons l’occasion, comme société, d’élargir notre solidarité en remplaçant intelligemment les programmes qui composent notre filet de sécurité sociale par une formule plus équitable : le revenu minimum annuel, garanti et inconditionnel, pour chaque citoyen et chaque citoyenne ».

Quelques semaines après avoir été nommé ministre, Blais a déclaré que le revenu minimum garanti lui semblait « la voie de l’avenir » et qu’il « verrait d’un bon œil une petite révolution fiscale en ce sens au Québec ».

Mais, en même temps, il confirmait que son ministère subirait de fortes compressions pour contribuer à l’atteinte du sacro-saint déficit zéro. Quelle incohérence ! Comme dirait Michel Chartrand, « il y a des coups de pied au cul qui se perdent ».

Le 28 janvier dernier, le ministre a annoncé que son gouvernement sabrait 15 autres millions $ dans le programme d’aide sociale. Ces coupures sont d’ailleurs devenues un rite annuel pour Québec que le gouvernement soit libéral ou péquiste. Pour justifier sa décision, il a notamment ressuscité la caricature du prestataire de l’aide sociale, qui travaille au noir pour aller en Floride.

En réponse à ce genre de stéréotype, la porte-parole parlementaire de Québec Solidaire, Françoise David, a déploré : « C’est une attitude méprisante qui stigmatise les gens les plus vulnérables. Arrêtons de chercher des bibittes, qui n’existent pas, et trouvons plutôt des solutions aux problèmes réels des prestataires ».

Puis, elle s’est demandé : « Où est passé le François Blais qui défendait les pauvres. Quel dommage vernement qui les méprise ! »

Québec Solidaire est le seul parti qui propose d’offrir un revenu minimum de 12 000 $ par année à chaque individu de plus de 18 ans, comme l’avait proposé M. Blais dans son livre. Ce parti n’a d’ailleurs pas été le seul à dénoncer les récentes coupures. Des protestations se sont fait entendre un peu partout au Québec.

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