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Aux armes, citoyens !
N° 336 - février 2015
Le message des terroristes est clair : on ne critique pas l’islam ni le
Le combat pour la laïcité a changé de nature
Louise Mailloux
Nous avons assisté ce soir à une grande démonstration de solidarité envers l’équipe de Charlie Hebdo parce que nous sommes tous révoltés par l’assassinat sauvage de leurs collègues et que nous avons choisi, nous aussi, de nous lever pour défendre la liberté d’expression et la laïcité.

Depuis ces évènements tragiques, on a l’impression que les démocraties occidentales prennent soudainement conscience de leur vulnérabilité et de leur difficulté à défendre la liberté et la laïcité lorsqu’il s’agit de l’islam.

C’est Michel Houellebecq qui disait que les gens de Charlie Hebdo étaient des soixante-huitards qui avaient l’habitude de bouffer du curé, mais qu’ils n’avaient pas compris que le combat pour la laïcité avait changé de nature.

L’islam pose aujourd’hui de nouveaux défis au combat pour la laïcité et constitue le fer de lance de l’offensive anti-laïque en Occident.

D’abord parce qu’il est soutenu par la puissante idéologie du multiculturalisme où il incarne l’exemple-type de l’Autre et réclame, au nom de l’ouverture à cet autre, l’ouverture au voile et à l’islam et qu’il rallie, partout en Occident, une bonne partie de l’élite intellectuelle qui se porte à sa défense.

Ainsi l’islam jouit d’une protection dont aucune autre religion ne peut se réclamer et fait que sa critique nous prive de la zone de confort habituelle parce qu’il bénéficie d’un statut privilégié : Celui de faire passer les militants laïques pour des racistes, des islamophobes ou des identitaires d’extrême-droite. Aucune autre religion n’a le pouvoir de produire un tel effet réfrigérant.

Pourquoi croyez-vous que le combat laïque face aux catholiques faisait l’unanimité dans les syndicats, la gauche, les féministes et tous les progressistes, alors qu’aujourd’hui ce même combat, au nom des mêmes principes nous divise et devient, face à l’islam, du racisme et de l’islamophobie ?

L’islam renforce aussi la solidarité entre toutes les religions parce qu’il incarne pour celles-ci le plus grand espoir de faire reculer la laïcité en ramenant le religieux dans nos institutions publiques.

Mais, plus encore, il pose de nouveaux défis à la défense de la liberté d’expression, imposant la rectitude politique qui rend frileux les politiciens et les journalistes.

Frileux dans le débat et la critique comme dans le travail d’enquête sur les réseaux islamistes. Frileux aussi dans le soutien nécessaire aux militants laïques et aux musulmans laïques.

En 2015, au cœur de l’Europe, on s’est servi de kalachnikovs pour éliminer des journalistes et des dessinateurs qui ont osé caricaturer le prophète de l’islam. Pour des raisons de sécurité, des spectacles sont annulés, des écrivains et des blogueurs se censurent, des journalistes et des militants laïques sont sous protection policière.

En France et ailleurs en Europe, les mosquées et les synagogues sont surveillées. Est-ce normal qu’on assassine des gens parce qu’ils ont caricaturé un prophète ? Sommes-nous toujours dans un pays laïque ou dans un pays qui, de plus en plus, se soumet à la charia ?

Le message des terroristes est clair. On ne critique pas l’islam ni son prophète. Ce message est le même quand l’Organisation de la coopération islamique, regroupant 57 pays musulmans, fait pression sur les pays membres de l’ONU pour qu’ils rétablissent le blasphème afin d’empêcher toute critique de l’islam.

Au Québec, nous sommes en train de judiciariser le débat public sur la laïcité en intentant des poursuites pour diffamation à des journalistes et des militants laïques afin d’en faire des exemples et de les écarter de l’arène publique.

Récemment, la Commission des droits de la personne a demandé au gouvernement l’ajout d’une disposition à la Charte québécoise des droits et libertés interdisant l’incitation publique à la haine pour un motif interdit de discrimination, telle la religion.

On veut ici limiter la liberté d’expression et s’en prendre à ceux qui critiquent des idées, une religion, en particulier l’islam.

Avec courage et lucidité, il est important de regarder ce à quoi nous faisons face alors que les politiciens sont toujours dans le déni et le calcul politique. Il est grand temps de se ressaisir, et rapidement, si nous souhaitons préserver les valeurs qui nous sont chères, arrêter de tourner autour du pot, de tergiverser et légiférer sur la laïcité.

Pour envoyer un message clair aux islamistes que la religion doit être séparée de la politique, qu’elle doit être privée et s’en tenir au ciel, que nous avons le droit de la critiquer, le droit de blasphémer et que la charia n’a pas sa place au Québec.

C’est le plus bel hommage que nous puissions rendre à ceux qui, pour avoir défendu ces valeurs, sont morts debout.

Discours prononcé lors de l’assemblée de solidarité avec Charlie Hebdo à Montréal, le 26 janvier 2015.

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