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Harper vs Djihad
N° 334 - novembre 2014
Chronique d’une mission baptisée « Lever le vent »
La grande leçon d’espoir des Écossais et des Catalans
Maxime Laporte
Les adeptes du dépendantisme, les suppôts de la résignation nationale auront beau dire ou croire ce qu’ils veulent. Ils auront beau enterrer mille fois l’idée d’indépendance… Mille fois elle renaîtra.

Que les lâches se détrompent, il n’y a guère de « fatalité » dans le fait pour un peuple de vivre sous la tutelle d’un autre. « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », disait Étienne de la Boétie. Citation si essentielle qu’on oublie de la rappeler.

Toujours il sera loisible au peuple de prendre réellement conscience de son agenouillement et d’agir en conséquence. En dépit du passage du temps et des générations, malgré la chouayennerie ordinaire de nos gouvernants, et malgré tous ceux qui, bêtement, se laissent endormir au son des berceuses du tuteur, la volonté de se lever, d’être libre, d’« agir par soi-même », enfin, cette volonté de rompre la tutelle couve toujours, car après tout c’est là le substrat de la vie d’un peuple, dixit Maurice Séguin.

Telle est la leçon d’espoir que nous donnent ces derniers temps les Catalans et les Écossais, eux qui, après avoir traversé des époques entières sans autre statut que celui de peuples annexés, ont chacun pris rendez-vous avec l’histoire cet automne. Cette extraordinaire résilience de l’idée de liberté, c’est aussi ce qu’un grand nombre d’autres nations ont su nous démontrer par le passé.

Comme il en aura fallu du temps, – des siècles de luttes, de tergiversations et de tourments, avant que les Irlandais ou les Grecs, par exemple, accèdent au statut d’État ! J’ai l’intime conviction que le Québec ne fait pas exception. Non, l’histoire n’est jamais finie et, pour citer Miron, « ça ne pourra pas toujours ne pas arriver ».

C’est pourquoi, en quête d’inspiration, j’ai décidé de m’envoler en septembre dernier vers ces vieux pays que sont l’Écosse et la Catalogne, et qui tôt ou tard en seront des nouveaux. Toute une délégation, des Québécois de toutes les générations se sont retrouvés dans cette mission qu’on a baptisée « Lever le vent ».

Ce périple nous a donné la chance d’observer des gens et des organisations de tous horizons. Nous les avons vus s’activer et faire converger leurs forces afin de réaliser l’indépendance de leur patrie, preuve que la chose est non seulement possible, mais faisable !

En Catalogne, nous sommes allés à la rencontre de leaders et de citoyens « entêtés d’avenir » tels que Carme Forcadell, présidente de l’Assemblée nationale catalane (ANC), Jordi Solé du parti Esquerra Republicana de Catalunya, Anna Arqué du réseau Référendum 9N… Aussi, des représentants du nouveau parti politique CUP, du syndicat étudiant des pays catalans et de bien d’autres groupes encore.

Tous ces gens nous en ont appris beaucoup sur leur combat et sur la manière extraordinaire dont le peuple lui-même porte le projet indépendantiste. Le 11 septembre dans les rues de Barcelone, nous étions parmi la foule immense de 1,8 million de personnes réclamant la tenue d’un référendum sur l’avenir politique de la Catalogne, jugé inconstitutionnel par le tribunal constitutionnel espagnol.

Après un détour par Berlin où je devais livrer une conférence sur les implications sociopolitiques de la tenue d’un référendum de sécession, nous nous sommes rendus à Édimbourg pour vivre les derniers jours de la campagne référendaire écossaise.

À la lumière des résultats 55-45 % en faveur du NO, avec un taux de participation à 84,59 %, d’aucuns voudraient y voir un échec de plus pour la mouvance indépendantiste et un argument appuyant l’idée de son essoufflement. C’est là une lecture par trop simpliste de la situation.

Malgré la sobriété généralisée, on a pu constater que le désir d’indépendance se révèle très fort et vigoureux parmi la population écossaise, même chez les partisans du NO, pour qui l’idée de la Devo Max – dévolution complète – constituait un compromis idéal. D’ailleurs, un serment écrit promettant cette dévolution fut publié quelques jours avant le référendum par les trois chefs des principaux partis à Westminster.

Bref, le mouvement indépendantiste et l’Écosse elle-même ne pouvaient que sortir gagnants de cet exercice démocratique. La défaite du YES n’est surtout que numérique. On peut même parler d’une victoire pour l’autodétermination de l’Écosse, ne serait-ce qu’en constatant la progression spectaculaire de l’appui à l’indépendance. Mais cette victoire reste conditionnelle à ce que les représentants du peuple écossais en tirent le maximum de gains politiques, ce qui est loin d’être acquis.

Les expériences catalanes et écossaises nous rappellent à quel point la tenue d’un référendum d’indépendance ne saurait constituer une fin en soi, d’autant plus lorsqu’il n’a aucun caractère décisionnel. L’indépendance est affaire d’effectivité et de légitimité politiques.

Le premier ministre écossais démissionnaire Alex Salmond, chef camp du YES, a lui-même évoqué la possibilité de proclamer l’indépendance par un vote du Parlement écossais.

Quant à la Catalogne, l’invalidation par Madrid de la légalité d’une consultation populaire sur l’indépendance du peuple catalan a obligé Artur Mas et les élus catalans à envisager d’autres recours politiques.

Il est clair que l’émancipation politique d’un peuple, sa libération, suggère qu’il se donne les moyens de ses ambitions, autrement dit les pouvoirs d’État nécessaires pour ce faire. Suivant les enseignements de Machiavel, le « Prince » commettrait une erreur s’il se contentait, pour opérer un changement institutionnel majeur, du seul appui moral de ses « sujets ». Pour atteindre une fin extraordinaire, il faut des moyens extraordinaires.

Chose certaine, tout cela nous indique que, loin d’être une vieille affaire comme l’a souvent soutenu Justin Trudeau, l’indépendance des nations est plus que jamais à l’ordre du jour.

Les temps présents sont à la disparition des États-empires et à l’épanouissement des peuples dans un monde de plus en plus interconnecté. L’histoire démontre que les petits pays comme la Norvège et, éventuellement, le Québec, ont de l’avenir et sont capables de très grandes choses.

Rappelons à cet égard que, d’après l’indice socioéconomique sur la richesse des nations élaboré par le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et repris par le professeur Luc Godbout, le Québec se classerait premier au monde.

Il faut que le Québec rattrape le temps perdu. Exit le tabou ambiant sur la question de notre épanouissement collectif ; il n’y a rien qui ne soit pas prioritaire, rien qui ne soit pas une « vraie » vraie affaire là-dedans !

Assez de « tataouinage », comme l’a dit Jacques Parizeau, assez d’anxiété ou d’indifférence sur le sort que doit nous réserver l’histoire ! Laissons-nous donc emporter par cette nouvelle vague, porteuse d’espoir, de liberté et de modernité, cette vague qui pousse les peuples à réaliser enfin leur indépendance ! Aujourd’hui, l’Écosse et la Catalogne, demain… le Québec !

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