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Harper vs Djihad
N° 334 - novembre 2014
32 000 indispensables ! se doit d’être plus qu’un slogan publicitaire
Le retard salarial accentue la migration vers le privé
Pierre Dubuc
Dans une pub de 30 secondes, diffusée à la télé aux heures de grande écoute, on voit en action une travailleuse sociale, une nutritionniste, une physiothérapeute, une technologiste médicale et une technologue en imagerie médicale, qui font partie des 32 000 membres de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

« 32 000 indispensables », nous dit la présidente Carolle Dubé, – en reprenant à son compte le slogan de la campagne publicitaire – rencontrée dans les bureaux de son organisation près du métro Longueuil à Montréal.

« C’est une campagne publicitaire pour faire connaître au grand public la spécificité de notre organisation. Nous ne représentons ni des infirmières, ni des médecins, mais nous œuvrons dans le domaine de la santé », enchaîne-t-elle, tout en reconnaissant que cette campagne s’inscrit dans le cadre des préparatifs de la prochaine ronde de négociation du secteur public et parapublic.

Comme les autres organisations syndicales, l’APTS a participé à la détermination de la revendication salariale du Front commun, dont elle fait partie par l’intermédiaire du SISP, qui regroupe également la CSQ et le SFPQ. Les membres de l’APTS ont aussi dressé une liste de revendications propres à leur secteur.

De son côté, le gouvernement mène sa propre campagne « publicitaire » auprès de l’opinion publique, une campagne qui tient plus de la désinformation, avec les annonces des ministres Barrette, Bolduc, Coiteux et Leitao. S’y ajoutent les « vices cachés » de certains projets de loi, qui visent à déstabiliser les organisations syndicales.

À cet égard, Carolle Dubé reconnaît d’emblée l’impact du projet de loi 10 dans le secteur de la santé du docteur Barette. « Ça insécurise nos membres. Avec un seul Centre intégré de la Santé et des Services sociaux (CISSS) par région, certains se demandent s’ils n’auront pas à se déplacer sur une centaine de kilomètres pour la distribution de leurs services. Il a fallu 5 ans avant que les Centre de la Santé et des Services sociaux (CSSS), issus de la loi 25 de 2004, soient fonctionnels. Et encore, on trouvait que cette réforme avait du bons sens. Ce qui n’est pas le cas de celle-ci. »

D’une part, la présidente de l’APTS n’a pas la naïveté de croire qu’il n’y a pas de lien entre le projet de loi 10 du ministre Barrette et les négociations du secteur public. « En 2004, la loi 30, qui accompagnait la loi 25, visait la fusion des accréditations syndicales, forçant les syndicats à concentrer énormément d’énergie sur leur vie interne. Il en ira de même avec le projet de loi 10. Avec un seul employeur par région, les syndiqués des quatre secteurs d’accréditation (infirmières ; personnel de soutien et préposés ; personnel administratif ; professionnels) devront refaire un choix d’allégeance syndicale. »

D’autre part, les ministres Coiteux, Leitao et le premier ministre Couillard laissent entendre qu’il n’y aura pas d’augmentation de la masse salariale. Des augmentations de salaires ne seront possibles qu’avec une diminution des effectifs.

« Nous subissons déjà des compressions de 600 millions $ », s’insurge Carolle Dubé dont l’organisation n’a pas jugé bon de déposer un mémoire devant la Commission Godbout sur la fiscalité parce que les dés sont pipés d’avance. La Commission a, en effet, pour mandat de « trouver de nouvelles économies » de 630 millions $ dans le budget de l’État.

« On met présentement fin à des remplacements de personnel. On ne comble pas des postes vacants. On abolit même des postes de professionnels et de techniciens, comme c’est le cas à l’Hôpital Charles-Lemoyne. »

« Les budgets de formation et de perfectionnement ont été réduits. C’est inacceptable. Nos membres font partie d’ordres professionnels qui ont des exigences. Dans le domaine de la santé, les connaissances évoluent rapidement. Nos membres doivent continuellement mettre à jour leurs connaissances », ajoute-t-elle.

Pour l’APTS, un autre enjeu important de la prochaine négociation est de pouvoir assurer au personnel des conditions de travail qui tiennent compte de la santé psychologique des travailleuses et des travailleurs.

Depuis quelques années, l’APTS dénonce, avec d’autres organisations syndicales, le recours à des firmes comme ProAction et à des méthodes de travail inspirées du secteur industriel privé (méthodes Lean, Toyota, etc.).

Cette gestion axée sur la reddition de comptes et les statistiques crée une bureaucratie et est à l’origine, en bonne partie, de la multiplication du nombre de cadres dans le domaine de la santé, dont on fait grand état.

« Ce bouleversement dans les méthodes de travail cause d’énormes problèmes de santé psychologique chez nos membres. Le taux d’absentéisme n’a jamais été aussi élevé », précise Carolle Dubé qui craint que le gouvernement réponde à ce problème, non par l’abandon de ce type de gestion, mais par des mesures contraignantes pour limiter les absences au travail.

Carolle Dubé est aussi d’avis que les compressions et le gel de la masse salariale auront pour effet d’accentuer le recours au privé.

« On connaît les liens de Couillard, et des libéraux en général, avec le privé, comme on l’a vu avec la construction en PPP du CHUM et du CUSM. Le privé a des appétits », renchérit-elle en donnant l’exemple des radiologistes qui sont les seuls à officier au public et au privé sans devoir se désaffilier du régime public. Cela n’est sans doute pas étranger au fait que les radiologistes trônent au sommet de la rémunération des médecins avec un revenu brut moyen en 2012 de 569 936 $.

La physiothérapie est un autre exemple de progression du privé par suite du désengagement de l’État. « Auparavant, la CSST et la SAAQ référaient obligatoirement leur monde au public, ce qui permettait le maintien d’un certain niveau d’équipements et de personnel. Maintenant, on réfère au privé. »

« On voit aussi poindre dans nos professions des agences de placement privées, même si cela n’a pas la même ampleur que chez les infirmières. La privatisation a cours également dans les services à domicile, un secteur en plein développement. »

Pour conserver un système de santé public efficace, il faut le financer adéquatement et mettre fin à sa privatisation. Mais il est aussi important d’empêcher l’exode vers le privé des « indispensables » à cause de conditions salariales et de travail plus alléchantes.

« Il y a un retard salarial à combler. Le gouvernement l’a reconnu dans le cas des psychologues en instaurant une prime de 15 % pour freiner leur migration vers le privé. C’est pour cela que nos membres tiennent à l’augmentation de salaire revendiquée par le Front commun », conclut la présidente de l’APTS.

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