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Harper vs Djihad
N° 334 - novembre 2014
Un plaidoyer jovialiste à la mode d’André Pratte
Un très gros navire chargé de conflits d’intérêts
Martin Lachapelle
Depuis la catastrophe de Lac-Mégantic, l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, sans jamais préciser les liens d’affaires de ses grands patrons dans l’industrie pétrolière, est en croisade afin de convaincre la population québécoise du prétendu bien-fondé de transformer le Québec en zone de transit visant à exporter le pétrole des sables bitumineux d’Alberta vers les marchés étrangers.

André Pratte est convaincu que le Québec, et non ses grands patrons de Power Corporation, actionnaires de Total, compagnie associée à Suncor, aurait tout à gagner de devenir le lieu de passage journalier, par pipelines ou par superpétroliers, d’environ trois fois plus de pétrole que les Québécois sont capables d’en consommer en une journée !

Prenons seulement deux éditoriaux. Le premier, publié en août 2013, est un plaidoyer en faveur des projets de pipelines de TransCanada et d’Enbridge intitulé « Bon pour le Québec ».

D’entrée de jeu, Pratte commence ironiquement en tentant de discréditer les écologistes opposés au projet de TransCanada en affirmant qu’ils s’y opposent sans connaître tous les détails, même si, lui, de son côté, n’est visiblement pas mieux informé et l’endosse pourtant aveuglément comme un chèque en blanc.

Fiez-vous à l’industrie pétrolière et non aux écologistes qualifiés indirectement d’extrémistes, qui seraient contre le pétrole tout court...

Or, c’est malhonnête de vouloir circonscrire l’opposition aux projets de pipelines à un référendum portant sur la question : « Êtes-vous pour ou contre le pétrole ? ». Car la question n’est pas de savoir si le Québec doit se passer de pétrole, ce qui est présentement impossible, mais plutôt de se demander si le Québec a intérêt à devenir l’autoroute du pétrole appartenant en partie aux patrons de Pratte. Et la réponse évidente à cette question est NON.

Traiter indirectement les opposants aux projets de pipelines d’extrémistes anti-pétrole est très utile. Surtout si vous ajoutez ensuite : « Nous ne pensons pas que la majorité des Québécois partagent cette opinion extrême. Ils veulent que le pétrole soit extrait et transporté de la façon la plus propre et la plus sécuritaire possible. Ils veulent aussi que la province soit prospère. C’est sur la base de ces critères qu’il faut juger le projet de TransCanada. »

Elle est pratique, la fameuse majorité silencieuse. Celle qu’on aime citer en son absence quand elle serait apparemment d’accord, et celle dont on s’en tape quand elle est contre, puisqu’elle ne parle pas fort !

« Restent les risques de déversement », comme disait André Pratte. Ben oui, André, après le mirage des retombées économiques des pipelines, « restent les déversements ». C’est plate, hein ?

« Ces risques existent, évidemment. En témoigne l’important déversement survenu au Michigan il y a trois ans. D’un point de vue statistique, toutefois, les fuites sont rares ».

« L’important » déversement du Michigan auquel Pratte fait allusion, en utilisant délibérément un euphémisme pour l’amoindrir, était, jusqu’au déversement de 5,7 millions de litres à Lac-Mégantic, le PIRE déversement terrestre en Amérique du Nord avec 3,7 millions de litres de pétrole d’Enbridge déversés dans la rivière Kalamazoo. Le nettoyage n’était d’ailleurs même pas encore complété au moment où Pratte écrivait son article, trois ans plus tard, et s’élevait à plus d’un milliard de dollars...

Le comble est que Pratte a aussi affirmé, pour rassurer son lectorat et l’inciter à dire OUI aux pipelines, que « les fuites sont rares ».

« Rares » ? Chaque jour, c’est assez rare pour vous ? Tel que l’indique un article publié en 2012 intitulé « Un nouveau jour, un nouveau déversement », article tenant compte des statistiques fournies par les pétrolières elles-mêmes, mais rédigé par David Suzuki, un vilain écologiste extrémiste anti-pétrole allergique à l’essence… de vanille : « Depuis 2006, plus de 3,4 millions de litres de combustibles fossiles ont, chaque année, fui accidentellement des pipelines en Alberta. Un litre de pétrole déversé dans l’environnement peut contaminer un million de litres d’eau souterraine. »

Et pourtant, selon Pratte, accepter, pour des pinottes et une poignée de jobs, de contaminer notre environnement à jamais et surtout à nos frais, et non à celui de ses boss et des autres actionnaires de l’industrie pétrolière, serait un projet « Bon pour le Québec ».

Mais curieusement « Mauvais pour la Colombie-Britannique et les USA », puisque des projets de pipelines vers l’Ouest et le Sud sont présentement bloqués. Faut croire que Pratte confond ce qui est bon pour le Québec avec ce qui est bon pour ses patrons.

Un premier superpétrolier transportant le très toxique pétrole des sables bitumineux albertains est parti de Sorel-Tracy, il y a quelques semaines. Et André Pratte a voulu rassurer la population sur les dangers d’utiliser le fleuve Saint-Laurent afin d’exporter l’or noir albertain appartenant entre autres à ses patrons vers les marchés étrangers.

Bref, ne paniquez pas, même si les superpétroliers touchent presque le fond du fleuve, car ça serait aussi le cas pour les plus petits pétroliers… Euh, sommes-nous supposés être plus rassurés ?!

Remarquez que Pratte est sincère dans son désir de nous rassurer. Le hic est qu’il n’y arrive pas.

Le Québec a tout à perdre d’accepter des projets d’exportation massive de pétrole sur son territoire, par pipelines ou par superpétroliers, qui contamineront assurément tôt ou tard notre environnement. Des terres agricoles aux nappes phréatiques, aux rivières et aux lacs, jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Pas étonnant que plusieurs citoyens soient inquiets.

« Une inquiétude que l’industrie ne parviendra pas à calmer en raison de sa renversante incapacité à expliquer ses activités de façon convaincante », a étonnamment ajouté Pratte. Le problème pour ce « lobbyiste » déguisé en journaliste demeure cependant que lui-même n’est guère plus convaincant.

Et ce n’est certainement pas en banalisant le départ du premier superpétrolier en direction des marchés étrangers, avec un titre d’article comme « Il était un très gros navire », que Pratte y arrivera.

Un clin d’œil humoristique à la chanson enfantine « Il était un petit navire » visant à dédramatiser la situation, alors qu’on parle d’une comptine de tragédie évitée par miracle, comme par la magie de Disney !

Rappelons que les paroles mentionnent que le plus jeune matelot à bord du petit navire, encore enfant (!), est menacé d’être sacrifié par l’équipage affamé. Il parvient toutefois à éviter miraculeusement la mort par cannibalisme grâce à l’arrivée providentielle d’une immense quantité de poissons…

Une belle chanson métaphorique à analyser sur un projet apparemment « bon » pour le Québec, n’est-ce pas ? Il serait d’ailleurs intéressant de demander à Pratte, QUI personnifient, dans la VRAIE VIE, le plus jeune matelot encore enfant risquant d’être sacrifié, l’équipage de cannibales affamés, et les poissons ?

Pour le casting de cette histoire malheureusement dépourvue d’un happy end, peut-on donner le rôle principal de l’enfant sacrifié aux générations futures et à Mère nature donnée en sacrifice à l’industrie pétrolière, en changeant l’équipage affamé de nourriture par les patrons de Pratte et les autres actionnaires cupides, même s’ils sont sans doute tous déjà millionnaires ou milliardaires ?

Quant aux pauvres poissons de cette histoire d’horreur, je vous laisse compléter la distribution des rôles en usant de votre imagination…

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