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The Fourth Revolution L'État Zéro
N° 335 - décembre 2014
2 500 techniciens d’Hydro-Québec sans contrat de travail depuis décembre 2013
3 points litigieux : salaires, sous-traitance et retraites
Pierre Dubuc
Le 5 septembre dernier, les membres du Syndicat des technologues d’Hydro-Québec (SCFP 957-FTQ) entreprenaient des moyens de pression pour faire débloquer leurs négociations avec la société d’État. Les médias ont peu parlé de ce conflit, même si plus de 600 employés ont été suspendus à ce jour, pour des périodes de 1 à 6 jours, pour avoir fait du piquetage.

« Nous respectons les services essentiels. Nous n’avons pas voulu prendre la population en otage. Nous ne ciblons que les endroits qui servent à l’exportation d’électricité et ne faisons grève que sur le temps supplémentaire, qui est normalement obligatoire », de nous expliquer Jean-Yves Paquin et Michel Drapeau, respectivement porte-parole et président de cette unité syndicale.

Les deux sont particulièrement fiers de l’appui de leurs membres. « Nous avons, depuis le mois de juin, un mandat de grève voté à 95 % par scrutin secret. Nos membres sont tellement conscients de l’importance des enjeux en cours qu’ils ont accepté à 86 %, au mois d’octobre, de doubler le montant des cotisations syndicales pour la durée du conflit. »

Les 2 500 techniciens que représente le Syndicat sont sans contrat de travail depuis le 31 décembre 2013. Les trois principaux points d’achoppement sont les salaires, la sous-traitance et le régime de retraite.

Michel Drapeau rappelle qu’Hydro-Québec a encaissé des profits records de 2,94 milliards $ pour l’exercice 2013 ; et déjà pour le deuxième trimestre de 2014, les profits sont en hausse de 406 M $ par rapport à l’année précédente. « Il serait normal que les travailleurs qui permettent cet enrichissement collectif puissent en toucher une partie », lance-t-il.

Un autre objet de litige est le recours à la sous-traitance et son coût. « Avant la crise du verglas en 1998, à la division d’affaires Distribution », nous explique Jean-Yves Paquin, « toute l’ingénierie se faisait à l’interne. Mais la crise du verglas a entraîné un recours à la sous-traitance. Depuis, la moitié de la charge de travail est donnée en sous-traitance. On veut avoir de l’information afin de pouvoir comparer les coûts entre les travaux effectués par le secteur privé avec ceux rendus par le secteur public. Hydro-Québec refuse de les fournir. Nous avons tenté de les obtenir par la loi d’accès à l’information. Mais sans succès. »

Les négociations sont également au point mort sur le régime de retraite. Les travailleurs d’Hydro-Québec ont un régime de retraite privé. Mais ils craignent que le gouvernement légifère un jour, comme dans le cas des employés des municipalités, pour que le coût du service courant soit abaissé à 18 %. Il est actuellement à 22,8 %.

Les membres de la section 957 ont également des craintes pour la pérennité de leur régime de retraite. « En 1999, raconte Michel, nous nous sommes entendus avec Hydro-Québec pour un congé de cotisation plutôt que de privilégier des augmentations de salaires. Il faut dire que notre caisse de retraite était capitalisée à 115 %, le pourcentage que la loi ne permettait pas de dépasser. En 2004, on a recommencé à cotiser ».

« En 1999, enchaîne Jean-Yves, nous avons aussi négocié une “ clause banquier ” avec la société d’État. Hydro-Québec s’engageait à couvrir, si nécessaire, les besoins financiers du régime versus les cotisations salariales et patronales prélevées. Ces montants comptabilisés portaient intérêt, selon le rendement annuel du régime. La crise financière de 2008 nous a obligés d’y avoir recours. Les intérêts ont été de l’ordre de 11,7 % par année en moyenne pour la période de 2009 à 2013. Cela représente une somme de 1,357 milliards $ en intérêts à payer à Hydro-Québec à même le régime de retraite ».

La « clause banquier » prévoit, une fois la santé financière rétablie, qu’Hydro-Québec se remboursera par un congé de cotisations.

« Le problème, c’est que les intérêts dus à l’employeur dépassent largement le montant du remboursement que peut prélever Hydro-Québec, qui est équivalent à sa cotisation annuelle au régime. Par exemple, pour l’année 2013, le montant des intérêts s’élève à 537 millions $, alors que le montant des cotisations, dont Hydro peut prendre congé, est de 176 millions $. Les seuls intérêts font donc grimper la dette de 361 millions. Et ce sera comme cela à chaque année, si on ne renégocie pas cette clause banquier », souligne Jean-Yves.

« Notre régime est aujourd’hui capitalisé à 115 % et son taux de solvabilité est de 97 %. Si ce n’était de la dette issue de la clause banquier, il serait en excellente santé financière. Mais sa pérennité est compromise, si nous laissons aller les choses », de soutenir les deux syndicalistes.

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