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Comment ça trop de commandites ?
N° 210 - juin 2002

Pelure de banane à la une du Globe and Mail
François Parenteau
Il y a quelques temps, André Pratte de la Presse se demandait pourquoi l’anodine nouvelle d’une pelure de banane lancée sur la glace du centre Molson en un geste présumément raciste à l’endroit du gardien Kevin Weekes (de race noire) avait fait la une du Globe and Mail. Son texte était tout en sous-entendus. Il est pourtant plus que temps qu’on le dise clairement0 encore ici, nous avons affaire à une forme de «Quebec bashing» primaire auquel on donne trop souvent libre cours au Canada. C’est ce qu’a soulevé Normand Lester dans son livre pourtant décrié partout (y compris dans les pages de la Presse, si je me souviens bien) comme étant biaisé et exagéré. C’était vrai pour le ton, mais ça ne suffisait pas à discréditer le fond.François Parenteau

Trop souvent, les médias anglophones se font un loisir de nous dépeindre comme une tribu de fascistes consanguins. Est-ce par peur de la différence, par besoin de se trouver un ennemi, par ennui ? Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage…

Et ce n’est pas qu’une réaction de souverainiste amer 0 si un investisseur de race noire hésite un jour entre s’installer à Boston ou à Montréal et qu’il finit par choisir Boston après avoir vu cette nouvelle choquante en une d’un journal canadien, c’est tout le Canada qui vient de perdre un contrat. En ce sens, l’acharnement de certains médias dans le dénigrement du Québec est – tant que le Québec fait partie du Canada – un comportement… anti-canadien!

Que ce geste ait été stupide et mérite d’être dénoncé ne fait aucun doute. (D’ailleurs, qui nous dit qu’il n’a pas été commis par un touriste étatsunien ?) Mais de là à en faire une nouvelle de première page… cela cache (mal) une intention de dénigrer, bien plus qu’une noble quête de vérité. Et si cette pratique a si souvent cours, c’est qu’elle se fait en toute impunité. Le monde anglo-saxon n’a rien à craindre du Québec et peut donc délirer sur son cas sans craindre de réaction.

André Pratte se contente de poser la question dans la Presse. C’est pourtant aux médias anglophones qu’il faudrait la poser. Ou alors, pour égaliser les choses, il faudrait que la Presse relève en une tous les gestes anti-québécois commis au Canada. J’ai entendu parler (plus d’une fois !) d’amis qui, en voyage dans l’Ouest canadien, ont vu le pare-brise de leur voiture fracassé, semble-t-il pour la seule raison que leur véhicule arborait une plaque du Québec. Les histoires de ce genre sont nombreuses et il me semble que c’est au moins aussi pertinent de les relever que de parler d’une nouvelle bouteille de ketchup anti-jus…

Outre l’impossibilité que la fédéraliste Presse adopte cette position, ce serait de toutes façons donner là de l’importance à des gestes d’imbéciles isolés pour servir (maladroitement) une cause politique. Mais si les médias canadiens le font pour nos gestes imbéciles, c’est pour la même raison. Et cette cause n’est pas l’unité canadienne. Si on voulait être très indulgent, on pourrait croire à un amalgame malheureux entre Québécois et indépendantistes par de fiers Canadiens mal informés réagissant à la menace du déchirement de leur « plusse beau pays du monde ». Mais, vu l’imminence actuellement très improbable de cet événement, ce serait de la naïveté.

C’est la preuve, en fait, que l’unité canadienne ne sera réellement accomplie aux yeux du reste du Canada que quand nous leur serons complètement identiques. Ils peuvent bien venir nous dire qu’ils nous aiment quand on est sur le point de partir, le reste du temps, ils n’ont de cesse de nous déprécier. Notez au passage la ressemblance de ce comportement avec celui des maris abusifs…

Si le même geste était survenu à Calgary, je doute qu’on en eut fait une pareille histoire. La volonté cachée, ici, c’est de prouver la valeur moralement inférieure de la société québécoise et donc justifier l’écrasement de toutes ses aspirations, qu’elle reste à l’intérieur du Canada ou qu’elle le quitte.

Ne nous le cachons pas, c’est la volonté d’assimilation de tout ce que le Québec a de différent qui se drape ici dans la vertueuse cape de la lutte au racisme. Exagérer ce fait serait travailler à l’avènement d’une indépendance inquiétante parce qu’obtenue par le ressentiment – et donc, à mon avis, ça ne marcherait pas puisque la moindre ombre d’une inquiétude suffit à faire gagner le Non. Par contre, se le cacher, c’est servir une unité canadienne menaçante parce que maintenue par la honte de ce que nous sommes.

Mais le reconnaître, ça, d’un côté comme de l’autre, c’est essentiel.

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