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Les deux mains sur la barre
N° 333 - octobre 2014

Postfaces
Micheline Lachance et Pierre Godin
On a les médecins qu’on mérite

Les médecins sont-ils arrogants, monopolistes et mercantiles ? Sous le règne du trio Couillard/ Barette/Bolduc, la question est plus que jamais d’actualité. Dans leur ouvrage, Denis Goulet et Robert Gagnon affirment que l’évolution de la médecine est le reflet de la société québécoise, avec ses retards et ses avancées.

On aurait tort, disent-ils, de penser que la pénurie de médecins et le débordement des urgences sont propres à notre époque. Et, hier aussi, la corruption gangrénait le système, notamment à l’Hôpital Jean-Talon, en 1961, où pots-de-vin et financement illégal de partis politiques se pratiquaient en toute impunité.

Mais la médecine au Québec, c’est aussi une histoire de progrès fulgurants dans les pratiques médicales, même si le chemin a été ardu, depuis l’époque des premières transfusions sanguines jusqu’à nos jours.

Au fil des pages, on découvre les difficultés des praticiens francophones du 19e siècle, confrontés au monopole de la faculté de médecine de l’université McGill, les changements nés de l’État-Providence et, à partir de 1970, l’arrivée massive des femmes longtemps exclues de la profession. Un ouvrage qui intéressera le grand public aussi bien que les professionnels de la santé.

Histoire de la médecine au Québec 1800-2000, Denis Goulet et Robert Gagnon, Septentrion, 2014

Le viol des femmes autochtones

N’en déplaise au premier ministre Harper, qui s’obstine à refuser la tenue d’une commission d’enquête sur la violence faite aux femmes autochtones, le problème est racial. Selon Amnesty International, une Amérindienne sur trois est victime d’un viol au cours de sa vie. La plupart du temps, l’agresseur est un Blanc et son crime demeure impuni.

Dans un roman bien documenté (élu meilleur livre de l’année par les libraires américains), Louise Erdrich, elle-même de sang mêlé, raconte l’agression sauvage de Geraldine dans une réserve du Dakota du Nord, en 1988.

La malheureuse réussit à s’échapper, mais, aussi terrorisée qu’anéantie, s’enferme dans un mutisme complet. Son mari, juge autochtone au tribunal pénal, sait que la justice américaine répugne à traiter les affaires de viol impliquant des Indiens. Sans trop d’espoir, il cherche le coupable.

Son impuissance révolte Joe, son fils de 13 ans, qui lui reproche d’être juste bon à punir les « voleurs de hot-dog ». Puisque, dans son propre pays, la justice n’existe pas pour les siens, l’adolescent vengera lui-même sa mère.

Dans le silence du vent, Louise Erdrich, Albin Michel, 2014

Accoucher chez les Inuits

Pleins feux sur le Nord québécois où les femmes inuites sont, elles aussi, injustement traitées. À la fin du premier tome du roman de Vania Jimenez (Postfaces, janvier 2014), Lucy, médecin née de mère inuite, fuyait son passé obsédant en s’appropriant l’identité de sa sœur adoptive, May, sagefemme morte subitement.

Dans le deuxième, Lucy fonde une maternité dans le village fictif d’Akilliq, afin de permettre aux Inuites d’accoucher près des leurs, sans avoir à s’expatrier ni à sacrifier leurs croyances. Avec la vieille sagefemme Winnie qui l’initie aux traditions inuites, Lucy apprend aussi à tailler la pierre, comme si l’une et l’autre savaient intuitivement que la sculpture la libérerait de ses fantômes.

L’auteure, qui a pratiqué la médecine pendant sept ans dans le Nord, nous décrit un monde dur. L’alcool, la drogue et le chômage sont le pain quotidien des Inuits. Ils engendrent la violence, en particulier chez les jeunes désœuvrés. Ce que l’on sait moins, c’est que les humanitaires blancs soi-disant là pour les aider à s’en sortir cachent parfois des motivations coupables. D’où les tensions et les accusations de racisme qui menacent les fragiles acquis. De ce sombre portrait filtre néanmoins l’espoir.

Je suis une pierre brûlante, partie II, Vania Jimenez, Druide, 2014

Le Tiananmen des ouvriers chinois

Place Tiananmen, à Pékin. J’y étais, six mois avant le massacre des étudiants ordonné par les monstres à visage humain du Parti communiste chinois. C’était encore le « printemps chinois » et notre guide, une étudiante, était convaincue que la démocratie et ses libertés finiraient par prévaloir.

Han Dongfang s’y trouvait, lui, pendant le carnage de juin 1989. Ouvrier, il venait de fonder le premier syndicat indépendant de Chine et soutenait la lutte des étudiants. On lui a tendu un porte-voix et il a harangué les manifestants au vu et au su des espions de la dictature chinoise mêlés à la foule. Erreur fatale. Deux ans de prison suivis d’une expulsion. Il ne remettra jamais les pieds dans son pays.

C’est de Hong Kong qu’il dirigera son combat pour la défense des droits bafoués de millions de travailleurs chinois. La « révolution » qu’il prêche sur Radio Free Asia et dans le China Labour Bulletin, c’est celle du syndicalisme, seul outil capable, selon lui, de libérer les ouvriers chinois de leurs misérables conditions de vie.

Mon combat pour les ouvriers chinois, Han Dongfang, Michel Lafon, 2014

Piège à ours

Andrée A. Michaud a planté son décor à Boundary Beach, un village américain à cheval entre la Beauce et le Maine où, petite fille, elle passait ses vacances en famille. Elle a fouillé dans sa mémoire pour retrouver la plage sablonneuse, la forêt dense et les odeurs de barbecue.

Retour sur l’été 1967. Un drame bouleverse « Bondrée », appellation qui tire son origine de Boundary (frontière). Deux ados écervelées et impolies, Zaza et Sissy, l’une blonde l’autre rousse, promènent leurs longues jambes nues dans le village en se trémoussant.

Un soir, Zaza disparaît. Tous les villageois ratissent la forêt. On la retrouve morte, enferrée dans un piège à ours rouillé. Un stupide accident ? Lorsque Sissy se volatilise à son tour, c’est la panique. On ne croit plus à un coup du destin.

Renaît alors la légende voulant que Pierre Landry, alias Peter Laundry, un trappeur qui s’est pendu autrefois, soit revenu parmi les vivants. Sinon, comment expliquer ces pièges qui réapparaissent chaque fois qu’une fille manque à l’appel ?

Le doute s’installe dans l’esprit du lecteur, car les assassins potentiels sont nombreux. L’écheveau se démêle peu à peu et l’on est impressionné par le talent de Michaud pour entretenir le mystère.

Bondrée, Andrée A. Michaud, Québec Amérique, 2014

L’espionne amoureuse

Qui dit espionne, dit Mata-Hari, la célèbre barbouze nazie qui fait de l’ombre aux espionnes de l’ombre tombées durant la Seconde Guerre mondiale. Dans son roman, Simon Mawer raconte l’odyssée périlleuse de l’une des 39 Françaises parachutées sur la France occupée par les services secrets anglais (S.O.E.).

Marian poursuit une double mission. La sienne : laver l’honneur de la France dévoyée par la collaboration avec les nazis. Et celle qu’on lui a confiée : évacuer vers l’Angleterre Clément, physicien français spécialiste du nucléaire dont l’expertise vaut son pesant d’or pour les Alliés en train de construire la bombe atomique qui mettra fin au conflit.

La belle Marian (Alice, de son nom d’agent secret) s’expose aux dangers inhérents au métier de Mata-Hari, mais, ce qui n’était pas prévu, elle s’amourache de Clément. Elle réussit à faire monter celui-ci dans l’un des avions anglais qui, de nuit, propulsent sur la France occupée des conteneurs remplis d’armes destinées à la Résistance.

Toutefois, au dernier moment, elle sacrifie l’amour. Les larmes aux yeux, « l’espionne Alice » convainc « Marian l’amoureuse » que sa mission n’est pas terminée. Elle ne s’envolera pas avec son amant. Acte d’héroïsme qui lui coûtera cher, car les services allemands l’ont repérée.

La fille qui tombe du ciel, Simon Mawer, Cherche-midi, 2014

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