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Les deux mains sur la barre
N° 333 - octobre 2014
Analyse d’À gauche ou rien, un article de Richard Martineau
On ne fera pas l’indépendance en alignant des sophismes
Martin Lachapelle
Conflits d’intérêts, sophismes délirants, contradictions flagrantes, sans oublier projections et contre-productivité navrantes. Voilà en quelques mots mon analyse de l’article « À gauche ou rien », publié par Richard Martineau, sur son blogue du Journal de Montréal, le 1er septembre dernier.

Article dans lequel le « franc-tireur » prétendument indépendantiste, qui est sûrement aussi libre de toute influence patronale que son ancien collègue de télé et compétiteur Patrick Lagacé (au service de l’empire Desmarais, proche du Parti libéral), prend quand même une sérieuse longueur d’avance sur le titre d’employé du mois préféré de PKP, le candidat-fantôme dans la course à la chefferie du PQ, avec sa ridicule sortie contre les vilains gauchistes et syndicalistes indépendantistes du SPQ-Libre.

C’est que Martineau les accuse de nuire à la cause du OUI, en faisant du « tataouinage » au sujet de la « couleur de la casquette du capitaine ». Une référence pas trop subtile à leur opposition à la candidature de PKP, son boss, selon une expression de Pierre Falardeau visant à donner des leçons de solidarité indépendantiste aux gauchistes...

« Amis lecteurs, j’ai un sacré scoop pour vous ! », écrit Martineau en introduction de son article, au sujet de l’interminable et délirante question référendaire de son cru attribuée à Marc Laviolette et aux membres du SPQ-Libre, afin de les faire passer pour une bande de gauchistes indépendantistes radicaux et illuminés.

Une question en deux segments de plus de 200 mots remplie de clichés anti-gauchistes, déguisés en conditions prétendûment exigées par la « vilaine » gauche syndicaliste et indépendantiste du PQ, que Martineau déteste, afin que celle-ci accepte de faire du Québec un pays.

C’est à peine si Martineau n’a pas ajouté dans sa délirante question, pour faire du Québec « le plusse meilleur pays du monde » gauchiste, la condition de changer le code de la sécurité routière pour interdire les virages à droite !

Bref, une belle démonstration de sophisme sur l’art d’exagérer le discours de ses adversaires, pour les discréditer, qui aura au moins eu le mérite de nous faire rire et de nous démontrer que Martineau en fume du vraiment puissant !

Tellement que plus de la moitié de son article repose non pas sur des faits, mais relève de la fabulation. Hallucinant. Et le gars est grassement payé pour faire ça. (Même si ça ne comptera pas dans les dépenses électorales OFFICIELLES de PKP.)

Martineau excelle dans l’art d’amplifier et de déformer les propos ou les intentions de ses adversaires. On parle d’une véritable incarnation en chair et en os d’un téléphone arabe et acide sur deux pattes. Un vrai pro de la caricature grossière et mensongère visant à faire mal paraître ses adversaires.

Or, le problème est que cela contrevient directement aux règles sur la bienséance argumentative, tel que l’indique justement l’ouvrage « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » publié par le professeur, auteur et chroniqueur Normand Baillargeon :

« Règle # 3 : La critique d’une thèse doit porter sur la thèse réellement avancée. Sophismes : attribuer à quelqu’une une thèse fictive ou déformer sa position par simplification ou exagération. » (Page 85)

Première contradiction : Le plus ridicule dans tout ça avec cette sortie contre Marc Laviolette, le SPQ-Libre et les autres « vilains gauchistes » et syndicalistes indépendantistes du PQ, qui nuiraient apparemment au parti et au projet de faire du Québec un pays en voulant supposément les monopoliser et les attacher à une multitude de conditions, est que Martineau a pourtant dit exactement le contraire, il y a peine 5 mois, dans un autre article intitulé « Le mythe des souverainistes de droite », publié sur son blogue le 23 avril dernier :

« Pendant longtemps, j’ai cru moi aussi que l’avenir du PQ passait par une ouverture à droite. Mais j’y crois de moins en moins. Contrairement à Martin Lemay, je ne pense pas que le projet souverainiste a été détourné par la gauche. Je crois que le projet souverainiste est essentiellement un projet de gauche. Il vivra grâce à la gauche ou il mourra à cause de la gauche. Mais il restera de gauche, qu’on le veuille ou pas. Regardez ce qui s’est passé, ces dernières années : chaque fois que le PQ a pris un virage un peu plus à droite (avec André Boisclair, qui était perçu comme pro-business, et Pauline Marois, qui a effectué un virage à droite après avoir flirté avec les étudiants et les écolos), les gens l’ont déserté. ».

Deuxième contradiction : Quelques jours après s’être attaqué à Marc Laviolette, Martineau l’a ensuite invité à son émission des Francs-Tireurs pour une courte entrevue. Fait intéressant, Martineau a mentionné le passage de Laviolette à son émission de télé sur son blogue de Québecor, convergence personnelle et professionnelle oblige, avec le message suivant en guise de présentation :

« Marc Laviolette de l’aile gauche du PQ nous dit pourquoi il ne veut pas de PKP à la tête de son parti — même si l’homme est peut-être le mieux placé pour vendre l’indépendance ! ». (Notez que cette publicité pro-PKP a aussi été autorisée par l’agent fantôme officiel de sa course à la chefferie.)

Le chat sort du sac. On comprend mieux de qui Martineau parlait en faisant référence au « capitaine » dont il ne faudrait pas se soucier de la couleur de la casquette. PKP serait « peut-être le mieux placé pour vendre l’indépendance » ? PKP ? L’exception qui confirme la règle de Martineau sur « Le mythe des souverainistes de droite » ?

Or, si Martineau a admis que le PQ provoque une désertion « chaque fois que le PQ a pris un virage un peu plus à droite », comment peut-il affirmer que le super droitiste néo-libéral PKP serait le meilleur candidat à la chefferie du PQ pour « vendre l’indépendance » ? Aussi contradictoire qu’illogique, selon son propre raisonnement. Autre bel exemple de contradiction.

Troisième contradiction : Si Martineau affirme que le succès du projet indépendantiste et du PQ dépend essentiellement de la gauche, et si PKP représente l’exception qui confirme la règle de sa propre théorie sur « Le mythe des souverainistes de droite », cela signifie donc que PKP est condamné à devenir un chef péquiste gauchiste.

Et cela signifie aussi que Martineau, en tant que prétendu partisan du OUI, totalement allergique aux gauchistes, représenterait donc lui-même un obstacle direct à la cause indépendantiste condamné à changer s’il veut faire du Québec un pays. On a trop hâte de voir les transformations extrêmes.

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