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Les deux mains sur la barre
N° 333 - octobre 2014
Il ne faudrait pas qu’un entêtement provoque une crise sociale
Lettre ouverte à Philippe Couillard
Collectif*
Montréal, le 15 septembre 2014

Monsieur le Premier Ministre,

Nous sommes les représentants de regroupements de plusieurs milliers de retraités qui ont décidé de joindre les rangs de la coalition créée en mars dernier pour une libre négociation des régimes de retraite. Nous sommes dans un contexte politique où nos régimes et nos droits sont menacés par le projet de loi 3. Nous avons entrepris une mobilisation nationale des retraités du Québec. Les retraités ne sont pas en retrait et revendiquent leur place au côté des actifs de tous âges quant à leurs préoccupations communes.

Si nous avons décidé de vous faire parvenir cette lettre et de la publier, c’est pour vous faire part de notre inquiétude et de notre indignation, des raisons qui les motivent et de nos demandes et suggestions pour l’avenir.

Vous n’êtes pas sans savoir les protestations de plus en plus nombreuses qui entourent le débat autour du projet de loi 3 : communiqués, déclarations de plusieurs maires, avis d’experts nombreux, manifestations et pétitions et autres démarches se sont multipliées ces dernières semaines pour alerter le gouvernement que vous dirigez contre le contenu, les objectifs et la procédure impliquée dans ce texte législatif.

Les auditions publiques tenues dans le cadre de la Commission parlementaire de l’aménagement du territoire dans les derniers jours du mois d’août n’ont fait qu’amplifier ce mouvement d’opposition. Au-delà des associations de retraités ex-employés municipaux, d’importantes associations de retraités comme l’AREQ, l’AQDR, la FADOQ ou l’AQRP, qui regroupent plusieurs centaines de milliers d’aînés québécois, ont présenté un mémoire, défendu une position très critique face au projet de loi 3, et réclamé avec une forte unanimité le retrait ou la refonte du texte proposé.

Nous avons été très déçus de l’intransigeance du ministre Pierre Moreau, face aux interrogations et aux propositions faites en Commission. Le ministre apparaissait comme ayant déjà bloqué sa décision finale, n’acceptant que des suggestions de surface et de détail. Le ministre Pierre Moreau parle uniquement d’ajustements à son projet de loi. Malgré les oppositions de plus en plus nombreuses, et claires, malgré les appels à nuancer plutôt que de maintenir une approche généralisante qui ne prenne pas en compte les efforts déjà accomplis localement pour résorber les déficits et assurer la pérennité des régimes, et malgré les conséquences prévisibles des inévitables conflits juridiques qui découleront de l’adoption du texte législatif, dans sa formule actuelle.

Nombreuses et solidement argumentées ont été les interventions qui dénonçaient l’appauvrissement des retraités, en particulier des femmes, le non-respect des accords négociés et signés, la rétroactivité des mesures prévues et, plus globalement, l’absence d’une politique globale du vieillissement. Au bilan, l’impassibilité ministérielle nous porte à croire en une volonté gouvernementale de réduire les droits à une retraite décente et d’opérer un nivellement par le bas, sous prétexte d’assainissements budgétaires à très courte vue. Premier acte d’une révision systématique des programmes et des services qui vient menacer directement le contrat social laborieusement négocié depuis les débuts de ce que nous avons appelé la Révolution tranquille. L’annonce faite de consultations organisées par le ministre François Blais en vue d’une loi identique dans ses effets en milieu universitaire nous a démontré encore plus clairement la réalité de cette menace.

Il n’est pas inconvenant de vous signaler, Monsieur le Premier Ministre, que derrière ceux et celles qui protestent et que vous tentez de faire passer pour des « gras durs » et des papy boomers trop exigeants, se trouvent concernés des centaines de milliers de retraités, électeurs et électrices qui vont garder en mémoire les attaques subies et les mesures imposées et vous les rappeler le moment venu.

C’est pourquoi nous vous demandons instamment :

• de retirer dès à présent le projet de loi 3 dans sa forme actuelle ;

• de laisser se dérouler une libre négociation entre les partenaires sociaux directement concernés, dans les municipalités où les efforts sont encore insuffisants ou trop lents ;

• de faire examiner les divers moyens aptes à donner aux retraités et à leurs représentants la possibilité de participer plus étroitement et plus démocratiquement aux décisions qui les concernent, particulièrement en matière de sécurité du revenu de retraite, et ce sans compromettre ni parasiter le processus de négociation habituel entre employeur et employés syndiqués ;

• de soumettre à l’examen la plateforme de la coalition pour une retraite décente qui regroupe, depuis 2011, 70 organismes en faveur d’une nette amélioration du Régime des Rentes du Québec, qui permettrait incidemment d’alléger le fardeau des régimes à prestations déterminées ;

• d’agir avec les sept provinces (dont l’Ontario) favorables à une amélioration similaire du RRQ et du RPC et qui se heurtent au refus du gouvernement fédéral ;

• de faciliter à plus long terme la tenue d’États généraux sur l’avenir du système de retraite au Québec et sur une vraie politique du vieillissement unanimement réclamée.

Nous sommes résolus et déterminés à poursuivre et intensifier nos actions collectives, en alliance avec les personnels actifs des régimes de retraite et leurs syndicats.

Parallèlement, cette lettre que nous vous faisons parvenir sera signée par tous les représentants des groupes d’aînés et de retraités qui voudront se joindre à nous et à la Coalition syndicale pour la libre négociation.

Monsieur le Premier Ministre, il ne faudrait pas qu’un entêtement gouvernemental provoque une crise sociale. Nous ne le souhaitons pas et nous vous invitons à une réflexion sérieuse et globale sur les enjeux de ce que nous considérons comme une faute politique déjà très dommageable. Dans l’espoir que notre message de ce jour soit convaincant et efficace, nous vous assurons de notre active solidarité de retraités, en lien étroits avec les générations qui nous suivent, toujours actifs dans la vie québécoise et son développement collectif.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de notre considération citoyenne.

*François Teasdale et Jean Carette, Espaces 50+

*Louis Larivière, Regroupement des syndicalistes à la retraite (RSR membre du Conseil régional FTQ du Montréal Métropolitain.)

*Yves Raymond, Regroupement des syndicalistes à la retraite (RSR, membre du Conseil régional FTQ de Laurentides-Lanaudière)

*Claude Parent, Fédération des syndicalistes à la retraite du Québec

*Louisette Hinton, Association des syndicalistes à la retraite du Canada (ASRC, membre du Congrès du Travail du Canada-CTC)

*Louis Proulx, Jacques Beaudoin, Ghislain Girard, Luc Lemieux, Organisation des retraités du transport de Montréal (ORETM, employés d’entretien de la STM)

*Yvon Riel, Association des retraités du transport de Montréal (Cols blancs, chauffeurs et cadres de la STM)

*Marcel Guillotte, Organisation des retraités cols bleus de Montréal

* Mario Lapointe, es Retraités du 429 (Cols blancs de la Ville de Montréal membre du Syndicat des Fonctionnaires municipaux de Montréal)

*André Grandchamps, Conseil régional FTQ du Montréal Métropolitain

*Marc Ranger, Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP)

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