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Les deux mains sur la barre
N° 333 - octobre 2014
Quand les amis de nos ennemis deviennent nos alliés
Le projet de califat financé par l’Arabie saoudite
Michel Chossudovsky
Avec le soutien de la Grande-Bretagne, l’indéfectible allié des États-Unis, le président Barack Obama a ordonné une série de bombardements états-uniens sur l’Irak visant apparemment à vaincre l’armée rebelle de l’État islamique (EI).

Par une cruelle ironie du sort, les rebelles de l’EI, anciennement connu sous le nom « État islamique en Irak et au Levant » (EIIL), étaient jusqu’à tout récemment présentés comme « des combattants de la liberté de l’opposition » en Syrie, dévoués au « rétablissement de la démocratie » et au renversement du gouvernement laïc de Bachar al-Assad.

Et qui était derrière l’insurrection djihadiste en Syrie ? Aujourd’hui, ceux qui ont ordonné les bombardements sont ceux qui sont derrière le projet de califat.

Les milices de l’EI, qui sont actuellement la cible présumée d’une campagne de bombardements des États-Unis et de l’OTAN en vertu d’un mandat de « lutte au terrorisme », ont été et sont toujours soutenues clandestinement par les États-Unis et leurs alliés.

Autrement dit, l’État islamique a été créé par le renseignement états-unien, avec le soutien du MI6 britannique, du Mossad israélien, de l’Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanais et l’Al Mukhabarat Al A’amah de l’Arabie saoudite ou General Intelligence Presidency (GIP).

Par ailleurs, selon des sources du renseignement israélien (Debka), l’OTAN, en liaison avec le haut commandement turc, était impliqué dans le recrutement de mercenaires djihadistes dès le début de la crise syrienne en mars 2011.

Au cours de l’insurrection syrienne, les combattants de l’État islamique ainsi que le Front Al-Nosra – des forces djihadistes affiliées à d’Al-Qaïda – sont les fantassins de l’alliance militaire occidentale. Ils sont secrètement soutenus par les États-Unis, l’OTAN et Israël. Leur mandat consiste à mener une insurrection terroriste contre le gouvernement de Bachar al-Assad et les atrocités commises par leurs combattants en Irak sont similaires à celles commises en Syrie.

En raison de la désinformation médiatique, l’opinion publique occidentale n’est pas informée que, dès le tout début, les terroristes de l’EI bénéficiaient du soutien des États-Unis et de leurs alliés.

Les décapitations de civils innocents par les terroristes de l’État islamique en Irak servent à justifier une intervention militaire états-unienne pour des « motifs humanitaires ».

Cependant, les bombardements ordonnés par Obama ne sont pas destinés à éliminer l’État islamique, qui constitue un « atout du renseignement » états-unien. Bien au contraire, les États-Unis visent la population civile ainsi que le mouvement de résistance irakien.

Fait amplement documenté, le soutien des États-Unis et de l’OTAN à l’État islamique est acheminé clandestinement par les plus fidèles alliés des États-Unis, à savoir le Qatar et l’Arabie saoudite. Les médias occidentaux ont reconnu que Riyad et Doha, agissant en liaison avec Washington et en son nom, ont joué (et jouent toujours) un rôle central dans le financement de l’État islamique, ainsi que dans le recrutement, la formation et l’endoctrinement religieux des forces mercenaires terroristes déployées en Syrie.

Ainsi, affirme le Daily Express de Londres : « Ils [les terroristes de l’EI] avaient de l’argent et des armes fournies par le Qatar et l’Arabie saoudite ».

« La plus importante source de financement de l’EI à ce jour provient des pays du Golfe, principalement de l’Arabie saoudite, mais aussi du Qatar, du Koweït et des Émirats arabes unis », selon le Dr Günter Meyer, directeur du Centre de recherche sur le Monde arabe à l’Université de Mayence, en Allemagne.

« Grâce à des alliés comme l’Arabie saoudite et le Qatar, l’Occident a soutenu des groupes rebelles militants qui ont depuis mutés en EI et autres milices liées à Al-Qaïda », selon le Daily Telegraph (12 juin 2014).

Selon le journaliste Robert Fisk, le projet de califat « a été financé par l’Arabie saoudite ».

« D’Alep, dans le nord de la Syrie, jusqu’aux environs de la frontière irako-iranienne, les djihadistes de l’EIIL et autres groupuscules divers payés par les wahhabites saoudiens, et des oligarques koweïtiens, règnent maintenant sur des milliers de milles carrés. » (Robert Fisk, The Independent, 12 juin 2014)

En 2013, dans le cadre de son programme de recrutement de terroristes, l’Arabie saoudite a pris l’initiative de libérer des condamnés à mort incarcérés dans les prisons saoudiennes.

Une note confidentielle a révélé que les prisonniers étaient « recrutés » pour rejoindre les milices djihadistes (y compris Al-Nosra et l’EIIL) afin de lutter contre les forces gouvernementales en Syrie.

On aurait fait aux prisonniers la proposition suivante : Être exécutés ou lutter contre Assad en Syrie. S’ils acceptaient d’aller combattre, on leur offrait un « pardon et une allocation mensuelle pour leur famille, autorisée à demeurer dans le royaume sunnite ».

Devant ce choix – décapitation ou djihad – des détenus du Yémen, de la Palestine, de l’Arabie saoudite, du Soudan, de la Syrie, de la Jordanie, de la Somalie, de l’Afghanistan, de l’Égypte, du Pakistan, de l’Irak et du Koweït ont choisi d’aller combattre en Syrie.

Le 11 septembre 2014, jour de la commémoration des attentats contre les tours jumelles à New York, le roi d’Arabie saoudite ainsi que les monarques des pays du Golfe ont annoncé leur soutien indéfectible à la guerre sainte d’Obama contre l’État islamique.

Le Qatar et l’Arabie saoudite, qui ont activement contribué au financement de l’État islamique, sans compter les terroristes qu’ils ont eux-mêmes recrutés et formés, ont promis d’appuyer fermement la campagne militaire d’Obama pour « avilir et finalement détruire » l’État islamique.

Dans leur déclaration d’appui, ils demandent aux « principaux pays arabes de travailler avec les États-Unis afin de mettre fin au flux de combattants et au transfert de fonds étrangers vers l’État islamique ».

Les dirigeants de l’Arabie saoudite ont fini par comprendre que le groupe État islamique constitue aussi une menace sérieuse pour leur pays, et qu’il ne s’agit pas d’un mouvement sunnite traditionnel.

L’un des éléments du plan d’Obama vise à saper les liens idéologiques et religieux entre l’EI et l’islam invoqués par les militants de l’État islamique. L’administration américaine espère que Riyad usera de son influence auprès des chefs religieux islamiques.

L’accord prévoit que la famille Al-Saoud sera « l’hôte d’un centre de formation pour des milliers de combattants rebelles syriens qui luttent à la fois contre l’État islamique et le régime du président Bachar al-Assad ».

Cette proposition est absurde. Jusqu’au 9 septembre, l’Arabie saoudite a « officiellement » soutenu l’État islamique contre le gouvernement de Bachar al-Assad et on lui confierait maintenant le recrutement de djihadistes pour combattre l’État islamique ?!

Bien que ces actions soient menées sous la bannière de la « guerre mondiale au terrorisme », les États-Unis n’ont pas l’intention de cibler leurs propres brigades terroristes de l’EI, intégrées aux forces spéciales et aux services de renseignement occidentaux. En réalité, la seule campagne crédible et efficace contre les terroristes islamiques de l’EI est menée par les forces gouvernementales syriennes.

Inutile de dire que le financement et l’appui des États-Unis, de l’OTAN, de l’Arabie saoudite et du Qatar vont se poursuivre. L’objectif n’est pas de détruire l’État islamique, tel que l’a promis Obama. Il s’agit plutôt d’un processus de déstabilisation et de destruction de l’Irak et de la Syrie, mené par les États-Unis. La campagne contre l’État islamique sert à justifier le bombardement des deux pays en ciblant principalement les civils.

Le but ultime est de déstabiliser l’État-nation que constitue l’Irak et de procéder à sa partition en trois entités distinctes.

L’objectif stratégique général des États-Unis et de l’OTAN consiste à déstabiliser toute la région du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Asie centrale et du Sud, incluant l’Iran, le Pakistan et l’Inde.

Traduction: Julie Lévesque

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