L'aut'journal
Le lundi 27 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Tous seront touchés
N° 332 - septembre 2014

Postfaces
Micheline Lachance et Pierre Godin
Indépendance : on repart à zéro

Kaput, la souveraineté ? Serge Cantin, prof de philosophie à l’UQTR se pose la question, même si elle fait mal, depuis la déconfiture du Parti Québécois de Pauline Marois, celle par qui ce malheur risque d’arriver.

Fédéralistes et libéraux, ces braqueurs du Québec francophone élus par le vote massif des anglophones et allophones, auront les mains libres pour nous faire revenir au vieux nationalisme de la survivance à papa d’avant la Révolution tranquille qui ne risque pas de les brouiller avec leur électorat anglophone.

Ou aux concepts fumeux d’interculturalisme et de « nation plurielle » à la Gérard Bouchard (sérieusement malmené par Cantin) qui, en mettant tout le monde sur le même pied, nient 300 ans d’histoire de la seule nation francophone d’Amérique du Nord.

Ce qui déprime Cantin plus que tout, ce sont les jeunes Québécois plus motivés par l’intérêt personnel que par des idées comme l’indépendance, or whatever. Des jeunes qui baragouinent le franglais et qui, faute de connaître leur histoire – l’école ne leur a pas enseigné –, ignorent d’où ils viennent, qui ils sont et où ils s’en vont.

Autant dire qu’ils ne sauraient répondre à la question existentielle de Cantin : de quoi payons-nous le prix : de la défaite ou d’avoir survécu à la Conquête ?

À l’en croire, lui pour qui la souveraineté est dans une impasse sans doute définitive, il ne nous reste plus qu’à fermer boutique pour nous occuper, avec Philippe Couillard, des « vrais problèmes ». C’est-à-dire du partage de la manne publique que les arrivistes et cupides de son entourage sont déjà en train de redistribuer à leurs amis et à ceux qui les ont élus.

Y a-t-il de l’espoir ? Il faut, conclut Cantin, que l’idée d’indépendance redevienne ce qu’elle a été : « scandaleuse, impensable, jeune. »

La souveraineté dans l’impasse, Serge Cantin, Les Presses de l’Université Laval, 2014

Le « rapport » de Lady Durham

Je croyais tout savoir de Lord Durham et de son fameux rapport. Or, le journal de sa femme Louisa apporte un éclairage révélateur sur ce gouverneur général du Bas-Canada éjecté de son siège après quelques mois seulement.

En particulier, sur sa réaction lorsque, le 19 septembre 1838, une gazette new-yorkaise lui apprend que Londres l’a désavoué pour avoir illégalement condamné huit patriotes à l’exil aux Bermudes.

Lady Durham raconte au jour le jour l’humiliation de son mari nourrie par les pressions du commandant en chef des armées britanniques John Colborne, pressé de le voir décamper pour pouvoir pendre les « rebelles ».

Quand, le lendemain de son départ, l’Inconstant touche accidentellement le fond du Saint-Laurent, il soupçonne « le pilote canadien-français de les avoir volontairement conduits dans cet écueil ».

Après Louisa, au tour de Jane, l’épouse d’Edward Ellice, le secrétaire du gouverneur, de nous décrire Sa Majesté « le roi Durham », un monarque orgueilleux sujet aux emportements.

Cependant, l’intérêt du journal de Jane Ellice, publié en seconde partie du livre, tient surtout à son récit des événements dont elle a été témoin à Beauharnois en novembre 1838. Lors de l’attaque du manoir, les insurgés les ont tirés du lit, elle et son mari.

Tandis qu’Edward était fait prisonnier, ils enfermèrent Jane à la cave en chemise de nuit « au milieu d’un groupe de voyous qui avaient des airs de Robespierre et étaient armés de fusils, de longs couteaux et de fourches. »

Dans le sillage des Patriotes, Lady Durham et Jane Ellice, Septentrion, 2013

Une fable afghane

Dès les premières pages, Khaled Hosseini nous plonge dans l’univers afghan, son pays d’origine. À l’heure du coucher, un père raconte à ses deux enfants, inséparables depuis la mort de leur mère, une fable dans laquelle un démon enlève les gamins pauvres sous prétexte de leur offrir une meilleure existence.

Nous sommes dans un village reculé et, tel le monstre de son allégorie, ce père indigent fait un geste qui bouleversera la vie de son fils Abdullah et de sa fille Pari.

L’auteur des Cerfs-volants de Kaboul signe ici une saga familiale compliquée, mais sa peinture des mœurs de ce pays martyr, meurtri par la guerre et la misère humaine, est saisissante.

Guidés par leur instinct de survie, ses personnages honteux et rongés par la culpabilité nous entraînent de Kaboul à Paris, puis d’une île grecque à la Californie.

Ainsi résonne l’écho infini des montagnes, Khaled Hosseini, Belfond, 2013

Gare aux futurs nazis

À trop s’approcher de la « bête », ne risque-t-on pas d’être contaminé ? Jack El-Hai s’est posé la question en observant le sort tragique d’un psy américain délégué par son pays aux procès de Nuremberg, après la Seconde Guerre mondiale.

La mission de Douglas Kelley : tracer le profil psychologique des chefs nazis jugés pour crimes contre l’humanité, afin de comprendre comment ils ont pu commettre autant d’atrocités. Dit autrement : les Hermann Göring, Rudolf Hess ou Joachim von Ribbentrop étaient-ils des fous ? Ou des êtres normaux, comme vous et moi ?

Après des mois d’entretiens, notamment avec Göring, un homme brillant et cultivé qui le séduisit, Kelley conclut qu’en dépit de leurs crimes monstrueux, les chefs nazis n’étaient pas des psychopathes.

Cette conclusion terrifiante le bouleversa au point de lui faire avaler, comme Göring au fond de sa cellule, une capsule mortelle de cyanure de potassium. Sa découverte signifiait qu’aucun peuple n’est à l’abri des comportements criminels prêtés aux nazis. Des comportements qui peuvent se répéter dans le futur pour le plus grand malheur de l’humanité.

Le Nazi et le Psychiatre, Jack El-Hai, Les Éditions de l’Homme, 2014

Arômes de Gaspésie

Changement de décor, direction la Gaspésie. Plus précisément Malabourg, un village imaginaire planté dans la baie des Chaleurs. Perrine Leblanc, dont le premier roman, L’Homme blanc, se déroulait en Sibérie, se déplace maintenant dans ce coin de pays qui a vu naître sa mère.

Trois jeunes filles sont assassinées, non pas par le vagabond que tous soupçonnent, mais par un petit potentat local respecté. Seule témoin de ces crimes, Mina fuit Malabourg pour oublier.

Elle débarque à Montréal en plein printemps érable et renoue avec Alexis, son ami gaspésien devenu parfumeur. Les pages consacrées aux arômes ne sont pas sans rappeler le beau roman de Patrice Süskind, Le Parfum.

Malabourg, Perrine Leblanc, Gallimard, 2014

Les raisins de la peur

Alaa El Aswany, l’auteur d’Automobile Club d’Égypte, ne mentionne jamais son nom, mais ce roi corrompu et libidineux qui passe ses nuits à jouer au poker à l’Automobile Club d’Égypte, sous gestion britannique, c’est le fameux roi Farouk, chassé de son pays lors du coup d’État des colonels orchestré par Nasser, en 1952.

Le propos d’El Aswany n’est pas de relater la vie de ce roi dépravé que le colonisateur anglais gave d’alcool et de jeunes vierges pour l’empêcher de soulever son peuple contre la domination coloniale.

Il montre plutôt que la peur gouverne la vie des hommes et des nations. À preuve, la soumission aveugle de l’armada de serviteurs de l’Automobile Club qui obéit aux exigences d’El-Kwo, l’odieux grand chambellan du roi. Et celle du peuple égyptien méprisé et opprimé par ses maîtres anglais.

Cette leçon, les Québécois auraient intérêt à la retenir, eux qui se sont tellement habitués à l’hégémonie d’un autre peuple (toute démocratique soit-elle) qu’ils refusent, par peur du lendemain, d’emprunter la route de l’indépendance nationale, chaque fois que l’occasion se présente.

Automobile Club d’Égypte, Alaa El Aswany, Actes Sud, 2014

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.