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N° 332 - septembre 2014

Indépendance : réflexion d’un vieux pédagogue
Robert Cadotte
Comme le répète de façon imagée mon amie Loriane, si vous voulez convaincre votre ami de faire avec vous un voyage en Italie, il faut cesser de lui parler de l’avion qui va vous y conduire et lui parler de l’Italie : de ses musées, de Rome, de Venise, du Colisée, de Léonard de Vinci…

Mon premier exemple s’inspire de cette image. Cessons de parler des moyens (élections, référendum…) et parlons plutôt de ce que pourrions faire de différent et de « trippatif » avec tous ces impôts que nous versons à Ottawa ?

C’est l’idée que j’ai soumise à mes deux députés (PQ et Bloc), en 2009. Il y a cinq ans, déjà. Apparemment, ils l’ont trouvé prometteuse puisqu’ils l’ont soumise en haut lieu. Les « hauts lieux » l’ont écartée du revers de la main. L’éducation n’était pas la priorité. Les élections étaient plus urgentes !

Cette proposition demeure pourtant d’une brûlante actualité. Elle visait, et vise toujours, quatre objectifs.

• Répondre aux interrogations des jeunes : « L’indépendance, qu’ossa donne ? »

• Résoudre un faux problème qui oppose les tenants de l’argumentaire économique à ceux de l’argumentaire émotif et culturel.

• Sortir du dilemme posé par ceux qui affirment que c’est la conjoncture qui détermine s’il faut parler ou non d’indépendance. Il faudrait, disent-ils, mettre l’indépendance sous le boisseau quand la crise économique sévit. L’activité que je propose permet d’illustrer que le rapatriement du budget fédéral est utile autant en période de vaches maigres que celle de vaches grasses.

• Résoudre le dilemme qui nous paralyse quant au contenu du projet de société advenant l’indépendance.

La stratégie proposée consiste à expliquer simplement, en tenant compte à la fois du cœur et des sous, les avantages que nous pouvons retirer en rapatriant les lois et les impôts fédéraux au Québec. Elle s’étend sur une période de deux à trois ans et devrait nous conduire aux prochaines élections provinciales en ayant permis à la population de comprendre les avantages de faire rapidement l’indépendance.

Cette stratégie ne part pas de rien. Elle cherche à mettre de l’émotion et beaucoup de détails dans l’étude économique sur les Finances d’un Québec souverain produite en 2005 par François Legault. Il s’agit d’un bon document (à mettre à jour), mais qui rebute le commun des mortels.

La meilleure façon de rendre vivante cette étude est d’associer la population à l’élaboration concrète du budget fédéral une fois celui-ci rapatrié au Québec. Cette somme représente plus de 50 milliards.

Dans cette perspective, il s’agit de décortiquer le budget fédéral afin de voir comment nous pourrions utiliser ces 50 milliards différemment, dans un Québec indépendant. De voir également comment nous pourrions modifier les lois et règlements de chacun des ministères fédéraux à l’avantage du Québec. Le budget détaillé et les états financiers du gouvernement du Canada constituent la base minimale pour effectuer cette opération.

Il est cependant utile de disposer d’autres données sur chaque ministère : le nombre et le type d’emplois créés au Québec et dans le ROC ; les économies potentielles si l’on élimine les dédoublements de ministères ; etc.

La collaboration du Bloc est essentielle pour entreprendre cette opération, puisqu’il a accès aux détails des institutions fédérales.

Voici donc ma proposition.

1. Déterminer le budget de chaque ministère et des agences dont il est responsable.

2. Pour chaque ministère,

• établir la portion dépensée au Québec et dans le ROC ;

• vérifier si le Québec reçoit sa quote-part des impôts qu’il paie à Ottawa (20 %) ;

• évaluer la nature des investissements faits au Québec et ailleurs.

3. Pour chaque ministère, envisager des scénarios alternatifs emballants, avec l’argent que nous rapatrierons au Québec.

Si nous voulons convaincre le plus grand nombre possible de Québécois à l’idée d’indépendance, il est nécessaire de proposer des projets d’orientations politiques diverses. Il faut rallier tous les partis indépendantistes. Ne pas faire une coalition pour l’indépendance garantit qu’elle ne verra jamais le jour.

4. Chaque mois, organiser un lancement médiatique par les partis politiques ou un organisme parapluie (Conseil de la souveraineté ou autre) pour rendre publique l’analyse d’un ministère et les propositions alternatives pour un Québec indépendant.

Même si nous sortions sans gain ni perte financière, l’exercice demeure extrêmement utile. La nature des dépenses québécoises risque fort d’être très différente de celle décidée par la majorité anglaise. À titre d’exemple, un futur CRTQ adoptera sans doute des politiques aux antipodes de celles du CRTC en ce qui concerne la langue française. Même chose avec le ministère de la Justice concernant la délinquance juvénile. Et que dire des milliards que nous pourrions recycler en diminuant les dépenses inutiles à la Défense ?

5. Au cours du mois qui suit un lancement médiatique, organiser diverses formes d’animation pédagogique pour faire connaître les résultats du ministère étudié : séance de formation des militants, site Web, collection de petites brochures sur chaque ministère, rencontre avec les étudiants de cegep, et d’université, etc.

6. Inviter les citoyens à faire connaître leurs propositions de changement pour chaque ministère fédéral en créant un forum sur Internet pour échanger sur les diverses propositions.

La population québécoise s’identifie actuellement beaucoup plus au budget provincial que fédéral. C’est bien normal, car l’essentiel du budget québécois porte sur la santé, les services sociaux et l’éducation. Le budget fédéral, qui contrôle les principaux dossiers économiques, est vu comme plus abstrait et suscite rarement de grands mouvements d’opinion.

Pourtant, ce sont plus de 40 % de nos impôts qui sont versés au fédéral et qui sont dépensés selon les priorités du Canada anglais plutôt que selon les priorités des Québécois.

Actuellement, le Québec dispose de très peu de leviers pour orienter son économie. Il n’a que la responsabilité des problèmes urgents (la santé et les affaires sociales) sans disposer des principaux moyens de créer la richesse et choisir son avenir.

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