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N° 332 - septembre 2014

C’est la rentrée politique ! Et quelle rentrée !
Pierre Dubuc
Avec l’éteignoir en chef, Lucien Bouchard, comme figure de proue des grandes manœuvres fédéralistes pour casser les reins du mouvement souverainiste.

Après deux défaites cinglantes, celle du Bloc et du Parti Québécois, le mouvement souverainiste est dans les câbles. De toute évidence, le Bloc est le plus vulnérable. « Le Bloc, c’était un one shot... », nous dit Bouchard, tout en invitant les Québécois à investir plutôt les partis fédéralistes – lire le Parti conservateur – au moment même où le ministre Denis Lebel, accompagné d’une ribambelle de ministres, effectue une tournée du Québec. Quel timing !

Mais le message de Bouchard ne s’arrête pas au Bloc. Il s’adresse à l’ensemble du mouvement souverainiste. Le « ressort est brisé », « la souveraineté était l’affaire d’une génération », déclame-t-il sur les innombrables tribunes que lui offre avec jouissance Radio-Canada.

Duceppe, Lisée et plusieurs autres ont relevé avec des gants blancs les énormes contradictions du discours de Bouchard. « Il était à mes côtés au cours des campagnes électorales du Bloc », de déclarer Duceppe. « Le ressort indépendantiste n’est pas sorti cassé de l’épisode référendaire. Au contraire. L’année 1996 s’est ouverte avec une majorité favorable à la souveraineté », d’ajouter Lisée.

Osons dire la vérité. En 1996, Bouchard a piteusement capitulé devant Ottawa et les marchés financiers. Selon Lawrence Martin, le biographe de Jean Chrétien, la menace de partition du territoire québécois lui a fait plier les genoux. Et il a définitivement mis le genou à terre lors d’un voyage secret à New York où il a accepté de se faire imposer le Déficit zéro par Wall Street, comme il l’a lui-même confié au journal Les Affaires (5 novembre 2005).

À l’emploi du cabinet d’avocats Davies Ward Phillips & Vineberg depuis sa démission du poste de premier ministre et de chef du Parti Québécois, Bouchard n’en continue pas moins de tirer des ficelles sur la scène politique québécoise.

Lors de la course à la direction du Parti Québécois de 2005, il s’est associé à onze autres personnalités pour publier le manifeste Pour un Québec lucide, dans le but d’influencer le cours des débats et favoriser la candidature d’André Boisclair.

Dès l’annonce de la démission de François Legault des rangs péquistes, le 24 juin 2009, il se précipitait sur le téléphone pour le joindre dans sa voiture durant le trajet Québec-Montréal afin de l’inciter à créer un nouveau parti politique, comme nous l’apprenait le journaliste Alec Castonguay dans l’édition de mai 2012 du magazine L’Actualité.

Aujourd’hui, à la veille du déclenchement d’une nouvelle course à la direction du Parti Québécois, Lucien Bouchard reprend du service. Il est au centre d’une nébuleuse où on trouve, entre autres, la famille Bédard du Saguenay, d’où Bouchard est originaire, et Pierre-Karl Péladeau avec tout son réseau d’influence.

Quel est l’objectif de cette nébuleuse ? En astronomie, on dit que les nébuleuses jouent un rôle clef dans la formation des étoiles. Dans quel projet politique se cristallisera notre nébuleuse ?

Identifions sur la carte du ciel quelques-uns de ses éléments. Rappelons d’abord que les médias de Québecor et la maison de sondages Léger Marketing ont joué un rôle clef dans l’ascension politique fulgurante de François Legault après son départ du PQ. Des photos bien léchées de Legault et des résultats de sondages favorables publiés à la Une du Journal de Montréal et du Journal de Québec le catapultaient Premier ministre avant même qu’il ait créé son parti !

Aujourd’hui, le sondeur Jean-Marc Léger confie à ceux qui veulent l’entendre qu’il est favorable à une fusion de la CAQ et du Parti Québécois. Le programme commun pourrait s’articuler autour des thèmes déjà mis de l’avant par la CAQ : nationalisme économique et culturel, assainissement des finances publiques du « Québec dans le rouge », et engagement à ne pas tenir de référendum sur la souveraineté au cours des 10 prochaines années.

Qui pourrait être le candidat porteur d’un tel programme dans la course à la chefferie ? PKP ? Certainement pas PKP, diront certains en rappelant sa profession de foi indépendantiste le poing levé, lors de la dernière campagne électorale. Attention ! Legault n’était-il pas le plus ardent des indépendantistes lorsqu’il parcourait la province en dénonçant le déséquilibre fiscal, avec son budget du Québec souverain sous le bras ? Mais retournons à notre nébuleuse.

L’empire Québecor, dont PKP est l’actionnaire de contrôle, a d’importants intérêts au Canada anglais et son développement dépend de décisions du gouvernement Harper. Lors des dernières enchères des spectres de la bande passante pour accéder au marché du sans-fil, sa filiale Vidéotron a ramassé le gros lot, parce que le gouvernement Harper avait exclu les trois grands (Bell, Telus et Rogers).

Pour rentabiliser son acquisition, Vidéotron a besoin d’une décision favorable du CRTC, au début de 2015, sur les frais d’itinérance, c’est-à-dire sur la possibilité d’utiliser à un coût compétitif les tours de diffusion des trois grands.

La filiale Sun Media de Québecor est un des plus grands groupes médiatiques au Canada anglais. Sa chaîne d’information continue Sun News est largement déficitaire. Sa survie financière réside dans des conditions plus avantageuses sur le câble, une décision qui relève aussi du CRTC. En 2010, le Globe and Mail révélait que Stephen Harper avait fait pression sur le président du CRTC pour qu’il réponde favorablement aux demandes de Sun News.

Au fil des années, PKP et Harper se sont renvoyé l’ascenseur. En septembre 2009, le couple PKP-Snyder a été reçu au 24 Sussex, la résidence officielle du Premier ministre. Quelques mois auparavant, Julie Snyder, la conjointe de PKP, faisait partie du cercle très sélect de femmes invitées à rencontrer Michelle Obama, lors de la visite du président américain à Ottawa. Et, qui a oublié que Stephen Harper a préféré rencontrer les vedettes de l’émission Occupation double du réseau TVA, plutôt que les leaders autochtones, lors du mouvement Idle No More !

PKP n’est pas en reste. Jour après jour, Sun Media appuie sans réserve les politiques de Stephen Harper et, à la veille de l’élection de 2011, tous les journaux de Sun Media du Canada affichaient en page frontispice une photo de Stephen Harper avec ce titre : « He’s Our Man ». PKP a aussi eu l’élégance d’embaucher Kory Teneycke, l’ancien directeur des communications de Stephen Harper, à la présidence de Sun News.

PKP a beaucoup d’intérêts au Canada anglais qui dépendent des décisions du gouvernement fédéral. Il y a aussi beaucoup de conservateurs dans son entourage. Brian Mulroney, qui vient d’être nommé président de Québecor, est le parrain du fils de PKP et Julie Snyder. Depuis longtemps associé à Québecor, Luc Lavoie a été directeur de cabinet de Mulroney et de Lucien Bouchard. À noter également que le co-fondateur de la CAQ, Charles Sirois, est président de la CIBC, une banque historiquement associée au Parti conservateur.

Au moment où ces lignes sont écrites, PKP n’a pas encore « officiellement » annoncé sa candidature. Mais les chroniqueurs-mercenaires de son empire, les Richard Martineau et Mathieu Bock-Côté ont encensé Lucien Bouchard et sonné la charge contre Marc Laviolette, le SPQ Libre et l’ensemble de la gauche. À l’émission 24/60 de Radio-Canada, le sondeur Jean-Marc Léger, un proche de PKP, présenté comme « analyste » par Anne-Marie Dussault, a qualifié Martine Ouellet de militante « d’extrême-gauche » ! Rien de moins.

Aucun doute possible, la course à la chefferie est bel et bien enclenchée ! Et PKP est sur les rangs !

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