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N° 332 - septembre 2014
Comment ne pas hériter d’un chef aux idées contraires au programme
Les « primaires » existent déjà au Parti Québécois
Marc Laviolette et Pierre Dubuc*
Au lendemain de la défaite du Parti Québécois et de la démission de Mme Marois, des voix se sont élevées dans le parti pour proposer le recours à des « primaires » pour le choix du prochain chef. Les « primaires », organisées par le Parti socialiste français pour le choix de son candidat à l’élection présidentielle de 2012, ont souvent été citées en exemple.

Avant d’adopter le modèle des « primaires », le SPQ Libre invite les militantes et les militants péquistes à examiner attentivement les conséquences possibles d’un tel choix, et propose d’autres façons de rendre la future course à la chefferie équitable, mobilisatrice et cohérente avec les orientations du parti.

Le modèle français. Les « primaires » présidentielles socialistes de 2011, nommées officiellement « Primaires citoyennes en France », ont été organisées par le Parti Socialiste et le Parti Radical de Gauche afin de désigner leur candidat commun à l’élection présidentielle française de 2012.

Le scrutin de désignation du candidat était ouvert, non aux seuls militants des partis concernés, mais à tous les citoyens inscrits sur les listes électorales. Ces derniers devaient verser la somme d’un euro et signer une déclaration avec le libellé suivant : « Je me reconnais dans les valeurs de la Gauche et de la République, dans le projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire ». Près de 3 millions de personnes ont participé au scrutin qui a désigné François Hollande comme candidat.

Une enquête d’opinion réalisée peu de temps après la fin de l’exercice a démontré que 69 % des Français, 90 % des sympathisants de gauche et 94 % des sympathisants socialistes considéraient que c’était une bonne chose.

Cependant, aujourd’hui, l’appréciation de l’exercice est fort différente comme nous l’apprend un article du journal Le Monde du 20 juin 2014. L’ex-premier ministre Jean-Marc Ayrault y montre ce qu’il a appelé « les limites de l’opération rénovation menée en 2011 à travers la primaire présidentielle ».

« Sur le coup, explique-t-il, un joli succès : trois millions de votants mobilisés, mais après... La primaire est une bonne chose pour mobiliser l’électorat et gagner une élection, mais, a contrario, elle fragilise l’organisation politique et réduit le débat à un choix de personnes ».

« La primaire nous a permis de ne pas être prêts, renchérit Julien Dray, l’un des représentants de l’aile gauche du parti. Habile, François Hollande s’est servi de cette avancée démocratique pour s’affranchir des pesanteurs d’un parti qu’il avait peiné pendant onze ans à rénover mais, une fois élu, il a laissé les troupes socialistes en déshérence. Et aujourd’hui le parti se venge ». (Le Monde, 20 juin 2014)

De plus, l’expérience du Parti socialiste français est difficilement transposable au Québec. Le PS n’est pas un parti de masse comme le Parti Québécois. Il suffit de mentionner que la cotisation annuelle est fixée à un montant annuel minimum de 40 euros, soit environ 60 $, et peut atteindre 10 % des revenus.

Le modèle albertain. Un exemple qui correspond plus à notre réalité est celui du Parti progressiste-conservateur de l’Alberta. Depuis 1992, le chef est élu par l’ensemble des membres. De plus, au cours de la course à la chefferie, tout électeur peut devenir membre du parti en déboursant un montant de 5 $.

En 2011, Alison Redford a remporté la victoire, même si son adversaire Gary Mar avait plus d’appuis au sein du caucus et de l’appareil du parti. Mais, trois ans plus tard, Mme Redford a été forcée par son caucus de démissionner de son poste de chef du parti et de Première ministre de la province !

Le Globe and Mail a commenté en éditorial cette démission : « Une grande partie des malheurs de Mme Redford trouvent leur source dans sa victoire dans la course à la chefferie de son parti en 2011. Le Parti progressiste-conservateur a permis à tous les Albertains de participer à l’élection, qu’ils aient été auparavant membres ou pas du parti. Plusieurs parmi ceux qui ont voté pour Mme Redford ne partageaient pas l’idéologie conservatrice. Il en est résulté que, lorsqu’elle est devenue Première ministre, elle avait peu de liens ou d’affinités avec plusieurs membres de son caucus. » (Globe and Mail, 8 août 2014).

Signalons, au passage, que deux autres chefs du Parti progressiste-conservateur, Ralph Klein et Ed Stelmach, ont également été forcés de démissionner par suite de rébellions internes au sein de leur parti. Les deux, élus lors de primaires, l’avaient été contre les favoris du parti.

Le modèle québécois. Même si elle n’en porte pas le nom, l’élection du chef du Parti Québécois se déroule sur le modèle des « primaires », comme l’a démontré la course à la chefferie de 2005. Tout citoyen québécois pouvait adhérer au Parti Québécois pour le montant de 5 $ et voter pour le choix du chef.

Au cours de cette course, le Parti Québécois a vu son membership augmenter de 40 000 membres pour atteindre les 140 000 membres, et 76 % d’entre eux ont exercé leur droit de vote.

Un phénomène intéressant, passé inaperçu : Le pourcentage de votes obtenu par chaque candidat correspondait grosso modo au pourcentage des montants recueillis lors de leur campagne de financement. Ainsi André Boisclair, élu avec 54 % des voix avait engrangé autour de 50 % du total des sommes recueillies par les candidats, et l’adéquation était presque parfaite pour les autres candidats, dont Pauline Marois avec 30 % des suffrages, Richard Legendre (7,5 %), Louis Bernard (5,5 %), etc.

Avec ses importantes ressources financières, André Boisclair pouvait mettre sur pied des équipes de « bénévoles » qui se rendaient dans des lieux publics comme le Marché Jean-Talon afin d’y faire signer des cartes de membre et faire « sortir le vote » le jour du scrutin.

On ne saura jamais si André Boisclair doit sa victoire à ces nouveaux membres – dont la grande majorité n’ont pas milité au PQ par la suite – mais toujours est-il que le Parti Québécois s’est retrouvé avec un chef aux idées contraires au programme que le parti venait d’adopter au congrès de 2005, par suite de la Saison des idées à laquelle avaient participé plusieurs milliers de militantes et de militants.

Tenant compte de l’analyse précédente, le SPQ Libre fait trois propositions.

1. Nous croyons qu’il n’est pas nécessaire de modifier les statuts du parti pour tenir une « primaire », étant donné qu’une course à la chefferie selon les critères actuels d’adhésion équivaut à une « primaire », comme l’a démontré l’élection de 2005.

2. Le parti devrait s’assurer d’une plus grande équité financière entre les candidats que lors de la course à la chefferie de 2005.

3. La course à la chefferie devrait coïncider avec le congrès prévu pour l’adoption du nouveau programme. Ainsi, on éviterait deux situations néfastes. Un chef élu en porte-à-faux avec le programme adopté par les membres ou un congrès anti-climax après l’élection d’un nouveau chef.

Une course à la chefferie avec la possibilité de recruter des nouveaux membres pour un montant modique de 5 $, des critères pour que l’argent ne l’emporte pas sur les idées, et une démarche qui obligerait les candidats à défendre leurs idées sous forme de propositions devant être adoptées à un congrès coïncidant avec l’élection du chef, telles sont nos propositions pour établir le cadre du débat des prochains mois.t

* Respectivement président et secrétaire du SPQ Libre

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