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Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse
N° 331 - juillet 2014
L’élimination de toute résistance passe par l’éradication des syndicats
Un plan et une stratégie pour une main-d’œuvre docile
Sylvain Martin*
Les politiques contre les travailleurs que le gouvernement Harper mène depuis son élection n’ont qu’un seul but : procurer une main-d’œuvre docile, peu organisée, se faisant concurrence, pour éliminer tout risque de riposte.

Comment y arriver ? D’abord, insécuriser et appauvrir les travailleurs en s’ingérant dans les négociations comme cela a été le cas, entre autres, à Postes Canada, Air Canada et dans l’industrie du rail.

Sous prétexte de protéger l’économie canadienne, le gouvernement a brandi la menace d’une loi spéciale, qui enlevait toute possibilité de négociation de bonne foi.

Pourtant, l’appauvrissement des travailleurs est beaucoup plus dommageable pour l’économie d’un pays que la libre négociation, mais Harper a choisi son camp et ce n’est pas le nôtre.

La réforme de l’assurance-emploi a été une autre façon d’appauvrir et d’insécuriser les travailleurs. Les prestations sont dorénavant plus difficiles à percevoir et moins généreuses. L’abolition du Conseil arbitral et du juge-arbitre, et leur remplacement par une nouvelle instance d’appel ont rendu plus difficile la contestation de décisions prises à l’encontre des chômeurs.

Pourtant, tout le monde sait très bien que l’assurance-emploi n’est pas une forme de charité. Par les cotisations prélevées sur nos paies, nous acceptons collectivement de mettre de l’argent de côté pour faire face à des pénuries d’emploi. Car ce ne sont pas les travailleurs qui créent les pertes d’emploi, ils les subissent. Personne ne choisit consciemment d’amputer son salaire de moitié.

L’élimination de toute forme de résistance, quant à elle, passe par l’élimination des syndicats.

Le projet de loi C-377, dit « sur la transparence des syndicats », prévoyait que les syndicats devaient, entre autres, divulguer tous les paiements de plus de 5 000 $ en y indiquant le nom des récipiendaires et la raison du paiement.

Les syndicats devaient également détailler le pourcentage de temps consacré aux activités politiques, de lobbying, et toutes ces informations devaient être affichées sur un site web du gouvernement. L’objectif était clair : donner à la droite toute l’information nécessaire pour organiser une propagande antisyndicale.

Ce projet de loi a été adopté l’été dernier. Par la suite, le Sénat l’a retourné à la Chambre des communes avec des amendements majeurs. Présentement, il n’est plus au feuilleton, mais il faut rester vigilant, car on ne sait jamais quand notre bon gouvernement décidera de le réactiver.

Le projet de loi C-525 vient modifier de façon majeure les relations de travail dans le secteur fédéral en réformant le Code canadien du travail, la Loi sur les relations de travail au Parlement, et la Loi sur les relations de travail dans la fonction publique.

Il déstabilisera les relations de travail de façon notoire. Il vise à éliminer l’accréditation sur vérification des cartes d’adhésion et ajoute une deuxième étape inutile à l’accréditation (un scrutin obligatoire secret), sans aucune obligation, que le vote soit tenu en temps opportun ou dans un endroit neutre.

De plus, il élimine également la disposition contenue dans le code interdisant toute requête de révocation d’accréditation, tant que le syndicat continue à négocier de bonne foi, ce qui perturbera, de façon marquée, la négociation collective.

Les conservateurs justifient ces modifications en invoquant le « déluge de plaintes » d’intimidation et de cœrcition reçues par les Commissions des relations de travail. Pourtant, sur les 4 000 décisions rendues en 10 ans, le Conseil canadien des relations industrielles n’a été saisi que de 6 plaintes justifiées d’intimidation.

Autre fait à remarquer, ni les employeurs ni les syndicats n’ont demandé ces modifications. Aucun problème n’a été identifié dans les relations industrielles actuelles qui les nécessiteraient.

Le projet de loi C-4 prive les travailleuses et les travailleurs de la fonction publique fédérale de leur droit démocratique à la négociation, en plus de miner les dispositions sur la santé et la sécurité au travail du Code canadien du travail qui s’applique à tous les employés sous compétence fédérale.

L’employeur a maintenant le droit exclusif de déterminer ce qui constitue un service essentiel et un poste essentiel. Dorénavant, si plus de 80 % des postes d’une unité de négociation sont jugés essentiels, les travailleuses et les travailleurs perdront leur droit de grève et seront forcés de s’en remettre à l’arbitrage de leurs conditions de travail.

De plus, les employés qui occupent un poste jugé essentiel par l’employeur doivent remplir toutes les fonctions du poste, qu’elles soient ou non désignées essentielles. Ils sont obligés d’être disponibles, lorsqu’ils ne sont pas en service, au cas où l’employeur aurait besoin d’eux.

La santé et la sécurité au travail sont compromises. En vertu de la nouvelle loi, la définition de « danger » se limite aux menaces « imminentes ». À cause de cette interprétation restrictive, il est difficile pour les travailleuses et les travailleurs sous compétence fédérale de refuser d’effectuer un travail dangereux.

L’autorité et les pouvoirs des agents de santé et de sécurité au travail ont été transférés au ministre. Le résultat ? Les employeurs pourront plus facilement contourner les questions de santé et de sécurité tandis que la surveillance et l’application des mesures de santé et de sécurité prendront une dimension politique.

Malheureusement, ce projet de loi a été adopté en décembre dernier.

Ces textes de loi n’ont qu’un seul objectif, soit d’affaiblir les syndicats et, par le fait même, éliminer toute résistance de la part des travailleurs.

L’autre ingrédient de Harper, pour obtenir son potage aux travailleurs appauvris, peu résistants et dociles, est le recours aux travailleurs étrangers temporaires.

Le Canada donne accès aux employeurs à une main-d’œuvre étrangère temporaire en une dizaine de jours. Au nom de la pénurie appréhendée de main-d’œuvre, le gouvernement garantit, à tout employeur qui en fait la demande, l’obtention d’un certificat pour l’importation de main-d’œuvre, et ce, dans toutes les catégories d’emplois : cadres, professionnels, techniques spécialisées, travail de bureau, manœuvres, et sans compétence particulière.

Ce programme permet de recruter plus de 300 000 travailleuses et travailleurs étrangers temporaires par année. Leur nombre est supérieur à celui des immigrants qui deviennent résidents permanents du Canada. Au Québec, il y en aurait 52 000.

Les effets néfastes de ce programme ont d’ailleurs fait la manchette. Des travailleurs de la chaîne de restauration McDonald et de la Banque Royale du Canada ont perdu leur emploi et ont été remplacés par de la main-d’œuvre étrangère temporaire.

L’idée derrière ce programme est, encore une fois, d’assurer une main-d’œuvre docile qui ne résiste pas aux employeurs et d’insécuriser les travailleurs canadiens en maintenant un taux de chômage artificiel, tout en permettant aux entreprises qui ne peuvent se délocaliser pour avoir accès à du « cheap labour » de délocaliser le « cheap labour » vers eux.

Avec le recul, et en ayant une vue d’ensemble des actions du gouvernement Harper, un seul constat s’impose. Harper a un plan et une stratégie : faire des travailleurs du Canada une main-d’œuvre docile et peu organisée à offrir aux entreprises.

Plusieurs pensent que, par suite de toutes ces attaques, les conservateurs risquent de perdre la prochaine élection. Pour ma part, si rien n’est fait, et ce dès maintenant, je crois que leur réélection ne sera pas très difficile, d’autant plus qu’à compter de 2015, le gouvernement Harper nagera dans les surplus budgétaires.

À quelques mois d’une élection fédérale, il est temps que nous, travailleurs, réfléchissions à notre avenir. Si Harper est reporté au pouvoir, ce sera la fin du syndicalisme tel que nous le connaissons aujourd’hui.

La recette Harper a fait ses preuves. On a qu’à regarder nos voisins du Sud, où on est passé d’un taux de syndicalisation de plus de 30 % à un taux actuel de près de 9 %, et ce, en l’espace d’une génération. Cette baisse n’est pas due au fait que les travailleurs américains ne veulent plus être regroupés en syndicat. Elle est l’effet direct de toutes les politiques anti-travailleurs implantées à l’époque du gouvernement Reagan.

Pour nous travailleurs, réélire les conservateurs serait comme dire non à tous les gains obtenus grâce aux luttes que nous avons menées regroupés en syndicats. Pensons aux vacances payées, aux congés de maladie, aux augmentations salariales, aux assurances collectives, aux régimes de retraite, à la rémunération des heures supplémentaires, à l’assurance chômage, au salaire minimum, à la santé et la sécurité au travail et, surtout, au droit comme travailleurs de s’organiser et de revendiquer sans crainte de représailles.

*L’auteur est membre du conseil d’administration du SPQ Libre

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