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Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse
N° 331 - juillet 2014
Les baisses d’impôts ne stimulent pas la croissance des entreprises
On peut avaler des couleuvres, mais pas un boa !
Léo-Paul Lauzon
Abordons tout de suite le vif du sujet. Dans sa fabuleuse chronique du 27 mai 2014, parue dans La Presse, Francis Vailles s’est encore une fois surpassé.

Il a écrit noir sur blanc ces énormités : « Les livraisons manufacturières des entreprises québécoises ont reculé de 0,9 % durant la période annuelle qui se termine en même temps que le rapport financier du gouvernement, soit janvier 2014. Connaissant maintenant le net recul de la profitabilité des entreprises du Québec, certains jugent-ils encore pertinent de les imposer davantage, du moins à court terme ? »

Le chroniqueur ne veut pas seulement nous faire avaler une couleuvre, mais un boa ! Ayoye !

Cher monsieur Vailles, il n’y a absolument aucun lien entre livraisons manufacturières et profits des entreprises. L’impôt sur le revenu porte bien son nom. Il est calculé sur les revenus et non sur les livraisons manufacturières. Présentez-nous les données sur les profits des compagnies, monsieur Vailles, et après on verra.

Dans les faits, monsieur Vailles, la rentabilité des entreprises québécoises a augmenté l’an passé et sera en hausse l’an prochain. Si, en 2014, les entreprises québécoises verseront 1,1 milliard $ de moins en impôts sur le revenu (4,1 milliards $ budgétés contre 3,0 milliards $ escomptés) comme vous le dites, ce n’est pas en raison d’une baisse de rentabilité, mais en raison de la multiplication des congés d’impôts, de crédits d’impôts, de remboursements d’impôts, de taux réduits, que les politiciens du Québec accordent aux entreprises à des fins purement idéologiques.

Faut pas oublier non plus, monsieur Vailles, l’usage récurrent et accru des profits évacués dans les paradis fiscaux avec l’impôt qui devrait être payé ici au Québec. Tu piges, Francis ?

Monsieur Vailles, les baisses d’impôts sur le revenu allouées aux entreprises ne stimulent pas pantoute la croissance, les investissements et l’emploi, comme l’a mentionné la revue américaine Business Week du 6 janvier 2014 et du 20 novembre 2006.

Les effets miraculeux de la baisse d’impôts des compagnies et des nantis ne sont qu’une légende entretenue par le patronat et ses préposés de tout poil. Peut-être auriez-vous intérêt, monsieur Vailles, à lire ces deux articles du Business Week.

En passant, l’éditorialiste en chef de La Presse doit adorer le cabinet international de comptables KPMG, qui ne cesse de répéter, chaque année, que le Québec est un oasis fiscal pour les entreprises.

Tenez, monsieur Vailles, prenez simplement le titre de cet article du Devoir du 27 mars 2014 : « Montréal et Québec, des villes bon marché. Les villes canadiennes trônent au sommet du palmarès KPMG, qui compare les coûts d’exploitation des entreprises dans 10 pays ». Et la fiscalité constitue un élément important de ces coûts d’exploitation.

Le 25 septembre 2012, Radio-Canada titrait : « Le Canada, champion de la compétitivité fiscale ». Toujours en 2012, KPMG affirmait de nouveau que : « Compétitivité fiscale. Le Canada est devancé par l’Inde seulement » (Le Devoir, 26 septembre 2012).

Même votre journal titrait le 5 mars 2010 : « Entreprises. Des taux d’imposition parmi les plus bas au monde ». De même, le 29 juillet 2008 : « Le Canada, paradis fiscal des entreprises ». Et le Canada englobe aussi le Québec, Francis !

Je répète votre question en l’adaptant aux faits, plutôt qu’à vos préjugés : «Certains, comme vous, jugent-ils encore possible et souhaitable de hausser les impôts des entreprises du Québec en situation de supposés titanesques problèmes structuraux et de crises financières qui vont mener la province à la faillite technique comme en Irlande et en Grèce ? »

Je sais que, pour des gens dans votre genre, associer fiscalité équitable avec chasse aux riches et aux entreprises rime avec jalousie envers ceux qui ont beaucoup de fric et qui, par conséquent, ont réussi dans la vie, et nous font vivre, en bons philanthropes qu’ils sont.

Monsieur Vailles, loin de moi l’idée de vous ridiculiser (j’ai beaucoup trop de respect pour vous) mais, dans la même section « Affaires » de votre journal et dans la même journée que votre chronique, votre collègue Paul Durivage déclinait un texte intitulé : « Go, Québec, Go ! Un rendement à faire rager les Américains », dans lequel il écrivait : « Sur une période d’un an, les vedettes de Québec Inc. volent le premier rang mondial au TSX de la Bourse de Toronto. L’indice Québec affiche un rendement de 23,4 % avec les dividendes du 23 mai 2013 au 23 mai 2014 ».

Monsieur Vailles, la valeur au marché de l’action est fonction des bénéfices réalisés par les entreprises. Comment la valeur de l’action à la Bourse peut-elle augmenter autant, alors que vous prétendez que les compagnies du Québec ne sont pas rentables ?

Encore dans La Presse, il y a le journaliste Martin Vallières, qui a intitulé ainsi son article du 30 octobre 2013 : « Québec Inc. touche les 300 milliards $ en Bourse ».

Dans le premier paragraphe, il écrit : « Décidément plusieurs entreprises québécoises ont de l’élan à revendre en Bourse. Au point où la capitalisation boursière du Québec Inc. vient de franchir le seuil des 300 milliards de dollars, un record historique et une valeur doublée en cinq ans ».

Monsieur Vailles, comme je vous aime très beaucoup, j’espère que vous ne doutez point de ma sincérité. Aussi, je vais vous donner une idée pour votre prochaine chronique. Comme le souligne votre collègue Paul Durivage, au cours de la dernière année, le rendement du capital (formé d’actions de compagnies québécoises) a augmenté de 23,4 % et a doublé au cours des cinq dernières années (selon votre autre acolyte Martin Vallières), alors que la croissance de l’économie n’a été que de 2 % et moins chaque année. Comment est-ce possible ?

Le fondement des inégalités économiques croissantes est là, comme l’a si bien démontré l’économiste français Thomas Piketty dans son ouvrage monumental et bestseller « Le capital au XXIe siècle ». Monsieur Piketty « dénonce la concentration actuelle des richesses au sein d’une élite qui gagne davantage de son patrimoine (capital) que de son travail » (La Presse, 28 avril 2014).

Terminons par une autre remarque intéressante de l’économiste français, louangé par les économistes américains Paul Krugman et Joseph Stiglitz : « Selon les données de Thomas Piketty, le retour sur les investissements en capital excède de beaucoup la croissance de la productivité et des salaires » (Le Devoir, 30 avril 2014).

Voilà le cœur du problème des finances publiques des États. Comme le suggère l’économiste et d’autres, il faut taxer davantage le capital et les entreprises, et surtout pas les détaxer et couper dans l’accessibilité aux services publics, ce qui ne fera qu’accroître les inégalités économiques et les problèmes et déficits supposément « structuraux » du Québec et d’ailleurs.

Monsieur Vailles, ça prend pas une lumière, même de deux watts, pour comprendre que, si les détenteurs de capitaux empochent un gain de 23,4 % l’an et que l’économie croît de moins de 2 % l’an, y’a ben quelqu’un quelque part qui régresse et qui perd dans ce système capitaliste. Devinez qui ?, monsieur Vailles ! Allez, un petit effort !

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