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Le brut albertain
N° 330 - juin 2014
Les comités de femmes dans les syndicats sont-ils dépassés ?
Une image parfois trompeuse de la parité
Maude Messier
Il y a cette tendance voulant qu’on doive peut-être avoir des comités qui représentent toutes les différences, qu’on puisse y traiter de la question des femmes, mais parallèlement à celle des LGBT, des handicapés et d’autres minorités. Qu’au fond la problématique des femmes en est une parmi d’autres et que les comités de femmes dans nos syndicats, c’est dépassé », de déclarer Caroline Quesnel, vice-présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).

« C’est une tendance que je sens aussi parmi certains de nos membres parce que, dans les instances, on se fait parfois dire que c’est un peu ringard, que ça marginalise. On a tendance à noyer les questions féminines et féministes et ça m’inquiète beaucoup. »

L’aut’journal a rencontré Caroline Quesnel à son retour de la deuxième Conférence mondiale des femmes de l’Internationale de l’éducation. L’évènement, qui s’est déroulé du 7 au 9 avril dernier à Dublin, a réuni 300 participantes de partout à travers le monde.

L’Internationale de l’éducation est une fédération syndicale mondiale, qui représente 30 millions d’enseignants et d’employés de l’éducation, du primaire aux ordres d’enseignements supérieurs, dans 170 pays.

Caroline Quesnel indique que les ateliers de la première journée ont débuté par une présentation de Tarja Halonen, ancienne présidente de la Finlande.

« Elle a fait un discours inspirant sur le rôle de l’éducation et des femmes dans l’éducation. Ça a donné le ton à la conférence. Avec l’éducation, on peut changer les choses, on peut changer les mentalités. Cela passe par l’école et, en ce sens, on a un rôle important à jouer. Les ateliers ont tablé sur cette double réalité : être enseignantes et syndicalistes. »

Une douzaine d’ateliers ont traité des questions d’égalité des genres au sein des syndicats et dans l’éducation et ont permis d’échanger avec des syndicalistes aux prises avec des situations parfois à des lieues de la réalité du Québec.

« J’ai participé à un atelier sur la violence. Comment les syndicats peuvent-ils agir contre la violence à l’école ? Quand on parle de la violence à l’école au Québec, on fait beaucoup référence à la cyber intimidation. Le Ministère a implanté des mesures. Il y a des choses en place pour parler de violence à l’école. »

Une réalité qui tranche franchement avec celles des femmes en provenance du Burundi ou d’Haïti, par exemple, où « la violence à l’école commence au lever le matin, puis sur le chemin de l’école. Les filles peuvent s’y faire agresser, violer. À l’école, il y a des enseignants qui agressent les jeunes filles. Puis, elles doivent rentrer chez elles à la fin de la journée, par le même chemin. C’est complètement une autre perspective. »

Bien que le thème de la conférence était « des paroles aux actes », Mme Quesnel reconnaît qu’il est souvent difficile de faire déboucher les travaux en propositions concrètes. À son avis, l’objectif est avant tout de mettre en contact des gens et des idées.

« Évidemment, dans ces grands évènements internationaux, il y a toujours ce questionnement : est-ce que ça va vraiment servir à quelque chose ? Mais d’entendre une femme du Burkina Faso, qui milite comme syndicaliste depuis dix ans, dire que c’est la première fois qu’elle sort de son pays, que ça a été un cauchemar pour obtenir un visa et la permission de son mari. C’était tellement important pour elle de témoigner de ce qu’elle vit et d’entendre les autres femmes, d’avoir l’espoir qu’il y a, sur la planète, d’autres réalités que la sienne. Alors, oui, ça sert à quelque chose. »

Caroline Quesnel a participé à un atelier sur la promotion de l’utilisation de méthodes et de ressources pédagogiques sensibles au genre.

Elle relève le cas de l’expérience française et de la controverse autour d’un projet pilote de sensibilisation des nouveaux enseignants aux questions de genre dans leur formation.

« Il y a, là-bas, toute cette controverse autour de la famille, du conservatisme dans les mœurs, et de l’opposition au mariage gay. Alors, la question des rôles hommes-femmes, de la laïcité et de la neutralité de l’enseignement n’est pas évidente pour tous, particulièrement pour certaines communautés culturelles. Ce projet pilote a dérangé certains groupes de parents. »

À sa connaissance, au Québec, aucune étude ne s’est penchée sur les outils et ressources pédagogiques avec un regard de genre. Une idée qui pourrait peut-être devenir l’objet d’un projet intersyndical, avec la CSQ notamment, également présente à la Conférence mondiale des femmes de Dublin.

« On en parlait avec les représentantes de la CSQ. On fait beaucoup de choses sur l’intimidation, contre l’homophobie. Mais la question du sexisme… C’est comme si on avait parfois le sentiment que cette question est réglée, alors qu’elle ne l’est pas du tout. »

Mme Quesnel est professeure de littérature et elle se demande s’il y a une volonté de mettre au programme des écrivaines. « Pour chacune des disciplines, il faut voir ce qui est porteur de stéréotypes. Quel genre de romans fait-on lire aux jeunes, par qui sont-ils écrits, quelle image donnent-ils de la femme et des relations hommes-femmes ? Il y a beaucoup de questions à se poser dans cette perspective-là. »

Pour la syndicaliste, le système d’éducation québécois renvoie une image trompeuse de la parité et de l’égalité des chances dans notre société. « Les filles réussissent mieux que les garçons. La diplomation des filles et leur présence à l’université progressent. Mais c’est trompeur. Ces statistiques nous disent que les filles réussissent bien et qu’elles ont l’égalité de chances mais, à l’intérieur même de l’école, des stéréotypes féminins sont encore transmis. »

La banalisation, la perte de perspective et de distance sur les questions féminines, des sujets dont le Comité des femmes de la FNEEQ sera d’ailleurs saisi en lien avec les outils pédagogiques.

« S’il faut se garder de tirer des réseaux sociaux des généralités sur la société, il n’empêche que, dans ce lieu d’espace public, on trouve un discours radical et violent envers les femmes. Et c’est inquiétant. »

La FNEEQ a produit une brochure il y a deux ans, « Enseigner, militer, progresser au féminin », qui identifie les principaux obstacles à la militance syndicale de ses membres : assurance, sentiment de compétence, conciliation famille-travail-militance, et la perception du fait que le syndicalisme est un lieu de confrontations et de pouvoir.

Des éléments tout à fait similaires à ce qui se dégageait de l’étude menée auprès des femmes dans les structures syndicales de la FTQ et de ses syndicats affiliés, dont les résultats ont été présentés au Congrès de la fédération en novembre dernier.

« Nous étions 300 femmes syndicalistes à Dublin, qui occupons des postes dans les instances syndicales. Ça donne l’illusion que les femmes sont là, en grand nombre. Mais en réalité, la proportion des femmes qui s’impliquent dans les syndicats demeure minoritaire, de 30 % à 40 % dans les meilleurs cas. »

Au-delà de ces statistiques sur la présence des femmes, il y a celles sur les postes occupés par les femmes. Présidence et trésorerie sont le fief des hommes. Les postes décisionnels, liés à l’argent et au pouvoir, même à l’intérieur des structures syndicales, sont majoritairement des lieux à dominance masculine.

« C’est le portrait qui nous a été dressé à la conférence et j’y reconnaissais le Québec. Il n’y a qu’à regarder les exécutifs des grands syndicats, dans les centrales et les fédérations. »

Caroline Quesnel indique que le membership de la FNEEQ est à parité hommes-femmes, mais que les délégations et la constitution des exécutifs des syndicats locaux ne reflètent pas toujours cette réalité. Des femmes occupent actuellement trois des cinq postes de l’exécutif de la FNEEQ.

Inclure les préoccupations de genre dans toutes les campagnes de l’Internationale de l’éducation, renouveler le code d’éthique des enseignants de l’IE avec un regard de genre, faire la promotion d’écoles sécuritaires, augmenter les possibilités d’échanges et créer des réseaux de femmes dans l’IE sont quelques-unes de propositions découlant des travaux de la Conférence des femmes et qui chemineront vers le Congrès de l’IE, lequel doit avoir lieu en août 2015 à Ottawa.

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