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Le brut albertain
N° 330 - juin 2014
Vingt ans sans faire l’éducation à l’indépendance, c’est long !
Le syndrome persistant de l’indépendance honteuse
Robert Cadotte*
Que s’est-il donc passé pour que le Parti Québécois subisse une telle défaite ? Les analyses ont été nombreuses. Elles ont surtout pointé du doigt les erreurs tactiques. Untel a commis une gaffe, un autre n’aurait pas dû dire ceci ou cela. Ces gaffes auraient tout gâché…

Ce qui surprend dans ces analyses, c’est à quel point elles réfèrent aux théories du marketing et de la publicité (la propagande). Comme si un simple impair d’un leader pouvait transformer, en un tournemain, des indépendantistes en fédéralistes.

Pour le pédagogue que je suis, d’aussi rapides revirements sont bien plus l’indice que leurs convictions indépendantistes reposaient sur du sable.

Du temps où il était premier ministre, Jacques Parizeau n’a eu de cesse de répéter que, pour mobiliser la population autour du projet d’indépendance, il fallait en parler tout le temps : avant les élections, pendant les élections et après les élections.

Avec cette conviction, le pédagogue Parizeau a failli réussir l’impossible, faisant passer en un an, l’idée d’indépendance de 39 % à tout près de 50 %. Cela malgré les interventions anti-démocratiques et la propagande de fin du monde du fédéral.

Depuis, plus rien. Lucien Bouchard s’est empressé de nous ramener à notre rôle de gestionnaire de province et à remettre aux calendes grecques l’indépendance. Puis, les chefs successifs du Parti Québécois ont repris le leitmotiv : il fallait attendre les « conditions gagnantes » pour songer à un autre référendum, les conditions en question étant déterminées par les sondages.

D’où la conclusion absurde qui s’est progressivement imposée à l’effet que, pour gagner les élections, il ne fallait pas parler d’indépendance pour ne pas effrayer les électeurs.

Avec pour résultats que, depuis 1995, les leaders du PQ ont tous souffert du « syndrôme de l’indépendance honteuse ». À titre d’exemple, je revois encore André Boisclair, en 2006, renier le cahier pédagogique « Parlons souveraineté à l’école » parce que les fédéralistes s’étaient déchaînés contre cet excellent outil pédagogique.

Il faut le relire à tête reposée (Boisclair l’avait-il seulement lu ?) pour voir à quel point nous avons alors assisté à un épisode maccarthyste délirant.

Quand on le relit, huit ans plus tard, on est bien obligé de constater que ce cahier pédagogique était l’antithèse de la propagande fédérale qui déferlait alors à grands frais dans les écoles primaires et secondaires. Il faisait appel à l’intelligence des jeunes.

Il fallait que la direction du PQ soit vraiment honteuse face au projet d’indépendance pour se rallier à une condamnation aussi injuste.

Ce cahier n’est qu’un exemple parmi bien d’autres de cette gêne qu’ont eue nos leaders de parler d’indépendance. À regarder tout cela a ­posteriori, on en vient presque à regretter que nos leaders post-Parizeau n’aient pas plus ressemblé à Jean Chrétien. Je ne crois pas l’avoir jamais vu s’excuser d’être fédéraliste, même après avoir dit les pires insanités.

Cela dit, cette absence de continuité dans la promotion de la souveraineté depuis vingt ans a rendu de nombreux indépendantistes bien pessimistes quant à la possibilité de voir un jour l’indépendance du Québec se réaliser.

Vingt ans sans faire l’éducation à l’indépendance, c’est long ! Comment se surprendre alors que la jeunesse ne comprenne pas son utilité et son urgence ? Nous sommes face à un hiatus de vingt ans dans l’éducation à l’indépendance. C’est catastrophique, mais pas désespéré.

Comme pédagogue, je comprends bien pourquoi l’éducation en profondeur n’a pas été une priorité depuis toutes ces années. L’éducation en profondeur demande du temps. C’est long et ça ne souffre pas de raccourcis. Ce n’est ni spectaculaire, ni magique, comme le marketing et la publicité qui donnent des résultats rapides et immédiats, mais ô combien volatils.

Par contre, l’éducation donne la connaissance et érige des fondations de granit plutôt que de sable. Seules de telles fondations peuvent résister aux campagnes de marketing et de propagande, même les plus fortes.

Bref, si l’on trouve vraiment que l’indépendance est nécessaire et urgente, il va falloir changer de stratégies. Il va falloir cesser de penser que l’idée d’indépendance va progresser toute seule et que la conjoncture va nous aider à convaincre le peuple.

L’indépendance, c’est bon autant quand l’économie va mal que quand elle va bien. Penser autrement, c’est s’assurer que les élections futures ne seront rien d’autre que des élections de petites provinces, sans les pouvoirs réels qui permettent d’orienter son ­destin.

Tout cela passe par une véritable campagne d’alphabétisation face aux bienfaits potentiels de l’indépendance. Dans le domaine de la publicité et du marketing, les fédéralistes disposent de moyens 100 fois plus puissants que les indépendantistes.

Vouloir les affronter sur ce terrain, c’est s’assurer de perdre à tout coup. Seule une éducation en profondeur peut résister à ces gigantesques moyens de manipulation.

Et, cette éducation en profondeur, seuls les militants en ont la clef. Ça prend en effet des milliers de bénévoles pédagogues pour contrer les moyens financiers de nos adversaires.

*Auteur de Lettre aux enseignantEs (M Éditeur)

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