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Le brut albertain
N° 330 - juin 2014
Réalisme et pragmatisme signifient généralement s’écraser devant les minières
Gros profits et zéro redevance : Qui dit mieux ?
Léo-Paul Lauzon
Le 28 avril dernier, lors d’une présentation à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, la directrice générale de l’Association minière du Québec, Josée Méthot, a déclaré sans rire et sans aucune gêne : « Québec devra redorer le blason de l’industrie minière » (Le Devoir, 29 avril 2014). Ce que, évidemment, ne manquera pas de faire le gouvernement de Philippe Couillard en diminuant leurs redevances et en augmentant les subventions publiques.

Toujours le 28 avril 2014, dans La Presse cette fois, la chercheuse Alana Wilson de l’Institut Fraser, un organisme patronal d’extrême-droite, a déclaré le plus sérieusement du monde : « Industrie minière. Rétablir la confiance ».

Les minières font tellement pitié, comme l’indique clairement le titre de ces quelques articles extraits, comme d’habitude, de mes vieux journaux : « Bond de 1536 % en 2010 du bénéfice net des minières canadiennes » (8 juin 2011) ; « Les minières roulent sur l’or » (19 février 2011) ; et, Goldcorp (qui veut acquérir la québécoise Osisko pour 3,6 milliards $) bonifie son dividende de 32 % (5 décembre 2011). En 2011, elles ont réalisé des profits records (7 juin 2012).

Au Québec, nous avons assisté à des investissements records en 2010, 2011, 2012 : « Mines. Le Québec fracasse encore des records » (24 août 2012) et aussi : « Investissements records par les mines au Québec en 2012 » (6 mars 2013).

Des profits records, ce n’est pas nouveau. En 2003. « Les profits de grandes sociétés minières ont presque doublé » (Journal de Montréal, 5 juin 2004). Aussi en 2004 : « Les bénéfices dans le secteur des mines ont doublé en 2004 » (Le Devoir, 31 mars 2005). Presque doublé en 2003 et doublé en 2004. Bravo !

De 2002 à 2008, les minières ont bénéficié de 624 millions $ d’avantages fiscaux et ont versé 259 millions $ en impôts et en taxes en pleine période de profits records. Cherchez l’erreur ! « Les minières ne verseraient pas un cent de redevances au Québec et continueront à ne rien verser » (La Presse, 30 juin 2009).

Ce n’est pas nouveau. En 2005, le Québec était considéré comme : « Un paradis fiscal de l’exploration minière » (Journal de Montréal, 9 mars 2005). Ça se comprend très bien. Dans aucun autre endroit au monde, il y a des minières qui réalisent des profits records sans rien payer en impôts et en redevances, tout en recevant des milliards de l’État en subventions, prêts sans intérêt, tarifs privilégiés d’électricité, décontamination des sites contaminés, routes, voies ferrées et ports construits aux frais de la collectivité.

La chanson est connue. Pour une certaine milice idéologique, les étudiants, les chômeurs, les retraitées, les syndicats, les fonctionnaires, les écologistes, sont des égoïstes qui ne pensent qu’à leur propre intérêt « corporatiste ».

Faut donc, en fonction de l’intérêt général et du bien commun, les taxer, les tarifer, les sous-traiter et couper dans leurs services publics en « or » pur.

Par contre, ces mêmes croisés et appendices du pouvoir défendent bec et ongles les « opprimés » que sont les nantis et les compagnies. Faut surtout pas en rajouter et surtaxer la caste supérieure par jalousie, car cela s’apparente à du vol en bonne et due forme et à de l’appropriation de leur richesse, dûment gagnée à la sueur de leur front. Et surtout, légitimement et honnêtement.

Pour défendre la santé privée et les pensions privées, le pétrole de l’Ouest et les pétrolières en général, y’a rien de mieux que les légionnaires de La Presse.

Power Corp., la compagnie mère de La Presse, qui lui sert de drone idéologique, opère dans les services sociaux privés de tout poil, et dans le pétrole, les mines, le ciment et les aqueducs.

Il est normal que son escadron de journalistes et de chroniqueurs déblatère continuellement sur tout ce qui est de bien commun, allant de la santé à l’éducation, en passant par les fonds de pension de l’État, et qu’ils préconisent tout le temps des coupures dans les « dépenses d’épicerie » de l’État, afin de le ratatiner et d’engraisser le privé.

Un exemple récent ? Eh bien, prenez le titre de la chronique de ces deux préposés de La Presse. Premièrement, il y a le sublime Jean-Philippe Décarie avec: « C’est du courage qu’il faut ». (26 mars 2014). Du courage pour varger dans les services publics, s’entend.

Il y a aussi l’étincelant Francis Vailles avec : « Chef libéral cherche un milliard de compressions ». (15 avril 2014). Un autre petit milliard de coupures, faut pas s’énerver le poil des jambes avec ça. Le 3 avril 2014, l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, avait intitulé son papier ainsi : « Trois raisons de voter libéral ». Mais oui, Couillard et sa gang de fossoyeurs sont pour la santé et les pensions privées et pour le pétrole de l’Ouest, ce qui enchante Power Corp.

Revenons maintenant aux minières. Dans sa chronique du 5 décembre 2012 intitulée : « Le champ de mines », le cher Alain, le commis-junior par excellence, a pondu cette autre perle : « Il faut sortir le dossier des redevances minières de la sphère politique et le confier à des experts compétents ». Vraiment pitoyable. On connaît déjà les recommandations de leurs « experts » évidemment non élus.

Voici le titre de quelques chroniques que le preux chevalier a larguées en faveur de ces minières persécutées :

« Maman, j’ai réduit l’industrie [minière] » (18 septembre 2013);

Alain fait son comique. Pour lui, mieux vaut réduire les services publics et l’État.

« Le fiasco [minier] » (8 mai 2013);

« La ministre [Martine Ouellet] qui n’aimait pas les mines » (31 mai 2013);

« Le merdier minier » (29 avril 2013).

Il y a eu aussi à La Presse le pragmatique André Pratte avec : « Le réalisme minier » (11 mai 2013), Et le dépressif chroniqueur Rudy Le Cours avec : « Les ressources naturelles ont mauvaise mine » (4 juin 2013). Réalisme et pragmatisme signifient, pour ces deux sbires, s’écraser.

Dire que Jean-Paul Gagné du journal Les Affaires a reçu récemment un doctorat honorifique de l’UQAM, où j’enseigne depuis 40 ans. J’ai vraiment honte. De même nature que ses acolytes de La Presse, Jean-Paul a décliné ces merveilleuses âneries :

« Mines : Québec doit sortir de sa dérive idéologique » (2 février 2013) ;

« Dix raisons de conserver le régime d’impôt minier actuel » (23 mars 2013) ;

« Ce n’est pas le moment de hausser les redevances minières » (9 mars 2013).

En fait, il n’y aura jamais de bon moment.

La meilleure vient toutefois de Michel A. Rathier, membre du conseil d’administration de l’Association des minières du Québec, qui, dans une opinion publiée dans La Presse du 23 mars 2013, a clamé : « Le courage n’est pas dans l’obstination ».

Pour le patronat et ses bouffons, ne pas se soumettre de facto aux ordres de la classe dominante constitue de l’obstination, de la mauvaise foi et de l’idéologie communiste, rien de moins. Alors, soyez réalistes et pragmatiques, et soumettez-vous sans rechigner et sans descendre dans la rue.

Peuple à genoux !

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